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THE STRANGE ONES

Frustrant

À bord de leur voiture, Sam et Nick sillonnent les routes de campagne américaine. Pour certains qu’ils croisent, ils sont deux frères partis camper, pour d’autres, des fugitifs. Durant ce road-trip, de mystérieux événements surviennent, faisant peu à peu éclater la vérité au grand jour…

Faux-semblants.

The Strange Ones est loin d’être inconnu au moment d’arriver au cinéma dans l’hexagone. Bourlinguant déjà dans de multiples festivals américains et européens – il a été aperçu notamment au Champs-Elysées Film Festival 2017 – il a pris son temps pour arriver jusque dans les salles obscures françaises. Le pitch de base intriguant et une ambiance poisseuse et angoissante qui ressortait de la bande-annonce laissait présager en tout cas le visionnage d’une oeuvre indépendante assez originale, ce qui est une bonne raison d’être attiré par un film.

Autant être direct : ces quatre-vingts minutes, générique de fin compris, sont frustrantes. Frustrantes car The Strange Ones a tout pour plaire : des acteurs principaux convaincants (surtout James Freedson-Jackson, parfait en ado ambigu), des plans qui touchent le sublime et des séquences tirant vers le fantastique qui intriguent et pourraient faire basculer le film vers le surréalisme. Une bonne preuve du potentiel du film se situe d’ailleurs dans ses dix dernières minutes, hallucinante plongée dans la conscience d’un personnage qui joue brillamment avec nos nerfs.

Mais pour profiter de ces moments, il faut regarder le film en entier. Et c’est là que le bât blesse : The Strange Ones ne tient pas ses promesses sur la durée. Si la mise en scène parvient à happer le temps d’une scène, elle peine à maintenir son ambiance pesante, du fait d’un montage parfois trop rapide et de plans pas toujours très inspirés qui manquent de subtilité ou qui se contentent platement de faire la transition entre deux séquences intéressantes. Il en va de même pour l’histoire globale, trop classique malgré les pointes fantastiques qui émergent ici et là ; quant à l’écriture, elle est beaucoup trop inégale, parfois brillante – la scène devant la grotte – et parfois d’un manque de subtilité déconcertant. A vouloir faire à la fois un film fantastique, un thriller et un drame intimiste en moins d’une heure et demi, Radcliff et Wolkstein s’égarent et se perdent dans la forêt de leur film. Avec une demi-heure de plus, cela aurait peut-être pu fonctionner (encore que) ; mais ici l’équilibre n’est hélas pas trouvé et tous ces éléments semblent expédiés à la va-vite, sans avoir le temps d’être étirés en longueur et disséqués pour provoquer le malaise.

Ces irrégularités nuisent directement à l’intérêt principal du film, ce jeu de pistes lancé par les deux personnages principaux. Leur relation, clairement ambiguë (dans la même veine qu’un Mysterious Skin), avait un certain potentiel, mais son traitement reste assez superficiel. L’utilisation de flashbacks est intéressante en soi, mais à trop les multiplier, les ficelles finissent par apparaître. Là encore, il faut attendre la fin pour que le concept laisse entrevoir tout son intérêt ; d’où une frustration encore plus intense quand le générique apparaît brutalement.

The Strange Ones laisse donc un goût amer dans la bouche. Celle d’une oeuvre qui montre des flashs de génie mais qui pêche dans de trop nombreux secteurs pour réellement convaincre et emporter la décision. Une semi-déception qui peut néanmoins servir de leçon pour un prochain film des deux metteurs en scène afin de s’améliorer et de casser la baraque. Qui vivra verra.

La fiche
The strange ones affiche

THE STRANGE ONES
Réalisé par Christopher Radcliff et Lauren Wolkstein
Avec Alex Pettyfer, James Freedson-Jackson, Emily Althaus
Etats-Unis – Drame, thriller

Sortie : 11 juillet 2018
Durée : 81 min




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