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MINARI

Une famille amé­ri­caine d’origine sud-coréenne s’installe dans l’Arkansas où le père de famille veut deve­nir fer­mier. Son petit gar­çon devra s’habituer à cette nou­velle vie, et à la pré­sence d’une grand-mère coréenne qu’il ne connais­sait pas.

Critique du film

Grand Prix du jury et prix du public lors du dernier festival de Sundance, Minari a été choisi pour ouvrir la 46e édition du festival de Deauville. Et les organisateurs avaient probablement une idée derrière la tête en proposant le petit protégé d’A24 pour les prochains Oscars pour lancer cette édition si particulière. Car Minari ferait un prix du public crédible.

Pour son cinquième film, le réalisateur Lee Isaac Chung fait de sa propre enfance le cœur de cette histoire universelle, sur le plan émotionnel, et plus spécifique sur celui de l’acculturation.

Au début des années 1980, les parents d’origine coréenne, Jacob (Steven Yeun, que l’on a plaisir à retrouver après Burning) et Monica (Ye-Ri Han, découverte dans Sea fog) décident de déménager avec leurs enfants (nés, eux, aux États-Unis) dans une contrée beaucoup plus rurale, l’Arkansas. Mais ce changement radical de vie a une explication : le père de famille a pour projet de transformer un grand terrain en exploitation agricole, afin d’y cultiver des légumes coréens pour les vendre à d’autres familles d’immigrants. Son épouse, plus sceptique face à ses grandes ambitions, s’inquiète des conséquences pour sa famille, tant pour le risque matériel et l’isolement que pour ce que cela représente pour leur fils, David (Alan S Kim), dont le souffle au cœur préoccupe particulièrement.

Une affaire de famille

Minari livre ce récit biographique avec délicatesse et tendresse, suivant le quotidien de la famille, entre les petites galères agricoles du père et les facéties du fils cadet – qui compose avec la grand-mère un tandem désopilant. Chung accorde de l’attention aux petites choses, et c’est dans ces moments que le film trouve sa saveur. Son véritable atout ? L’authenticité.

Si la majorité du film ne force pas la carte de l’émotion, privilégiant l’humour et la bienveillance et vous enveloppant plutôt dans une sorte de lenteur ingénieuse et apaisante, lorsqu’arrive le dernier segment, le spectateur a eu le temps de s’attacher à cette troupe familiale aux personnalités marquées. Et cette tragique et délicate conclusion vient finalement pincer au cœur sans tirer sur la corde sensible.

Avec Minari, Lee Isaac Chung propose avec une justesse une vision de l’expérience des immigrants, avec les difficultés qui viennent avec, et traite le mélange des cultures qu’il a vécu avec un certain amusement. Un portrait de famille nuancé et profondément attendrissant.


Printemps 2021 – De Lee Isaac Chung, avec Steven YeunYe-Ri HanYuh Jung Youn