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LE DISCOURS

Coincé à un repas de famille qui lui donne des envies de meurtre, Adrien attend. Il attend que Sonia réponde à son sms et mette fin à la « pause » qu’elle lui fait subir depuis un mois. Et voilà que Ludo, son futur beau-frère, lui demande de faire un « petit » discours pour le mariage ! Adrien panique. Mais si ce discours était finalement la meilleure chose qui puisse lui arriver ? 

Critique du film

Après Un homme à la hauteur et Le Retour du héros, Laurent Tirard revient dans les salles avec une nouvelle adaptation littéraire : Le Discours, succès de Fabrice Caro dit Fabcaro. Si le réalisateur d’Astérix et Obélix : Au service de Sa Majesté ou encore du Petit Nicolas n’en est pas à son coup d’essai en la matière, le challenge restait de taille. Intégralement narré – et donc, perçu – du point de vue de son protagoniste, comment faire réellement exister les autres personnages autrement que sous le prisme émotionnel de son conteur ?

Porter l’Insupportable 

Le conteur en question, c’est lui : Adrien. Son problème ? Sa petite-amie, Sonia, a décidé, du jour au lendemain, de faire “une pause” (le fameux break) dans leur relation, sans vraiment préciser ni sa raison, ni sa durée. S’étant fait violence pour ne pas la contacter jusque là, il finit par craquer et lui envoyer le traditionnel “ça va ?” – aux intentions multiples, exceptée celle de son sens premier, à savoir s’enquérir de l’état réel de sa destinataire. Rongé par le mutisme de la jeune femme, c’est dans ce contexte de nerfs mis à vif qu’il va lui falloir composer avec le sempiternel diner organisé par ses parents et la perspective de devoir prononcer un discours le jour où sa benjamine, elle, aura l’outrecuidance d’aller convoler.

On pouvait légitimement craindre une succession de scènes où, laissant (dés)agréablement cours à des pulsions jamais assumées et toujours réfrénées, l’imagination d’Adrien crucifie toute cette joyeuse bande (sa famille) sur l’autel des scénarios les plus rocambolesques. Et si le film n’échappe pas à cette écueil scénaristique pour faire durer le suspens, Laurent Tirard réussit à déjouer les pièges creusés par l’aigreur et l’excessivité de notre malheureux amoureux. Pour ce faire, outre d’habiles effets “d’arrêts sur image” et un brisage de quatrième mur prenant presque des airs de séance de psychanalyse avec le spectateur, “Le Discours” peut compter sur le redoutable tour de force de son acteur principal.

Le discours film

Performance à plus d’un titre, le jeu de Benjamin Lavernhe est un festival de nuances. Mordant sans être agressif, décalé sans être absurde, il offre un visage touchant à Adrien dont on sent réellement le désarroi face à une situation qu’il n’a pas vue venir, et alors que lui n’imagine pas passer sa vie autrement qu’aux côtés de celle qu’il aime. Chaque fois qu’il nous prend à partie, on s’attache un peu plus à ce garçon qui, fût-ce au travers des raisons ubuesques par lesquelles il cherche à expliquer le silence de Sonia, finit par nous faire attendre avec la même tension le sms de la délivrance.

De même, si le matériau de base ne laisse pas grand font à Sophie, la sœur d’Adrien, le lien fraternel quelque peu distendu par les années et les interférences de communication gagne en douceur et en délicatesse – et ce particulièrement dans une scène où Sophie se fait humilier et où Adrien vient à son secours. La présence de Sara Giraudeau donne quant à elle une couleur mutine et absolument délicieuse à un personnage qui, sur le papier, n’existe tout simplement pas.

Mais c’est bien Benjamin Lavernhe qui nous émeut, nous remue – et ce jusque dans les silences où seuls ses yeux nous fixent aux abois, depuis la solitude où, faute d’attention dans un cercle familial où il peine à trouver sa place, il a l’impression de parler dans le vide.

Les Monologues du Chagrin 

À bien des égards, Le Discours n’en est pas un. Surtout boniment, parfois confession, il se veut déclaration – ce qui constitue à la fois la grande force, et la grande faiblesse du film. AÀ la manière d’une blessure qui passe par un kaléidoscope de couleurs avant de cicatriser – le rouge de la colère, le vert de la jalousie, le bleu de la mélancolie – Adrien finit par puiser dans cette échéance qui le fait paniquer la force de mettre des mots sur ce qu’il ressent, comme si la perspective du bonheur des autres le portait à s’interroger (enfin) sur le sien.

On pourrait dès lors se demander si tel est véritablement le propos d’un compliment de mariage… réduit alors au prétexte d’un plaidoyer pour l’amour, ses histoires, et les multiples chemins par lesquels on le trouve.

Bande-annonce


23 décembre 2020 (reporté en 2021) – De Laurent Tirard, avec Benjamin LavernheSara GiraudeauKyan Khojandi