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LES OLYMPIADES

Emilie rencontre Camille qui est attiré par Nora qui elle-même croise le chemin de Amber. Trois filles et un garçon. Ils sont amis, parfois amants, souvent les deux.

Critique du film

Paris, 13eme. Les quotidiens cohabitent dans l’un des grands immeubles des Olympiades. La lumière des écrans télé s’échappent des logements éclairés. La voix de la jeune Emilie résonne. 

Allongée, dénudée sur son canapé, son amant hors champ, elle tente de l’ensorceler de sa voix cristalline. Rapidement, son tempérament indomptable et sa repartie fusent comme un bouclier pour ne pas dévoiler sa vulnérabilité. Qui est cet homme qu’elle tente de charmer tout en s’efforçant de le maintenir à distance et de masquer ses sentiments ? 

Camille est un professeur de lettres qui trompe l’ennui de son existence dans une vie sexuelle débridée et sans attaches. Lorsqu’il répond à une annonce de colocation, Émilie décline d’abord sa candidature. Pas d’homme comme coloc. Un apéro sans détours établit un premier contact, les masques de convention tombent, et le flirt s’installe. Ils embrassent leur pulsion.Ils font l’amour. Deux semaines. Dans une tentative maladroite et absurde de recréer une distance, Camille signifie son désir d’arrêter leurs écarts charnels, refroidissant les sentiments naissants d’Émilie. Par fierté, elle lui fixe alors de tardives règles de cohabitation. Il reprend ses habitudes, invitant de nouvelles conquêtes à l’appartement. Cette situation est-elle bien tenable pour l’un comme l’autre ? 

Étudiante à Science Po, Émilie subsiste grâce à un petit boulot alimentaire dans une centrale d’appel, mais cette vie déshumanisée ne sied pas ni à son esprit vif, ni à son désir brûlant d’expériences et de liens. Parce qu’Emilie porte le poids des attentes familiales, du jugement de sa mère et de sa sœur aînée, garantes morales d’une vie convenable, elle ne parvient à trouver sa juste place, tiraillée entre son patrimoine culturel et son mode de vie parisien fait d’études et de rencontres.

Avec justesse, le film d’Audiard – co-écrit avec Léa Mysius et Céline Sciamma – met en lumière des protagonistes rarement évoqués dans le paysage français. Porté par l’envoûtante Lucie Zhang, véritable révélation du film qui dévore l’écran de sa présence et ne devrait pas tarder à refaire parler d’elle, Les Olympiades raconte l’impossibilité d’être, d’aimer et d’être aimé. 

Neuf ans après De rouille et d’os, Jacques Audiard renoue avec un cinéma plus sensible avec cette valse sentimentale où se percutent les hésitations, les blessures, le trouble et les désirs, dans un superbe cadre en noir et blanc. Une chronique séduisante, ludique et fougueuse, illuminée par son tandem de jeunes comédiens, Lucie Zhang et Makita Samba. 


Diffusé sur Canal+ le 19 juillet 2022