critique war machine

WAR MACHINE

Confus

Le renommé Général Glen McMahon, connu pour ses services en Irak, est envoyé en Afghanistan pour mettre un terme à la guerre. La situation locale et internationale est cependant bien plus complexe…

You (don’t) know what I mean.

Malgré la lourdeur de ses affiches publicitaires, il existe de nombreuses raisons d’être emballé par War Machine, le nouveau film du réalisateur australien David Michôd. Auteur des froids, violents et réjouissants Animal Kingdom et The Rover, l’ultra-violence familiale et sociale autant que celle apocalyptique prend ici place dans l’énorme imbroglio politique, diplomatique, humain et bien évidemment militaire de la guerre menée en Afghanistan par les Etats-Unis d’Amérique. À l’heure des inspirations, War Machine fait davantage trotter la grande aiguille du côté des portraits de la guerre au vitriol, naviguant entre satire et absurdité, du Three Kings de David O. Russell ou même, en poussant un peu, du délire quasi-débile des Chèvres du Pentagone plutôt que d’une lecture tête baissée d’une opération tragi-chaotique de soldats du pauvre peuple.

Distribué par Netflix, War Machine est également le bébé de Plan B, la société de production de Brad Pitt. L’acteur tient ici le premier rôle, celui du général McMahon, figure rigide jusqu’à en être comique, statuette militaire fédératrice, fière, dont la résolution idéologique simpliste et la posture physique masquent aisément une ignorance qui n’a pas besoin de grandes pelletés profondes pour être découverte. David Michôd renverse ainsi quelques codes du film de guerre en suivant ce haut gradé passer plus de temps à Skyper l’État-Major, à regarder des cartes topologiques vides et à faire la tournée de partenaires internationaux frileux que de fouler la poussière et la poudre du terrain. Il est accompagné d’une petite troupe de loyaux larbins (Anthony Michael Hall, John Magaro, Emory Cohen, Anthony Hayes et Topher Grace, pour ne citer qu’eux) qui servent de stéréotypes des figures de l’armée. Comprenez, pas forcément dans l’ordre, le Major gueulard, l’homme-radio, le larbin zélé, la brute alcoolique, accompagnés d’un RP désabusé. Une belle bande de joyeux drilles, comme on dit dans le métier.

Voici tous les ingrédients d’un War Machine qui n’a plus qu’à se laisser tourner. C’est en tout cas ce qu’a dû se dire David Michôd, à la vue de son résultat final. Peut être paralysé par les moyens décuplés par rapport à ses précédents longs-métrages, l’Australien ne semble jamais vraiment maîtriser un scénario qu’il a pourtant lui-même adapté du livre de Michael Hastings, The Operators. La première preuve de ce syndrome du roue-libre permanent, c’est d’abord un Brad Pitt lâché sans direction précise. À la merci d’un rôle sûrement trop écrit pour lui, l’acteur en fait dans des tonnes dans la peau d’un général déjà pas bien finaud en soi. D’une prestation qu’on qualifie davantage de one-man show que d’interprétation, Brad Pitt dévore l’immense espace qui lui est attribué au point de vider la valeur narrative de ses acolytes et du scénario tout entier.

Engagez-vous, qu’ils disaient

Côté mise en scène, difficile de faire remonter dans les souvenirs les moments de prise de risque, d’impact de cadrage ou de montage. Là où Animal Kingdom et The Rover jouaient avec les silences et les vides pour laisser la place à la réalisation, War Machine est bien trop verbeux et explicite pour une quelconque place à l’image. Pour preuve, la quasi-seule prise de recul du film intervient par le biais d’une voix-off. Celle d’un journaliste du magazine Rolling Stones, joué par Scoot McNairy, intervenant même un temps en chair et en os, et dont la justification de la présence est expédiée dans les derniers instants de la narration. Il faut encore un échange maladroit entre Brad Pitt et Tilda Swinton, dans la peau d’une furtive journaliste allemande, pour que l’une des questions fondamentales du film émerge de manière poussive : la guerre en Afghanistan est l’apanage d’une dérive où l’idéologie embrasse les ambitions personnelles, par le biais d’un formidable déni de réalité collective de la part des hautes sphères politiques et militaires. En d’autres termes, par le biais de la folie pure.

Voilà le nerf de la guerre de War Machine, et il n’intervient que bien trop tard pour servir de fil rouge réflexif. Pire, ce constat est rapidement avalé par le trou noir Brad Pitt avant de ne pouvoir servir à qualifier intellectuellement et moralement le film. On ne doute pas des intentions louables et honnêtes de Michôd en amont du projet – renverser la folie de la guerre en tenant la pyramide par le haut, montrer la collusion infernale entre absurdités et réalités. Quelques scènes sont même réussies, notamment celles où McMahon est mis de côté pour aborder les jeunes pousses désorientées, à l’oeuvre dans une opération chaotique contre trois insurgés et deux boucs, présentée comme la bataille du siècle par leurs supérieurs. On notera au passage les prestations éclairs mais très convaincantes de Will Poulter et surtout de Keith Stanfield (Atlanta, Dope, Get Out, Straight Outta Compton) qui permettent aux compositions originales de Nick Cave et Warren Ellis, jusque là effacées, de prendre leur sens.

Sans contrôle palpable sur sa mise en scène ni sur la direction de ses acteurs et de ses personnages, David Michôd s’emmêle les pinceaux en barbouillant son portrait de la guerre de tons et de couleurs contradictoires. À trop vouloir montrer l’ironie ignare de la guerre, en général comme ici en particulier, War Machine en transforme l’absurdité en un premier degré non seulement crispant, mais laissant de surcroît la place au spectateur pour tomber dans le contre-sens. Un premier coup dans l’eau pour Michôd rapidement effacé, on l’espère, par une prochaine collaboration annoncée avec Robert Pattinson, déjà croisé sur The Rover.

La fiche

war machine brad pitt affiche

WAR MACHINE
Réalisé par David Michôd
Avec Brad Pitt, Tilda Swinton, Anthony Michael Hall…
États-Unis – Drame, Guerre
Sortie : 26 mai 2017
Durée : 121
 min




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