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LA CHASSE – CRUISING

 La police new-yorkaise enquête sur deux meurtres d’homosexuels appartenant à la tendance sado-masochiste, qu’elle pense être dus au même tueur. Le capitaine David Edelson, chargé de l’affaire, propose à un jeune policier en uniforme, Steve Burns – qui possède les caractéristiques physiques des victimes – d’infiltrer la communauté gay. Comme il ambitionne de devenir « enquêteur », Steve, voyant la possibilité d’une rapide promotion, accepte, en dépit du danger qu’il encourt. 

Dur en cuir.

« L’intention de ce film n’est pas de dénigrer la communauté homosexuelle. L’action se déroule dans une frange de cette communauté qui n’est pas représentative de la totalité. » CruisingLa Chasse en VF –  s’ouvre par ce message d’avertissement censé se prémunir de toute accusation d’homophobie. Il faut dire que le film est sorti en 1980, à une époque loin d’être gay-friendly, et dès l’annonce de sa mise en chantier, le projet était entouré d’une aura sulfureuse.

Voir le réalisateur de L’Exorciste planter ses caméras dans le milieu BDSM gay new-yorkais avec une histoire de meurtres en série a fait craindre à certains une entreprise de diabolisation de leur orientation sexuelle. Des militants LGBT ont ainsi tout mis en œuvre pour perturber le tournage des scènes extérieures, qu’il s’agisse de parasiter les prises de son en faisant un boucan d’enfer ou d’user de miroirs réfléchissants pour éblouir les caméras. Ce ne sera pas le seul obstacle rencontré par Cruising qui aura maille à partir avec la commission de censure au moment de sa sortie. Des scènes coupées et évanouies que James Franco s’amusera a retourner trente ans plus tard et qui donnera le film Interior. Leather Bar.

En regardant Cruising aujourd’hui, on constate que les soupçons d’homophobie n’avaient pas lieu d’être. Il apparaît surtout comme une curiosité, parfois un brin datée, incarnant le combo « cuir moustache » fantasmé par l’imagerie pop. Un défilé de jockstraps, qui oscille entre stupre, sensualité et – reconnaissons-le – un brin de ridicule. Se dandiner sur du disco en pantalon de cuir n’est pas ce que Al Pacino parvient à faire de mieux dans ce film. Il est bien plus convaincant dans son rôle de policier-on-ne-peut-plus-hétéro qui, pour mener son enquête, s’immerge dans ce monde codifié (attention à ne pas se tromper de couleur de bandana) et se retrouve à donner de sa personne. Au propre, comme au figuré. Car, au-delà de l’intrigue policière, le sujet de Cruising est aussi l’évolution de son personnage plongé en plein trouble. Ses certitudes se brouillent, ses préférences sexuelles se font plus floues. Un chambardement personnel, mais aussi moral…

Une confusion qui s’empare également du spectateur dont William Friedkin s’amuse, sans qu’il s’en rende compte, à brouiller ses repères dans le déroulement de l’enquête et sur l’identité du tueur. Le premier visionnage laisse une impression d’inachevé, on pressent que quelque chose cloche dans le dénouement de l’investigation. Il faut alors revoir Cruising avec attention pour se rendre compte de ce qui ne va effectivement pas. Ironiquement, c’est au public que revient la mission d’enquêter.

Reniée par Al Pacino, cette œuvre mal aimée de William Friedkin est sans doute l’une des plus intriguantes et retorses de la filmographie de son réalisateur. On en retient cette scène d’interrogatoire au cours de laquelle surgit un molosse, tout en muscles et les fesses à l’air, pour malmener le suspect. Selon le cinéaste, cette séquence est réaliste : il s’agissait d’une méthode employée par les flics américains pour déstabiliser les suspects et faire en sorte qu’ils ne soient pas crus s’ils venaient à s’en plaindre. On peut aussi la lire comme un passage fantasmé nous plongeant dans l’esprit du héros : une incursion aussi violente qu’érotique dans sa psyché. Le sens du titre se double alors de significations : « cruising » , comme la drague, et comme un voyage dont on revient changé.




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