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GUEULE D’ANGE

Criard

Une jeune femme vit seule avec sa fille de huit ans. Une nuit, après une rencontre en boîte de nuit, la mère décide de partir, laissant son enfant livrée à elle-même.

Marge d’erreurs.

Si l’on se plaint qu’une certaine frange du cinéma se contente de montrer au spectateur ce qu’il veut voir, on ne peut se réjouir de celle qui projette son regard là où tout le monde détourne les yeux. C’est le postulat de Gueule d’Ange, de Vanessa Filho, qui pose sa caméra à la marge. Mais la marge de quoi ? Sociale, psychologique, familiale ? Un peu des trois. Marlène est une mère à un demi pied de se noyer dans la flaque des démons habituels des lâches moyens : mariage inconséquent, soirées inconséquentes, rencontres inconséquentes, vie inconséquente. La parfaite vitrine pour une Marion Cotillard bien castée, prouvant encore quoi qu’on en pense la polyvalence de sa palette d’interprétation, quoiqu’un peu en roue libre. Sa seule causalité, c’est sa fille, Elli (Ayline Aksoy-Etaix) qui donne son surnom au film et ramène dans le vague centre de gravitation d’une intrigue à la tragédie presciente un vague inconnu, Julio (Alban Lenoir).

Voilà donc, dès son introduction résolument criarde, une plongée dans notre petite périphérie sociale abandonnée bien à nous, glorieux Français : BeaufLand. Les intentions sont claires. Elles sautent à la gueule, pour reprendre le vocabulaire du film. Pourtant, quelque chose irrite. Un je-ne-sais-quoi, pour rester dans nos réflexes verbeux nationaux. On finit par mettre le doigt dessus. Le doigt dedans. Une distance. Une distance qui, si elle est consciente, tend presque à une certaine forme de jugement – on n’oserait pas condescendance, car la condescendance est toujours voulue, même si on s’en défend. Une distance qui, si elle n’est pas consciente, donne des effets esthétisants plutôt vains.

De la subtilité du Stabilo

Nous n’en sommes même pas au quart du film, et déjà des pensées si dures pour un film qui ne nous a encore rien fait. L’avantage du fatalisme, c’est qu’il est prévisible et laisse le temps de réfléchir à la forme par laquelle on le sculpte. Pourquoi l’image du désœuvré pop ne marche pas comme sur un American Honey ou un Sean Baker, dont le spectre de Florida Project semble hanter chaque plan, chaque intention ? Parce que Gueule d’Ange à énormément de mal à jouer avec ses espaces, qui se limitent souvent à deux dimensions. Voilà que chaque séquence est bâtie selon sa variation de ton, ou une couleur complémentaire à la dominante. Idée formelle intéressante, si ce n’est qu’ici s’opère une décontextualisation quasi complète des environnements dans lesquels évoluent intrigues et personnages.

Par conséquent, l’empathie est complètement biaisée par des personnages qui n’évoluent pas dans un espace de vie mais dans un mélange entre réflexes de scénariste et prophétie auto-réalisatrice de mise en scène. Soit des codes et non plus émotions, ou comment transformer le poids de la tragédie en surévidences de conception. De ce Gueule d’Ange, on voit trop la notice de montage, la naïveté sacrifiée face à l’application consciencieuse. On rajoute à cela un mixage sonore indigent, particulièrement sur quelques séquences dramatiques clefs, et quelques envolées oniriques qui s’écrasent comme une sale descente de MDMA et voilà un Gueule d’Ange qui ne mérite pas vraiment son surnom.

La fiche
Gueule d'ange affiche

GUEULE D’ANGE
Réalisé par Vanessa Filho
Avec Marion Cotillard, Ayline Aksoy-Etaix, Alban Lenoir…
France – Drame

Sortie : 23 mai 2018
Durée : 108 min




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