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LE SEPTIÈME SCEAU

 De retour des croisades, le chevalier Antonius Blok rencontre la Mort sur son chemin. Il lui demande un délai et propose une partie d’échecs. Dans le même temps, il rencontre le bateleur Jof et sa famille. Jof a vu la vierge Marie. Un des films qui fit découvrir le cinéma suédois et qui contribua à la grande notoriété de Bergman. 
« Je ne crains ni l’Enfer, ni le Diable –

Mais j’ai, de ce fait, perdu toute joie » (Goethe, Faust I, Acte I)

 

« Comment écrire une oeuvre qui parle d’eschatologie, qui fasse sens, dans une décennie où les questionnements métaphysiques liés à Dieu intéressent de moins en moins de monde ? En captant l’attention du spectateur, grâce à un enchaînement de circonstances extraordinaires, et d’apparitions fantastiques, comme celle de la Mort. Pour le scénario du Septième Sceau, Bergman joue avec la réalité des faits historiques, en mélangeant la fin des croisades, avec la survenue des premières vagues de la peste noire, dans le monde occidental moyenâgeux. Qu’importe ! Le Moyen-Âge a toujours été plus ou moins une période mal connue, que ce soit dans les années soixante, ou à l’heure actuelle. Il est donc des libertés face à l’Histoire qui, sublimées dans un traitement cinématographique, permettent de rendre compte du sentiment persistant de la fin, pas seulement d’un monde, mais du monde.

Après tout, le seul Moyen-Âge que l’on voit dans Le septième sceau est celui du contexte, des costumes, et des peurs régressives de la population, prête à laisser sacrifier une jeune femme qui aurait commercé avec le diable, au prétexte que cela anéantirait la peste. Les caractères, eux, sont plus contemporains. Le chevalier Antonius Block est un idéaliste déchu. Après dix ans passés à guerroyer en croisade, il rentre, dépité, en compagnie de son écuyer, Jöns, dont l’apparente bonhommie cache mal l’effroi face à la mort. Deux individus antagonistes, que seuls réunis la conviction que l’époque a changé. Fantômes d’un pays, le leur, qu’ils ne reconnaissent plus, ils sont passés du statut d’acteurs de leur temps, à celui de spectateurs blasés. Apogée des illusions perdues, l’homme qui, en son temps, prêchait leur départ en Terre Sainte, est devenu un voleur notoire, qui passe son temps à dépouiller des fermes abandonnées, et à boire à la taverne du coin. Le septième sceau représente une certaine idée de la décadence, à la fois morale et irrationnelle, telle cette peste, absurde, qui s’abat sur les Suédois, perçue comme l’acmé du châtiment divin.

Comble de l’horreur, la folie est aussi présente. Antonius Block, dépassé par ce qui l’entoure, doit composer avec la venue de la grande faucheuse, là pour prendre sa vie. Ne se laissant pas abattre, il décide de lutter, en jouant aux échecs, dans une allégorie de son combat pour préserver son existence terrestre. Ses rêves s’en étant allés, il ne lui reste plus que, dans ce qu’il comprend être ses derniers instants sur Terre, l’accès à la connaissance. Dieu existe-t-il ? Pourquoi, alors, est-il silencieux ? Et le Diable, qui l’a côtoyé ? Interrogeant tour-à-tour les uns et les autres, c’est finalement la Mort qui lui délivre la réponse ultime: il n’y en a pas. Il est inutile donc de continuer à chercher.

Là où Le Septième Sceau aurait pu être un film plombant, sans laisser de place à l’espoir, Bergman a décidé d’en faire une histoire riche d’enseignements, proche des romans d’apprentissage allemands  (Bildungsroman). Peut-être que le monde court à sa perte, peut-être que, lorsque tout semble s’effondrer, la connaissance peut apparaître comme un refuge salutaire. Mais, en vérité, tant qu’il y a quelque chose à sauver, le jeu en vaut la chandelle. C’est cet enseignement que Antonius Block recevra, parvenant au passage à se jouer de la Mort, pour ceux qui lui sont chers. Plus qu’obtenir des explications sur les zones d’ombre, c’est finalement la transmission, le souffle de la vie sans cesse renouvelée, qui est le plus important.

 




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