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LA BELLE ET LA MEUTE

Éprouvant

Lors d’une fête étudiante, Mariam, jeune Tunisienne, croise le regard de Youssef. Quelques heures plus tard, Mariam erre dans la rue en état de choc. Commence pour elle une longue nuit durant laquelle elle va devoir lutter pour le respect de ses droits et de sa dignité. Mais comment peut-on obtenir justice quand celle-ci se trouve du côté des bourreaux ?

Seule contre tous.

Il y a des films dont la forme impressionne et touchent par leur portée politique : La Belle et la Meute appartient à cette catégorie. En adaptant le roman « Coupable d’avoir été violée » de Meriem Ben Mohamed, la réalisatrice Kaouther Ben Hania se penche sur la position des femmes dans une société patriarcale dominée par la religion. À travers une nuit cauchemardesque, la réalisatrice dresse le portrait d’une Mariam victime de viol et justicière, seule contre tous. Alors que tout se profilait pour le mieux, un flirt pendant une soirée étudiante, la jeune femme va rapidement se rendre compte que la justice de son pays est souvent du côté des bourreaux. Des bourreaux hideux, aux traits tirés, semblables à une meute de bêtes enragées – le titre du film n’est pas un hasard – dont la moindre apparition effraie. Les femmes, elles, affichent un mépris non dissimulé pour Mariam tandis que d’autres jugent sa tenue. Un éternel recommencement dans l’oppression d’une féminité jugée comme responsable des viols commis par les hommes.

La Belle et la Meute se révèle aussi éreintant qu’éprouvant. Car pour souligner la dureté de cette nuit, Kaouther Ben Hania décide d’opter pour le plan séquence. Ainsi, le film se divise en plusieurs chapitres, tous portés par des acteurs au naturel bluffant, et à l’oeil-caméra qui place le spectateur au centre d’une action tantôt calme, tantôt hystérique. Ici, pas de plans virevoltants façon Enter The Void ou Birdman. L’accent est mis sur la sobriété dans certaines scènes à huis clos qui retournent l’estomac. Les cris, les larmes, les menaces dissimulées… La Belle et la Meute ne ménage jamais le spectateur jusqu’à un final qui en décevra peut-être certains par sa symbolique grossière. Pourtant, pas de quoi en faire un mauvais film. Bien au contraire, le dernier long-métrage de Kaouther Ben Hania semble indispensable et met l’accent sur une société en pleine mutation et une hypocrisie latente au sein des institutions publiques. Pour prouver un viol, il faudra passer par des hôpitaux surchargés qui demanderont un papier délivré par des policiers. Policiers peu enclins à aider une jeune femme surprise plus tôt en train d’embrasser un jeune homme, signe de violation de la loi tunisienne. Pour eux, ce baiser relève d’une plus grande gravité qu’un viol, justifié par une tenue jugée « provocante ».

En malmenant son spectateur, La Belle et la Meute expose une réalité encore présente dans nos sociétés modernes. Kaouther Ben Hania dresse le portrait d’une femme bafouée qui va peu à peu reprendre ses droits face à une meute d’hommes mal intentionnés. Au fil de ses nombreux plans séquences intenses, La Belle et la Meute renforce son discours politique, sa dénonciation, par la force d’images marquantes.

La fiche

LA BELLE ET LA MEUTE
Réalisé par Kaouther Ben Hania
Avec Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda…
Tunisie – Drame
Sortie : 18 octobre 2017
Durée : 
100 min




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