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LE CORPS SAUVAGE

La fiche
Le corps sauvage film affiche

Réalisé par Cheyenne Carron Avec Nina Klinkhamer, François Goeske, François Pouron… 
France Thriller – Sortie : 20 mars 2019 – Durée : 105 min

Synopsis : À la recherche d’une nouvelle façon de vivre, Diane, 25 ans, s’installe chez son grand-père dans un village bordant une forêt où elle pratique la chasse à l’arc. Le grand-père lui fait découvrir l’univers de la chasse, ses rites et ses traditions, ainsi que son village où chacun vit en harmonie, unis par des valeurs fédératrices. Cette harmonie est bientôt menacée par un groupe de chasseur sans éthiques ; mais Diane est décidée à protéger le village et la nature à son corps défendant. 

La critique du film

À quoi ressemble un film de Cheyenne Caron ? À aucun autre dans le paysage du cinéma français actuel. Bien évidemment, la réalisatrice utilise la même boîte à outils pour créer ses oeuvres que les autres cinéastes. Mais sa patte, si particulière, change pas mal de détails ici et là qui tour à tour surprennent, enchantent, voire enthousiasment, générant un objet dont le contenu, l’histoire, les dialogues donnent à voir quelque chose qui fait prendre à l’adjectif « différent » tout son sens.

Le corps sauvage s’ouvre sur une scène de prière sur le banc d’une église, localisée dans la campagne française, avec une jeune femme que l’on devine forte et fragile et pour qui les traditions importent. Progressivement, on devine qu’elle a quitté, ou fui son précédent milieu afin de renouer avec les choses de la vie qui possèdent de la valeur à ses yeux. Cependant, la caméra de Cheyenne Caron ne s’attardera pas sur ces considérations matérialistes, leur préférant une narration poétique portant sur les amis, l’entourage de Diane (Nina Klinkhamer) et sa pratique de la chasse, sans cesse fragilisée par des menaces venues d’ailleurs.

Pour qui connaît un peu le travail de Cheyenne Caron ainsi que ses idées, Le Corps sauvage en constituera un résumé synthétique. Comme elle l’affirmait elle-même, sur Twitter, elle y a placé tout ce qui comptait à ses yeux. Et ça suinte de l’écran, que l’on soit ou non sur la même longueur d’ondes qu’elle ; tradition, donc, religion, respect du vivant, de l’étranger, fascination pour l’Europe des sages et des artistes, écoute mutuelle, voici ce qu’on retrouvera dans ce long métrage d’une heure quarante.

Le scénario semble provenir d’un univers parallèle, tout en mettant en scène des débats dans l’air du temps. Diane, son amie, Hestia, et les autres qui les entourent forment une sorte de tout utopiste, parfois chamboulé par des perturbations extérieures, dont la représentation montre un univers préservé au maximum des influences néfastes. Loin des intérieurs bourgeois parisiens et de leurs considérations, les acteurs et les figurants, presque tous des inconnus, rendent compte d’une France que l’on voit peu, au cinéma, mais qui existe réellement. Pour un peu, on en aurait presque oublié leurs préoccupations. 

La chasse, thématique principale du film, est représentée dans sa veine la plus originelle, sans que cela n’empêche les questionnements philosophiques : quid de l’animal tué ? Est-ce que chasser sans s’emparer de la vie de l’animal reste de la chasse ? Végétaliens et chasseurs peuvent-ils s’apprécier, malgré leurs points de vue radicalement opposés ? Les chasseurs peuvent-ils aimer les animaux ? Sans donner de réponses précises, Cheyenne Caron dépeint une communauté dans laquelle les désaccords génèrent le sel du quotidien, jusqu’à ce qu’un corps étranger mette en danger cet équilibre bancal, mais solide. Cet autre, représenté par des chasseurs qui tuent les animaux en les laissant choir par la suite symbolise le contraire de ce que le film exalte : la modernité, dans son expression bête et méchante, aidée par le collectif dans lequel les individualités se sont tues, par ces hommes qui tuent uniquement pour le plaisir fugace de rompre avec leur quotidien morne. 

Peu de remous animent en réalité Le corps sauvage. Plus axé sur la contemplation et l’amour platonique que se vouent des êtres humains que la bêtise, le film reste une parenthèse enchantée, savamment éloignée de nos milieux urbains, réussissant ce que le cinéma sait faire de mieux : être une coupure hors du temps et de l’espace. 



La bande-annonce