hérédité critique

HÉRÉDITÉ

Terrifiant

Alors que la matriarche de la famille Graham décède, sa fille et sa famille découvrent un obscur héritage…

Potentiel culte.

Il y a ces films dont certaines images collent encore à la rétine de l’esprit, plusieurs heures, jours, voire années après avoir été vus. Comme une sorte d’emprunte, aussi bien psychique que physique, qui laisse une trace indélébile dans la mémoire cinéphilique du spectateur, et qui change, pour un temps, son rapport au réel. Après avoir fait face à la représentation du Mal, mythique et incommensurable, notre quotidien se trouve aliéné, le banal se fait étrange, et la quiétude se fait angoisse.

Par-delà la simple peur passagère, c’est bien la terreur que provoque Hérédité chez le spectateur. La terreur face au Mal qui décide de tout, balayant le libre-arbitre des personnages, au profit d’une inexorable descente aux Enfers. Face à cela, personne ne peut faire quoi que ce soit, si ce n’est subir, souffrir et mourir, jusqu’à temps que le dénouement apocalyptique n’advienne.

Le deuil ne se fait jamais chez la famille Graham, si bien qu’elle est encore et toujours tributaire de son passé, de son hérédité. Presque jamais dans le film les personnages ne peuvent vivre dans le présent, et encore moins envisager l’avenir, si ce n’est sous un jour lugubre. Hérédité transforme la vie de ses personnages en une sorte de longue messe noire, de laquelle ils ne peuvent détourner les yeux, le rituel ayant déjà commencé depuis des lustres, lequel doit inexorablement se conclure par un sacrifice.

Il n’y a rien de plus angoissant que de se rendre compte que sa propre vie n’est qu’un artifice, une illusion, détournant pour un temps notre esprit des forces qui nous ont produites, et cela dans un but précis, comme une bête allant à l’abattoir. Cette progressive prise de conscience de l’illusion se perçoit également à l’échelle du film lui-même, qui assume l’artifice de la « maison de poupée », et laisse ses personnages se débattre dans des dioramas que nous ne pouvons percevoir qu’au travers d’un regard surplombant, à défaut d’être démiurgique.

Car le véritable démiurge du film, c’est bien sûr le réalisateur, Ari Aster, qui maîtrise de bout en bout l’exercice, à la fois tributaire de l’histoire du genre horrifique et inventeur de sa forme propre. En effet, le film ne reste jamais là où l’on pourrait se saisir des codes qu’il investit. Aussi bien suggestif que montreur, bruyant que silencieux, tragique que chaotique, Hérédité est une véritable palette de la figuration horrifiante, et s’inscrit d’ores et déjà comme un film « culte », dans tous les sens que ce terme peut avoir…

La fiche
hérédité affiche

HÉRÉDITÉ
Réalisé par Ari Aster
Avec Toni Collette, Milly Shapiro, Gabriel Byrne …
Etats-Unis – Horreur

Sortie : 13 juin 2018
Durée : 127 min




Poster un Commentaire

avatar
  Subscribe  
Me notifier des