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JUDY

Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz. Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants. Aura-t-elle seulement la force d’aller de l’avant ?

LA CRITIQUE DU FILM

C’est une habitude: le premier trimestre de l’année de l’exploitation du cinéma américain en France est consacré en grande partie à la sortie de films en lice pour la cérémonie des Oscars. Judy reste toutefois une anomalie. Programmé à l’origine pour une sortie le 15 janvier 2020, le film de Rupert Goold a été repoussé au 25 février de la même année pour des raisons obscures. Report sans doute pour se permettre d’afficher la récompense reçue, Renee Zellweger étant pressentie pour obtenir la sacro-sainte récompense de meilleure actrice le 9 février prochain. 

Difficile cependant de ne pas trouver prestation plus consensuelle que celle donnée par l’ex-Bridget Jones. Méconnaissable, grimée de la tête aux pieds, elle se démène physiquement devant la caméra pour donner vie aux mimiques inénarrables de l’ancienne « enfant de l’Amérique ». Toutefois, sacrifier sa persona et disparaître derrière les traits de son personnage est-il suffisant ? Les mouvements incessants de ses bras paraissent parfois même masquer l’inexpressivité faciale malheureuse de l’interprète, qui peine à convaincre lors des gros plans tant elle semble corsetée.

SOUS L’ARC-EN-CIEL, EXACTEMENT

Il était possible que le récit du film se résume à ce que chaque personnage annexe se projette en Judy Garland, une coquille vide brisée par sa carrière au sein de la MGM à la fin des années 1930. Ainsi, Judy aurait pu être une sorte de requiem idéal en faveur de l’actrice, afin de la rendre totalement indépendante au fur et à mesure du long-métrage. Que Dorothy du Pays d’Oz s’humanise, quitte la persona que les studios lui ont construit malgré elle au fur et à mesure des années. Le vrai problème est que le film n’utilise jamais tout ce postulat pour traiter Judy Garland, et prend trop du recul pour n’être au final que purement factuel. En un sens, cette proposition peut être louable, si tant est que le projet s’incarne à la manière d’une enquête comportant des éléments de fiction, un point de vue extérieur pour signifier un constat d’une actrice qui restera enfermée de manière permanente dans ses rôles. 

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Or, le film souhaite vraiment embrasser Judy Garland, provoquer une empathie envers elle et donc de facto emprunter son point de vue, sans jamais perdre sa trace. Difficile donc pour le long-métrage de fonctionner pleinement, tant la recherche absolue des faits empiète sur la possibilité d’offrir une quelconque psychologie aux personnages, y compris son « héroïne ». Tout le film s’enferme dès lors dans un lassant programme, fait de flash-backs du début de sa carrière, trahisons de ses amants, crises de paranoïas noyées dans les spiritueux et numéros de music-hall conclus évidemment par Somewhere Over The Rainbow en guise de happy-end. Ces éléments narratifs sont malheureusement inhérents à tout biopic qui se respecte, mais ils assurent ici le strict minimum qu’une page Wikipédia aurait déjà pu révéler. Aucun personnage secondaire, gravitant autour d’elle, n’arrive d’ailleurs à exister autrement que comme des concepts grossiers, tellement le réalisateur semble tout vouloir sacrifier sur l’autel de le synecdoque. Ils ne sont que des indices narratifs permettant de faire avancer péniblement un récit qui navigue à vue sans oser bousculer ses personnages. Outre cela, en aucun cas Rupert Goold ne semble être en possibilité de transcender ces éléments au-delà du décorum, sans doute trop occupé à rester fidèle au travail fait en amont dans la comédie musicale, End of The Rainbow, que le film adapterait. 

Et c’est bien dommage, puisque les dix premières minutes semblent plutôt faire bonne figure: il suffit d’y voir en introduction le plan en grue, filmé en caméra numérique, qui navigue dans les décors en construction du Magicien d’Oz. Aidé par sa texture visuelle lissée, ce plan offre une perspective particulière, quelque peu étrange, car il suit les déambulations de la jeune actrice et Louis B. Mayer en pleine discussion dans ces décors autour de la future notoriété de la comédienne, mais aussi étrange car loin des souvenirs que le spectateur conserve du film de Victor Flemyng. Tout ce choix de mise en scène en trompe-l’oeil se retrouve hélas schématisé pour seulement en distinguer l’envers du décor et l’artificialité du cinéma, soit autant d’aphorismes visuels qui auraient mérité un développement plus conséquent pour ne pas paraître bêtement évident. Au regard du film, il est peut-être logique, finalement, que la famille de la comédienne n’ait pas été consultée avant le début de la production du long-métrage…

BANDE-ANNONCE

26 février 2020 – De Rupert Goold, avec Renee Zellweger, Rufus Sewell, Jessie Buckley…