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GRÂCE À DIEU

La fiche
Grâce à Dieu affiche

Réalisé par François Ozon – Avec Melvil Poupaud, Denis Ménochet, Swann Arlaud…
France Drame – Sortie : 20 février 2019 – Durée : 137 min

Synopsis : Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

La critique du film

François Ozon est un des auteurs les plus prolifiques du cinéma français. Avec huit films ces dix dernières années, il a occupé les festivals et les salles obscures comme presque personne dans le métier, avec une diversité de genre et d’approches qui l’honorent particulièrement. Grâce à Dieu, son nouveau long-métrage, est une prise de risques à plusieurs titres. Tout d’abord, Ozon choisit un sujet brûlant, un groupe d’anciens scouts portant plainte pour agressions sexuelles contre un prêtre, et au delà contre l’Église et son absence de réactions. Peu de réalisateurs hexagonaux choisissent de traiter des sujets d’une telle actualité, la mise en examen du père Preynat datant de 2016. Pour mener à bien son entreprise, l’auteur de Frantz a du tourner dans le plus grand secret, à l’étranger majoritairement, utilisant noms de codes et autres subterfuges pour ne pas attirer l’attention sur un film qui, forcément, va déranger tout le milieu catholique lyonnais.

« Le choix de la fiction »

La deuxième audace est de choisir la fiction comme moteur du film. Les premières minutes joue avec l’approche documentaire, une voix-off narrant les faits, froidement et méthodiquement, pour disparaître complètement, et laisser le jeu des acteurs investir tout l’espace du plan. Si Ozon colle au plus près des événements vécus par le groupe de la « parole libérée », il anonymise les principaux personnages, en substituant leurs noms à d’autres, sans doute pour faciliter le travail de ses nombreux acteurs. La trouvaille du cinéaste est dans la structure même qu’épouse le film : plutôt que de partir de la rencontre et la fondation du groupe de plaignants, il présente les trois personnages principaux chacun à leur tour, prenant un grand soin de les laisser naître à l’écran séparément. Le choix de ces trois acteurs est fondamental pour appréhender la réussite de cette mise en scène en trois points. Melvil Poupaud incarne une entrée en matière froide mais déterminée, quand Denis Ménochet est lui un volcan, épidermique, dont les colères et coups de sang sont les premiers sommets d’émotions du film.

« La confirmation Arlaud, après Petit paysan »

Intervient enfin Swann Arlaud qui donne au récit une toute autre dimension par l’incroyable intensité de son jeu. Difficile de ne pas penser à Patrick Dewaere à la vue de ce personnage, sensible à l’extrême, destructeur en diable. Au delà de la ressemblance physique, c’est toute la palette de jeu d’Arlaud qui rappelle l’acteur d’Un mauvais fils de Claude Sautet. On pense notamment de la scène magnifique où Arlaud confronte son père, vieil homme bourru qui brille par son absence dans la vie de son fils. Il pointe du doigt à la fois le traumatisme subit, l’incapacité à le dépasser, et l’aspect structurant pour lui cette association de victimes luttant pour l’emprisonnement du père Preyat, et la reconnaissance par l’Eglise de ses crimes. Ces moments de fiction, sublimes par ce qu’il dégage dans la construction des personnages, sont les moments de gloire d’un film intelligent, mené à un rythme qu’Ozon, selon son propre aveu, est inspiré du monde de la série tv plus que de celui du cinéma.

Si François Ozon a déclaré avoir eu le désir de faire un film d’hommes, il réussit pourtant de très beaux portraits de femmes, dans le sillage de ces garçons meurtris par un maniaque sexuel. Aurélia Petit et Josiane Balasko sont ainsi deux femmes magnifiques, qui donnent une épaisseur et une qualité à certaines scènes qui participent à faire de Grâce à Dieu une belle réussite. Les aveux de la première, ses raisons de son soutien sans failles à son mari, et la scène qui voit cette mère investir le combat de son fils par une phrase inattendue, font le sel et la beauté d’une histoire qui rebondit sans cesse. Loin d’être un film qui ennuierait par un aspect trop factuel et plat, Grâce à Dieu surprend par sa capacité à relancer le spectateur dans de nouvelles directions, à le captiver à chaque entournure, ce qui le rend passionnant et riche.

« L’un de ses plus beaux films »

Au milieu de tous ces noms et personnages c’est bien la dramaturgie et le romanesque de ces trois hommes beaux et touchants, chacun à leur manière, qui emporte pour ne jamais  ménager ses efforts. À 51 ans, François Ozon réussit l’un de ses plus beaux films, maniant avec finesse un sujet des plus difficiles, pour en faire un des moments de cinéma important de ce début d’année.



La bande-annonce