l’affaire collective

L’AFFAIRE COLLECTIVE

Après un tragique incendie au Colectiv Club, discothèque de Bucarest, le 30 octobre 2015, de nombreuses victimes meurent dans les hôpitaux des suites de blessures qui n’auraient pas dû mettre leur vie en danger. Suite au témoignage d’un médecin, une équipe de journalistes d’investigation de la Gazette des Sports passe à l’action afin de dénoncer la corruption massive du système de santé publique.

Critique du film

Il aura fallu une tragédie pour que la Roumanie prenne conscience de la corruption généralisée des instances sanitaires du pays. Dès les premiers signaux du scandale, Alexander Nanau a pris sa caméra pour suivre l’investigation menée par la rédaction d’un journal sportif (!) puis les premiers pas d’un ministre de la santé issu de la société civile qui tente de donner un grand coup de pied dans la fourmilière. Il livre un film documentaire passionnant, saisissant le pouls d’une société qui vibre entre effroi et espoir.

Un gigantesque système frauduleux

Ce sont des images terribles qui ouvrent L’Affaire collective, images amateures filmées par les personnes prises au piège de l’incendie survenu le 30 octobre 2015 au Colectiv Club. Parmi les 64 victimes de la catastrophe, 38 sont mortes à l’hôpital, des suites de maladies nosocomiales. Catalin Tolontan, rédacteur en chef de la Gazeta Spoturilor ouvre une cellule d’enquête dont les investigations ne tardent pas à tirer les fils d’un scandale sanitaire généralisé. Un grand nombre d’hôpitaux ont acheté sans sourciller des produits désinfectants dont les ingrédients actifs ont été dilués. Le gouvernement, qui avait refusé que les victimes de l’incendie soient transférées à l’étranger, nie en bloc par la voix de son ministre de la santé, lui-même ancien directeur d’hôpital. Trop tard, des manifestations populaires soutiennent les journalistes, la colère éclate en même temps que la vérité.

Le cinéaste suit la patiente enquête journalistique, les lanceurs d’alerte qui se manifestent, le temps de l’analyse des sources, le reconstruction minutieuse des faits, l’identification des acteurs, la sidération aussi des journalistes : « on risque de passer pour des fous » craint Mirela Neag.

Corruption à tous les étages

L'affaire collective
En parallèle de l’enquête, le réalisateur a choisi de suivre la parcours de reconstruction de Tedy. La jeune femme tente de se réapproprier un corps profondément modifié. Elle accepte de poser pour un photographe d’art, il en résultera une magnifique exposition, teste par ailleurs une prothèse de main. Ce fil rouge introduit une pulsion de vie bienvenue au milieu d’un langage scientifique, juridique et politique parfois aride.

L’indignation populaire finit par faire sauter le gouvernement en place auquel succède un gouvernement de technocrates. La seconde partie du film se concentre sur l’action du nouveau ministre de la santé, Vlad Voiculescu. Issu de la société civile, ancien militant pour le droit des malades, sa parole détone radicalement. Il promet la transparence et déclare vouloir restaurer la confiance. Quelle sincérité accorder à ces propos ? L’homme est-il naïf ou volontariste ? Ces questions traversent l’esprit du spectateur, pris dans la tumultte du film. Avec lui, nous découvrons la réalité d’une corruption institutionnalisée où règne à tous les étages, népotisme, clientélisme et conflits d’intérêts.

C’est d’un côté, l’école de santé publique qui reçoit des pots de vin pour nommer des directeurs d’hôpitaux incompétents et véreux. C’est d’un autre côté, une commission qui accrédite contre rétribution. Tombant littéralement des nues, le ministre secoue, autant qu’il lui est possible de le faire, un énorme cocotier aux fruits plus pourris les uns que les autres.

Les journalistes de la Gazeta Spoturilor continuent, quant à eux, de recevoir des témoignages accablants, parmi lesquels un vaste réseau de fausses factures au sein d’un hôpital dirigé de manière totalement mafieuse. Des menaces ne tardent pas à leur parvenir.

Grand film politique, L’Affaire collective décortique de manière haletante et glaçante un système frauduleux d’un pays gangrené par des institutions irresponsables et criminelles. Sans angélisme, le film, montre aussi que les résistances capables de sortir la Roumanie de ce bourbier existent bel et bien. Il leur faudra beaucoup de courage…

Bande-annonce

24 février 2021-D’Alexander Nanau.


Présenté au festival des Arcs 2020. Disponible sur le site du festival pour 4€ la séance virtuelle