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KATIE SAYS GOODBYE

Touchant

Katie, jeune femme du sud ouest américain rêve d’une nouvelle vie à San Francisco. Elle vit ses premiers amours et se révèle d’une honnêteté désarmante. Son empathie compulsive envers les autres fait d’elle une proie facile. Sa ténacité et sa jeunesse seront mis à l’épreuve par ceux qu’elle aime le plus au monde.

Prisonnière du désert.

Encore étourdis par la découverte du bouleversant A Ghost Story, les festivaliers présents à Deauville en septembre dernier en ont totalement oublié de réserver une miette d’attention à une sélection plus attrayante que d’ordinaire. Projeté aux côtés de l’intrigant polar Sweet Virginia – avec qui il partage le même acteur principal, Christopher Abbott –, Katie Says Goodbye avait pourtant la carrure d’un sérieux compétiteur et n’aurait pas volé une place de choix au palmarès. Premier long-métrage du réalisateur Wayne Roberts, ce coup d’essai est également l’étape inaugurale d’un triptyque où l’on retrouvera, d’ici peu, Johnny Depp (dans Richard Says Goodbye) avant un troisième volet faisant se réunir les deux personnages.

Pour l’heure, Wayne Roberts narre l’histoire de Katie, jeune serveuse devant assumer précocement la gestion d’un foyer face à une mère démissionnaire et à un père disparu des radars. Plus une enfant, pas encore une adulte, elle vend son corps aux hommes rustres d’une campagne reculée en attendant de pouvoir échanger ses économies contre un aller-simple pour San Francisco. Quotidien aliénant, isolement notoire, éventail de figures-miroirs d’une Amérique rurale où les journées s’écoulent tel un interminable tunnel, toutes les cases du bingo « cinéma indépendant » paraissent instantanément cochées. Mais ces fausses certitudes fondent bientôt comme neige au soleil tandis que le film parvient à embrasser pleinement son sujet de départ sans essuyer le tentant revers du misérabilisme. Point de violons sirupeux, de bonne étoile à suivre ou de miraculeux coups du destin, Katie Says Goodbye s’ancre dans une éreintante réalité, celle laissant de frêles épaules encaisser le poids du sort et subir, sur tous les fronts, les plus viles attaques de l’existence.

Dès lors, Wayne Roberts ne cherche jamais à édulcorer la violence mais s’oblige à ne pas la brandir en étendard. Sa caméra trouve ainsi une juste distance, quelque part entre une crudité surprenante et une absence totale de complaisance. Malgré la noirceur ambiante, le film y conserve une lumière salutaire qui accompagne l’itinéraire complexe d’un beau personnage féminin. Déjà remarquée dans Me, Earl & The Dying Girl (This is not a love story) et surtout la série Bates Motel, Olivia Cooke prête ses traits à cette héroïne des temps modernes malmenée dans un univers déserté par l’ambition. Méconnaissable, elle lui insuffle un mélange de douceur et de détermination en rendant profondément touchant le combat d’une résiliente persuadée qu’un monde meilleur existe. Alors que les autres protagonistes héritent d’une écriture moins flatteuse (ce qui est dommage pour Christopher Abbott), Katie s’impose comme l’illustration vivante du « tomber sept fois, se relever huit », l’inaltérable flamme de l’éternelle optimiste soufflant sur les braises jusqu’aux dernières lueurs.

La fiche
Katie says goodbye affiche

KATIE SAYS GOODBYE
Réalisé par Wayne Roberts
Avec Olivia Cooke, Christopher Abbott, Jim Belushi
Etats-Unis – Drame
Sortie : 18 avril 2018
Durée : 86 min




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