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GAS-OIL

Jean Chape, patron camionneur, est un homme heureux. Il a quarante-cinq ans, de bons copains, un bon camion, quelques économies et une amie agréable. Or, un drame éclate soudainement dans la vie de cet homme paisible. Une nuit de verglas, il écrase, ou croit écraser, un homme…

Critique du film

C’est grâce à Gas-oil que Gilles Grangier va faire se rencontrer Jean Gabin et Michel Audiard. Nous sommes déjà dans un film de gangsters mais, pour autant, il n’a encore rien à voir avec ce que sera la future collaboration entre l’acteur et le dialoguiste.

En effet, s’il est une adaptation d’un roman de la Série Noire de Georges Bayle, le versant policier du film n’est finalement pas le plus intéressant. Par ailleurs, Gabin n’y tient pas encore le rôle de l’aîné qui impose le respect, mais retrouve au contraire l’image d’une figure proche du peuple en incarnant un chauffeur routier. De même, la verve d’Audiard n’a pas encore toutes les caractéristiques qui feront sa légende, et à la gouaille il préfère ici une écriture plus subtile qui n’en reste pas moins délicieuse.

Gas-oil

Gas-oil raconte comment la vie tranquille d’un camionneur va être perturbée quand il va se retrouver à son insu la cible d’un gang de malfrats. Comme dit plus haut, le versant policier n’a que peu d’intérêt, si ce n’est pour faire avancer le film. Ce qui en a en revanche d’avantage, c’est la façon dont Grangier vient dépeindre le quotidien simple de ce routier vivant en province, se levant à cinq heures du matin pour rejoindre la capitale en camion à travers les petites routes de campagne, ayant ses habitudes au bistrot du coin, partageant son temps libre entre ses amis et son amante… Gas-oil capte de très beaux instants de vérité, et se veut le tableau vivant d’une époque révolue. On ne peut bouder son plaisir devant un Gabin souriant, respirant la joie de vivre. La partition qu’il joue avec Jeanne Moreau est également sublime, pleine de tendresse amoureuse. Les mots d’Audiard, parfaitement choisis, sonnent justes et concourent à donner au film un ton aussi réaliste qu’empreint de légèreté. On est d’ailleurs presque déçu lorsque, à mesure que le film progresse, l’intrigue policière prend plus d’importance, même si la séquence d’action finale, au regard des moyens de l’époque, offre son lot de spectacle.

Si Gas-oil reste célèbre pour avoir été le point de départ de la longue collaboration entre Audiard et Gabin, il est surtout le portrait, beau et rare, d’un homme simple dans la campagne française des années cinquante.

De Gilles Grangier
avec Jean Gabin , Jeanne Moreau et Ginette Leclerc