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L’HÉRITAGE DES 500 000

La fiche
L'héritage des 500 000 affiche

Réalisé par Toshiro Mifune Avec Toshirô Mifune, Tatsuya Mihashi, Tsutomu Yamazaki… 
Japon  Action – Sortie : 3 avril 2019 – Durée : 98 min

Synopsis : Durant la Seconde Guerre mondiale, le commandant Matsuo a participé à l’ensevelissement de plusieurs milliers de pièces d’or dans la jungle philippine. Alors qu’il pensait ce trésor enfoui à tout jamais, emportant avec lui le souvenir des cinq cent mille soldats japonais morts sur cette île, voilà qu’un riche homme d’affaires, Mitsura Gunji, lui propose de partir à la recherche du butin. Contraint d’accepter, Matsuo retourne aux Philippines accompagné de quatre hommes recrutés par Gunji… 

La critique du film

On connaît Toshirô Mifune pour être l’acteur fétiche de Akira Kurosawa, celui qui a participé à ses films les plus notables (Sanjuro, Yojimbo, Les Sept Samourai, Barberousse…), moins pour son travail de réalisateur, et pour cause, il n’existe qu’un seul film de lui derrière la caméra, L’héritage des 500 000. Grand succès lors de sa sortie au Japon, en 1963, jamais apparu sur les écrans, en France, jusqu’à aujourd’hui, où il est actuellement disponible dans une copie restaurée par Carlotta Films, le film en dit tout autant sur la célébrité dont l’acteur plus que réalisateur bénéficiait alors au pays du soleil levant que sur sa modestie naturelle.

Pour qui a vu les films du duo Kurosawa Mifune, voir l’acteur se filmer lui-même prodigue une sensation inhabituelle : jamais l’homme n’a semblé si effacé, si timide, quand son incandescence accroche instantanément la lumière dès lors qu’il est dirigé par un autre. Est-ce la raison pour laquelle, malgré son succès, « L’héritage des 500 000 » a constitué sa seule expérience à la réalisation ? Vu les difficultés rencontrées, tout porte à le croire.

L’ombre de Akira Kurosawa

Il y a dans ce film la présence inénarrable du lien indéfectible qui lie Toshiro Mifune à Akira Kurosawa, qui est intervenu dans le montage, peu satisfait de certaines scènes de L’héritage des 500 000. Son scénariste est à l’origine de cette histoire de chasse au trésor, le casting fait appel aux noms les plus remarquables des acteurs fétiches du grand réalisateur japonais ; directeur de la photographie, scripte, ont aussi été récupérés dans l’équipe de Akira Kurosawa, dont l’aspect moraliste de sa production cinématographique transparait très vite dans L’héritage des 500 000. Histoire d’aventure, le film se mue en un ensemble de dilemme moraux où les caractères se confrontent et s’affrontent, dans une situation où le but est de sortir riche, de sa vertu ou de sa cupidité, quand le fond de l’affaire consiste à rester vivant, ce dont les personnages ne prennent pas conscience de suite. En un peu plus d’une heure trente, des archétypes sont correctement dessinés : on a la brute intelligente, l’impulsif sensible, la paire de crétins (qui fait pas mal écho à « La forteresse cachée » de Kurosawa, justement), et l’homme de bien, au sujet duquel le film pose la question de son triomphe final.

Dans un enchaînement de plans étrangement bergmaniens, on devine que « L’héritage des 500 000 » a de près ou de loin inspiré pas mal de films du genre. Malgré un ou deux faux raccords probablement involontaires, il suffit de regarder au hasard le dernier film de J. C. Chandor (Triple frontière) sur Netflix pour deviner que Mifune, à l’instar d’autres grands réalisateurs japonais, a su de par sa démarche être à la source de l’inspiration de tout un pan des cinéastes anglo-saxon.