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GREEN BOOK

La fiche

Réalisé par Peter Farrelly – Avec Viggo Mortensen, Mahershala Ali…
Etats-Unis – Drame, biopic – Sortie : 23 janvier 2019 – Durée : 130 min

Synopsis : En 1962, alors que règne la ségrégation, Tony Lip, un videur italo-américain du Bronx, est engagé pour conduire et protéger le Dr Don Shirley, un pianiste noir de renommée mondiale, lors d’une tournée de concerts. Durant leur périple de Manhattan jusqu’au Sud profond, ils s’appuient sur le Green Book pour dénicher les établissements accueillant les personnes de couleur, où l’on ne refusera pas de servir Shirley et où il ne sera ni humilié ni maltraité.

La critique du film

Récompensé aux Golden Globes, en lice dans la course aux Oscars, Green book : Sur les routes du Sud s’illustre comme le premier film de Peter Farrely dans le registre du biopic dramatique, lui que l’on a surtout connu pour être aussi indissociable de son frère, Bobby, avec qui il a tourné des comédies souvent potaches (Mary à tout prix, Dumb and Dumber…). Rencontrer Peter Farrely dans un road movie aux problématiques sérieuses est donc assez surprenant, mais attendre la bonne histoire donne souvent lieu à de bonnes surprises, car mieux vaut tard que jamais, comme le démontre admirablement Green book. 

Les contraires s’attirent

Épaulé par un casting remarquable, Green book oscille entre le road movie, le feel-good movie et le biopic. Don Shirley (Mahershala Ali) et Tony Lip (Viggo Mortensen, au service d’un rôle de hâbleur inhabituel dans sa carrière) forment la paire classique des individus qui n’ont rien en commun mais réussissent malgré tout à nouer une amitié indéfectible, dans un environnement qui leur prend d’un côté en leur retirant d’un autre.

Plébiscité pour son talent de musicien, Don Shirley n’en est pas moins vilipendé pour sa couleur de peau, comme des millions d’autres noirs aux Etats-Unis dans la seconde moitié du vingtième siècle. Courageux, il décide d’entamer une tournée moins rémunératrice que ses concerts à New York à travers tout le territoire, et embauche au passage un homme à tout faire, garde du corps de surcroît, chargé de sa protection dans les cas attendus, comme les agressions permanentes à sa personne, mais aussi les cas plus surprenants, à l’instar de son penchant pour la bouteille, ou pour ses entrevues avec d’autres hommes, qui rajoutent une couche au faisceau des motifs pour lesquels il est le suspect idéal au regard des autorités des contrées du Sud des Etats-Unis. 

Green book

Green book réussit dans plusieurs domaines à sortir du carcan classique du biopic faisandé auquel les salles de cinéma ne nous ont que trop accoutumés. Loin de tout propos hagiographique, le film évacue rapidement tout effet de page wikipedia en nous prodiguant des moments d’une beauté plus qu’appréciable, à la fois dans les instants douloureux comme dans les joies fugaces et durables.

Sans misérabilisme, Peter Farrely parvient avec le scénario de Green book à déployer la complexité de la psychologie de ses personnages, qui d’un regard de quelques secondes dans l’obscurité chez Mahershala Ali montre toute la douleur d’un homme coupé des siens pour son rendez-vous éternel avec l’art, ou d’un battement de mains chez le rustre campé par Viggo Mortensen, capable d’aimer les partitions musicales les plus fines. C’est cet équilibre dans et en dehors de la relation des deux protagonistes qui permet de sauver le film, malgré sa mièvrerie, des affres de l’anecdotique. 

De l’apprentissage de la tolérance

La vie de tout homme est jalonnée par les a priori et les clichés sur l’autre, sans qu’il ne s’en départisse forcément un jour. Green book pose la question de ce que signifie être noir, tout en n’y fournissant pas une réponse précise. La couleur de peau suffit-elle, dans une époque où l’habit fait souvent le moine ? C’est ce à quoi se confronte par récurrence Don Shirley, dont le statut d’employeur d’un blanc (qu’il soit émigré italien ou « natif » nord-américain depuis plus longtemps ne change rien) va bien au-delà de la manifestation d’une réussite financière : elle est autant pour les noirs que pour les blancs une anomalie, ce que nous rappellent sans cesse les scènes qui se succèdent, plaçant Don Shirley dans un no man’s land immatériel, dont il incrimine un temps l’existence à son compagnon de route à travers un dialogue poignant.

Comme en écho, la sensibilité de Tony Lip face aux critiques liées à son origine s’en retrouve exacerbée. Celui qu’il conduit résiste, tant bien que mal, emmuré dans sa forteresse qu’il pense inexpugnable, et lui craque, devenant le vecteur des quolibets et des remarques désobligeantes. Par ce transfert, Tony Lip, tout gouailleur qu’il est comprend, petit à petit, qu’il ne protège pas seulement Don Shirley contre les autres, mais aussi contre lui-même. De cet enchevêtrement naîtra la compréhension et l’acceptation réciproque, exemple digne d’une tolérance dont le pays aurait encore bien besoin aujourd’hui. 



La bande-annonce