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MA NUIT

Marion a dix-huit ans et a perdu sa sœur. Lorsqu’elle rencontre Alex, ils unissent leur solitude et traversent Paris jusqu’au petit matin.

Critique du film

Paris, la nuit. Unité de temps et de lieu, classique indémodable quelque soit le moment où l’on filme, le désir est toujours là de s’inscrire dans ce paysage. C’est dans ce cadre que se joue le premier long-métrage d’Antoinette Boulat, après une longue carrière de directrice de casting, que ce soit pour Olivier Assayas et son Personal Shopper, ou plus récemment le Bergman Island de Mia Hansen-Løve. Forte de cette expérience, c’est de nouveaux visages que s’entoure la réalisatrice pour monter ce premier film. Lou Lampros, aperçue dans Médecin de nuit, Angelina Woreth ou encore Carmen Kassovitz, fille du célèbre réalisateur de La Haine. Pour boucler cette distribution on retrouve le visage de Tom Mercier, magnétique et fascinant acteur découvert dans Synonymes de Nadav Lapid en 2019.

Marion erre dans les rues de sa ville ; c’est l’été, et elle va devoir affronter une soirée impossible, celle de l’anniversaire de sa sœur Alice, décédée il y a cinq ans. Ce premier temps marque le besoin de fuite de la jeune fille, mais également l’envie d’essayer d’être avec les gens de son âge. Il est parfois encore plus dur de vivre avec ses pairs que de se retrouver dans une réunion de famille, au cœur de la tourmente, et c’est ce dont va faire l’expérience Marion. Une soirée improvisée quelque part dans Paris se révèle n’être qu’une grande déception. Ce moment cristallise la vacuité d’agapes trop prévisibles, où il n’existe que langueur, alcool et désillusions éliminées dans la cuvettes de toilettes fatiguées.

C’est à ce moment qu’intervient la rencontre importante de cette nuit, celle avec Alex, joué par l’excellent et captivant Tom Mercier. Son timbre de voix si spécial vient donner une autre dimension à la nuit et au film. Le couple qu’il forme avec Marion est tout d’abord celui d’un échange, de mots, d’émotions simples. C’est à lui qu’elle confie le motif de son errance, avec lui qu’elle boucle ce moment qu’elle pensait insurmontable. C’est aussi avec cet homme qu’elle atterrit dans un hôpital parisien pour ce qui est sans doute le plus beau moment du film. En quelques phrases est résumé toute la complexité pour une si jeune personne de continuer à exister. Quand tout le monde craque ou s’en va, comment continuer à se mouvoir à travers le quotidien et donner le change ?

Il est étrange de constater que c’est dans les moments de silence, ceux où Marion se blottit seule dans la chambre d’Alex, au cœur de la nuit, que la poésie et la beauté sont les plus éclatantes. Si cette histoire n’est pas exempte de nombreuses maladresses, peinant parfois à dépasser une évidente fragilité notamment de ses situations, elle capte malgré tout l’énergie propre à ce type de séquence, si lourde et si déterminante qui se nichent au creux des dernières heures du jour. Le poids que porte Marion, si visible sur son visage encore enfantin, renvoie le spectateur à tous ces instants intenables où l’on se demande comment continuer quand tout nous pousse à abandonner devant l’accumulation de vents contraires.

Si petite soit cette tentative, elle arrive à ouvrir nos cœurs et nos yeux sur un très beau moment de désespoir qui contient en son sein quelque chose de beau et d’universel qui ne peut laisser indifférent, noir comme une nuit qui ne semble pas finir.

D’Antoinette Boulat,
avec Lou Lampros, Tom Mercier et Angelina Woreth.


Présenté en compétition au Festival International de La Roche-sur-Yon

LRSY2021