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LES DIABOLIQUES

Dans une institution destinée à l’éducation des jeunes garçons, Christina et Nicole, respectivement épouse et maîtresse du directeur Michel Delasalle, s’associent afin d’assassiner l’homme qu’elles ont fini par haïr. Mais quelques jours après leur méfait, le corps de Michel disparaît…

La constance de Clouzot.

Inutile de présenter Henri-Georges Clouzot, maître du policier et du polar français des années 1940 aux années 1960. Ces grands films sont connus et méritent d’être découverts si ce n’est pas encore le cas : L’Assassin habite au 21 (tourné dans des conditions compliquées sous l’Occupation), Le Corbeau, Quai des Orfèvres… Dans cette filmographie, Les Diaboliques se place au milieu de sa carrière et a deux mérites : premièrement, il s’agit d’un excellent thriller ; deuxio, il peut se voir comme une évolution dans le cinéma de Clouzot. Tertio, un certain Alfred Hitchcock apprécia tellement le film qu’il s’en inspira pour Vertigo… Mais c’est une autre histoire. 

Là où les précédents films de Clouzot étaient plutôt masculins avec des rôles féminins uniquement secondaires, ici ce sont Simone Signoret (Nicole Horner) et Vera Clouzot (Christina Delassalle) qui mènent la danse. Le plan est simple : se débarrasser d’un homme violent, mari de Christina, amant de Nicole et proviseur tyrannique d’un pensionnat privé. À partir de là, Les Diaboliques va développer une gestion classique du crime par les deux criminelles, avec le retour au pensionnat et le secret qui doit être gardé à tout prix, mais pas que.

Car en incluant aussi une petite touche fantastique au film, Clouzot s’offre la possibilité de questionner la culpabilité de Christina mais aussi d’y apporter une profondeur psychologique non négligeable. En effet, loin de se limiter à un jeu de dupes entre les deux femmes d’un côté et la police de l’autre qui rôde dans les environs – sous la forme d’un ancien flic à la retraite –, le réalisateur niortais montre véritablement le plongeon dans la paranoïa et la fébrilité d’une femme méprisée par son mari qui n’a pas la force de supporter un assassinat. Cet aspect met aussi en avant l’ambiguïté du personnage de Signoret qui semble soutenir Christina Delassalle mais dont la rudesse, pour ne pas dire la brutalité, heurte à la fois la veuve mais aussi le spectateur.

Clouzot se livre ici à un double jeu avec le spectateur : il fait en sorte de lui montrer une situation bien rodée et connue par le spectateur pour lui instiller le doute au fil du film sur les motivations des différents personnages. Le personnage de Vera Clouzot peut ainsi très facilement se rattacher au spectateur, témoin d’un meurtre qu’on lui a présenté comme nécessaire mais qui reste tout de même un meurtre. Chose dont il faut accepter de porter le poids lourd et délicat. De ce point de vue, Les Diaboliques est un film d’une efficacité redoutable : par ses situations stéréotypées de polar viciées par la présence d’éléments étrangers qui n’ont rien à faire là et l’attitude monolithique de Signoret, Clouzot fait douter et met petit à petit mal à l’aise un spectateur qui ne s’y attendait pas forcément.

On peut aussi remarquer qu’il instaure un élément qui reviendra dans La Vérité cinq ans plus tard : le rapport entre la société et la femme symbolisé dans ce pensionnat, qui est un cadre quasi-exclusivement masculin et très rude. On n’atteint certes pas la charge sociale violente du film-procès de Clouzot en 1960, qui fustigeait une société figée qui n’acceptait pas la différence, encore moins venant d’une femme ; mais déjà ici, on peut observer avec quelle indifférence la société agit contre Christina Delassalle : harcelée et humiliée par son mari en public sans réaction puis laissée à l’abandon par la suite.

Avec Les Diaboliques, Clouzot réussit avec brio à dépoussiérer les codes du polar tout en observant les névroses de ses personnages et ainsi jouer avec les attentes du spectateur. D’un sens, Les Diaboliques peut aussi très bien être considéré comme le coup d’essai réussi avant L’Enfer, ce projet abandonné de 1962 qui avait pour thème central la jalousie et la paranoïa. Un film à découvrir donc de toute urgence, ne serait-ce que pour le charisme de Simone Signoret ou cette scène étrange où un Lefebvre ivre semble jouer une séquence échappée de la Septième Compagnie…

La fiche

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LES DIABOLIQUES
Réalisé par Henri-Georges Clouzot
Avec Simone Signoret, Vera Clouzot…
France – Drame, thriller, fantastique

Sortie en salle : 29 janvier 1955
Durée : 114 min 

 




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