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INSTALIFE

Caustique

Ingrid est une jeune fille fascinée par la vie de rêve que font miroiter les starlettes d’Instagram. Elle décide de s’installer à Los Angeles afin de s’immiscer dans la vie de l’influenceuse qu’elle adule. Mais de follower à stalker il n’y a qu’un pas…

Derrière le filtre

Jusqu’à présent, la critique des réseaux sociaux et de leurs travers s’effectuait sous un angle essentiellement dystopique, à l’instar de Black Mirror, ou d’autres films, comme Her, qui s’enfermaient dans le rôle de Cassandre. En ce sens, Instalife propose un positionnement différent : il y est question de la réalité telle que nous l’expérimentons déjà, rythmée par une popularité fluctuant au gré des likes, de tartines à l’avocat, et de pop-up stores remplis d’objets inutiles. Dans cette réalité, les laissé-pour-compte sont ceux qui n’ont pas pris le coche suffisamment tôt, ou qui n’adoptent pas les bons codes. Au sein de ce groupe, les névroses prennent une place considérable : quoi de plus cauchemardesque que d’être seul, au quotidien, quand le monde entier semble vivre un éternel paradis, et en fait la démonstration apparemment implacable ?

Instalife est l’histoire d’une opposition, entre d’un côté, la brune, et de l’autre, la blonde. Ingrid Thorburn (Aubrey Plaza) ne sait pas se faire des amis. Dépendante, sa vie s’est construit autour d’une mère qui, décédée, laissa un grand vide que sa fille chercha à remplir avec des amitiés glanées sur Instagram, haut lieu du bon goût. Taylor Sloane (Elizabeth Olsen) vit sous le soleil californien, en prenant en photo tout ce qui possède un intérêt potentiel pour ses followers. Elle a un chien, un mari aussi blond qu’elle, aux dents aveuglément blanches, des projets de vie, elle est artiste photographe, et passe ses soirées dans des vernissages interchangeables. Jeune, représentante exemplaire des canons de beauté actuel, elle deviendra traquée par Ingrid, qui a jeté son dévolu sur elle, grâce à un héritage reçu lui permettant de vivre la grande vie. Désormais, le prochain pallier est la popularité virtuelle.

Ces dernières années, de façon éclatante, certaines influenceuses ont envoyé valser tout ce qu’elles avaient construit durant des années, sur Instagram, en montrant l’envers du décor. L’angle des photos, pour avoir un visage plus fin. Le ventre faussement plat. Les filtres lissant, faisant croire à une peau parfaite. Tout un monde rempli d’étoiles, qui se trouvait être finalement une place aux normes plus intransigeantes que celles du réel. Matt Spicer, étonnement, rentre à petit pas dans ces aspérités qui font la complexité d’un être humain. Taylor Sloane est montrée comme insipide, ingénue, mais, y compris dans les coulisses de sa vie, elle reste cette espèce d’individu à qui tout réussit objectivement. À aucun moment Ingrid Thorburn n’est en mesure de rivaliser : en tentant de suivre désespérément les codes de Instagram, elle ne fait que se compromettre un peu plus. Physiquement, elle ne peut rivaliser. Intellectuellement, son manque d’authenticité est un défaut supplémentaire qui l’empêcherait a priori de percer.

La brune et la blonde mentent, à tous. Mais, là où Ingrid Thorburn affabule en continu, l’autre ne le fait que par astuce, ayant réussi à transformer une vie factice en réalité approuvée par des milliers de suiveurs inconscients. À partir de là, il devient compliqué de trancher sur Instalife : est-ce que Matt Spicer condamne le faux qui règne sur Instagram, sans être en désaccord avec le principe qui consiste à tout montrer de sa vie (alors que les deux sont intimement liés) ? Ou parle-t-il au spectateur de l’impossibilité de se débarrasser de ses tares, surtout avec les réseaux sociaux ?

En dehors de sa causticité, qui provoque un rire bienfaisant, mais une réflexion temporaire, Instalife fait malheureusement un peu de surplace, en s’arrêtant à mi-chemin d’un propos qui est peut-être trop légèrement souligné.

La fiche
instalife affiche

INSTALIFE
Réalisé par Matt Spicer
Avec  Aubrey Plaza, Elizabeth Olsen…
Etats-Unis – Comédie dramatique

Sortie : 9 mai 2018
Durée : 102 min




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