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FIRST REFORMED – SUR LE CHEMIN DE LA RÉDEMPTION

Ernst Toller, un ancien aumônier militaire dont la vie est bouleversée par la mort de son fils, va se retrouver confronté aux nombreux secrets de son église, complice d’affaires louches avec des multinationales peu éthiques.

Bernanos à la rescousse.

Quand, vers le milieu du 19ème siècle, Les souffrances du jeune Werther de Wolfgang Goethe parurent, de nombreux lecteurs, influencés par l’histoire de ce jeune homme qui mourut, faute d’avoir pu vivre pleinement son amour, se suicidèrent. Goethe marqua ainsi les prémisses du romantisme. Comment l’expérience tragique d’un être humain peut-elle se transmettre à un autre, au point où celui-ci embrasse un destin similaire, par mimétisme ? C’est de ce processus viral dont il est question dans First Reformed, le dernier film de Paul Schrader retitré Sur le chemin de la rédemption, dont on ne peut que déplorer l’absence de sortie en salles, tant son traitement semble embrasser l’humeur de l’époque. Ernst Toller (Ethan Hawke, magistral dans sa composition) est un aumônier aux prises avec ses démons intérieurs, parmi lesquels se trouvent au premier rang la solitude et l’alcool. À l’instar de nombreux prêtres, il lui arrive d’intervenir dans des situations qui demandent bien plus d’implication que celle qui est requise dans l’exercice de ses fonctions. Mary (Amanda Seyfried) requiert son assistance auprès de son mari, activiste écologiste, Michael (Philip Ettinger), car toute croyante qu’elle est, l’Eglise lui est toujours apparue tel le dernier refuge au monde lorsque sa vie vacille ; hanté par la vision apocalyptique d’une Terre devenue inhabitable suite au réchauffement climatique, Michael ira jusqu’à se suicider, laissant de l’autre côté du Styx sa femme Mary, enceinte d’une petite fille. Ernst Toller découvre le corps le premier, ce qui marquera le passage du témoin dans la lutte pour la préservation de la nature et de l’espèce humaine.

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On aurait pu croire que l’archétype du prêtre torturé, en décalage avec le monde, mais aussi avec Dieu et les fonctionnaires cléricaux, était dépassé depuis un certain temps, en se demandant ce que la littérature ou le cinéma pouvait bien avoir à en dire de plus. Le religieux n’a jamais été aussi absent qu’en cette époque, où la question même de son absence n’est plus un sujet à l’ordre du jour. Cependant, telles les fleurs qui poussent là où on ne croyait avoir qu’un pré rempli de mauvaises herbes, la question ressurgit çà et là, dans des formes que n’aurait renié Georges Bernanos lui-même. Le Ernst Toller de Paul Schrader est un personnage pétri de confusion, prosaïque, non mystique, contrairement à l’abbé Donissan de Sous le soleil de Satan. Mais la contagion de l’impuissance le touche, plus forte que la solitude, plus forte que l’alcool, elle est une invasion de sa psyché, une gangrène qui, en dehors de son individualité, invite le spectateur à se poser des questions sur le rôle des institutions de nos sociétés. Le pouvoir politique est souvent décrié dans sa pusillanimité face à la protection de l’environnement. Les entreprises les plus polluantes, souvent montrées du doigt, sont rarement inquiétées dans le bon déroulement de leurs activités.

Mais l’Eglise, que fait-elle ? Et surtout, que peut-elle ? En apparence, pas grand chose, si, comme nous le montre Paul Schrader, un individu tentant de se faire entendre sur le sujet auprès de sa hiérarchie est renvoyé à ses défauts qui, opportunément, prennent une importance décisive, proportionnellement à la gêne qu’il constitue pour le système. C’est tout l’intérêt du scénario de First Reformed : ce prêtre, aliéné par sa routine et la perte de sens, retrouve paradoxalement la foi dans une cause dont la concrétude se trouve pourtant à l’opposé de toute métaphysique, ses tentatives de liens entre la Genèse et le réel ne pouvant rien y changer. Non pas que la protection de la nature et de la Terre n’ait rien à voir avec l’exercice de la religion, affirmer le contraire serait plus à propos. Mais, comme Michael avant lui, Ernst Toller plonge tête la première dans un engagement fort, dont la perspective de la réalisation à la fois lointaine et si proche créé les conditions idéales pour un souffle nouveau, un élan de vie, qui ne règle pas le problème initial, à savoir la peur instinctive qui empêche d’affronter ses difficultés.

Empruntant aux maîtres de la peinture du clair obscur, Paul Schrader filme l’histoire de cet homme avec une austérité saisissante, dont la fraîcheur émerge, face au reste des productions de l’année 2018. La fin de First Reformed – Sur le chemin de la rédemption, qui dénote avec le reste du film, laissera probablement le spectateur incrédule. Sa mièvrerie apparente n’est compréhensible qu’au regard du tiraillement entre la grande cause et l’histoire personnelle de chacun. Si l’on saisit l’idée qui veut que l’action doit d’abord s’accomplir dans son périmètre proche, qu’il s’agit du lieu où les changements doivent s’opérer, alors l’histoire de First Reformed paraîtra instantanément plus limpide.

La fiche

FIRST REFORMED – SUR LE CHEMIN DE LA RÉDEMPTION
Réalisé par Paul Schrader
Avec Ethan Hawke, Amanda Seyfried…
Etats-Unis – Drame

Sortie (vidéo) : 25 septembre 2018
Durée : 108 min