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HUNT

1980, Corée du Sud. Après l’assassinat du président Park par la CIA coréenne, l’armée prend à nouveau le pouvoir. La Corée du Nord y voit l’opportunité d’une future invasion, et y envoie un de ses espions. Park Pyeong-Ho et Kim Jung-Do, deux hauts responsables de la sécurité sud-coréenne, sont missionnés pour traquer l’infiltré. S’engage alors une terrible course contre la montre. La situation des deux Corée est au bord de l’implosion et les deux agents, au cours de leur enquête, vont déterrer de lourds secrets qui menacent de faire basculer l’Histoire du pays …

CRITIQUE DU FILM

Hunt est le premier film de l’acteur coréen Lee Jung-jae qui s’est fait connaître dans des films comme The Housemaid (2010, Im Sang-soo), New World (2013, Park Hoon-jeaong) ou Deliver Us from Evil (2020, Hong Won-chan). Mais sa célébrité a vraiment explosé au niveau international avec le premier rôle de la série événement de Netflix, Squid Game.

Pour son premier film, le néo-réalisateur a vu les choses en grand et a choisi de s’attaquer au genre du thriller politico-historique en vogue en Corée du Sud et qui nous a offert quelques bijoux du genre tels que The Age of Shadows (2016, Kim Jee-woon) ou L’homme du Président (2020, Woo Min-ho). L’histoire du film de Lee Jung-jae fait d’ailleurs suite immédiate à celle de ce dernier, puisque L’homme du Président traitait du coup d’état et de l’assassinat du Président Park en 1979, alors que Hunt se déroule en 1980 et raconte les années sous la présidence du Général Chun Doo-hwan. Une période marquée par la répression de la liberté d’expression et l’usage généralisé de la torture par la KCIA (Services secrets sud-coréens) contre les dissidents accusés d’être des sympathisants nord-coréens.

D’un point de vue formel, il n’y a pas grand-chose à redire au film de Lee Jung-jae qui délivre un spectacle de haute facture. La photographie est l’œuvre de Lee Mo-gae, collaborateur habituel de Kim Jee-woon, et à qui l’on doit notamment la splendeur visuelle de J’ai rencontré le diable (2010). Celui-ci prouve une nouvelle fois ici tout son savoir-faire, notamment lors des scènes nocturnes. La mise-en-scène distille aussi plusieurs moments de bravoure, et on sent que Lee Jung-jae s’est fait plaisir et a bien révisé ses gammes avec, par exemple, une scène de fusillade en pleine rue dont le découpage et le style rappellent trop la mythique scène de Heat (1995, Michael Mann) pour que ce ne soit que le fruit du hasard.

Hunt film

Pour ce qui est de l’histoire et de la narration, le film déroule un traitement classique pour un film d’espionnage avec ce qu’il faut de paranoïa et de double-jeu. Lee Jung-jae et Jung Woo-sung sont excellents en chefs des services secrets qui s’opposent et se suspectent mutuellement de traîtrise. Si on se perd un peu parfois dans les sous-intrigues et les jeux de dupes, cela n’est pas réellement gênant puisque le tableau général reste lisible. On pourra cependant regretter que le film soit trop long et multiplie les twists dans son dernier acte.

Hunt est un thriller d’espionnage bien ficelé et rythmé où l’on n’a pas le temps de s’ennuyer. Lee Jung-jae, visiblement plus attaché à la mise-en-scène des scènes d’action qu’à la reconstitution historique des évènements, signe un premier film abouti qui donne envie de voir quelle sera la suite de sa carrière de réalisateur.


Prochainement – De et avec Jung-jae Lee, et Woo-Sung JungHye-jin Jeon


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