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PROBLEMOS

Jeanne, Victor et leur fille partent passer un week-end dans une ZAD, une « Zone À Défendre » peuplée de neo-hippies. Alors qu’une épidémie mondiale se déclenche, le groupe devient les derniers survivants de l’espère humaine…

L’Histoire par Les Nuls.

« Déjà, pour tous ceux qui ont vu La Tour 2 Contrôle Infernale, c’est pas nous qui sommes nuls, c’est vous qui êtes nuls ». L’invective, servie par Éric lors de son passage éclair aux Halles pour l’avant première de son nouveau long métrage Problemos n’est nullement agressive. Elle est prononcée avec un ton et des mimiques que la génération bercée par H et La Tour Montparnasse Infernale ne connaissent que trop bien. Elle est surtout prononcée par une des figures majeures du paysage comique français, quoi qu’on en pense.

Éric Judor, à l’échelle de sa carrière, est dans une position complexe car exigeante. Il a connu avec Ramzy ses heures de gloire au Box Office, mais le grand public a manqué ses rendez-vous comptables lors de ses projets plus personnels. Plus réfléchis et référencés aussi. Certes, Steak et sa série Platane ont décroché aujourd’hui les louanges qui leur ont manqué à leur sortie. Eric, et on ne peut que lui en donner raison, en a un peu par dessus la tête de se voir célébrer par la longue traîne. Sauf que la patte clivante et la contre-vanne sont tant inscrits dans l’ADN du comédien que la malédiction semble être éternelle.

Impossible, au moment de sa sortie, de savoir si Problemos sera une réussite de guichet. Ce qui est certain, c’est qu’il divisera encore, mais que ses défenseurs trouveront toujours des armes pour lever les boucliers.

Hippie Ka Yay, Motherfucker

Il en a désormais l’habitude depuis son expérience sur Platane : Éric Judor prend en main la réalisation de Problemos. Il en confie toutefois les clefs de dialogue et de scénario à Noé Debré et Blanche Gardin. Un script sur lequel il a tout simplement flashé, pensant à une traduction d’un projet anglais ou américain. Que dalle. Problemos est bien un produit local à 100 % et issu de petits producteurs, même s’il est vrai que ses méthodes de production agricole sont directement inspirées des deux outres, Manche et Atlantique.

Victor (Éric Judor) déboule en 4×4 gris avec sa femme et sa fille dans une ZAD, ces « zones à défendre », espaces de protestation anti-système bercés aux organisations neo-hippies et à la survie de mère nature par toutes les pratiques alternatives possibles et imaginables. L’occasion d’une première confrontation frontale chère à Judor, inspirée des plus beaux modèles que sont Ricky Gervais et Larry David : l’incompréhension chronique et la victimisation d’un protagoniste pas foncièrement mauvais, mais trop idiot pour que ses petits mensonges arrangeants ne soient pas rapidement perçus comme pathétiques.

Si Problemos n’était qu’une adaptation de ces préceptes, il ne constituerait qu’une extension bienvenue mais déjà éprouvée de Platane – une saison 3 avant l’heure qui aurait un peu spoilée la vraie. Le vrai pari de Problemos, autant comique que structurel, est de placer un personnage vaguement antipathique au milieu d’autres personnages vaguement antipathiques. Judor, Gardin et Debré s’acharnent alors, dans la mise en scène autant que dans l’écriture, à travailler leurs personnages secondaires avec autant d’amour et d’application que les protagonistes, au point que tous se placent progressivement sur un même pied d’égalité au fil du récit.

Même le mal se fait bien, écrivait Michel Folco : même les idiots doivent être intelligents, répond Problemos. Ils le sont aussi grâce à un casting impeccable : Blanche Gardin, Monsieur Fraise, Youssef Hadji, Claire Chust, Arnaud Henriet, Eddy Leduc ou Bun Hay Mean ne servent pas que de punching-ball à Éric. Au contraire, ils construisent leur identité et leur raison d’être par des interactions autonomes. Si certains sont mis de côte​ ou ostracisés, ce n’est que du fait des erreurs ou des a priori des autres, voire de leur propre ignorance. Un peu ironiquement, alors que le film s’en moque allègrement, Problemos est une comédie autonome, auto-suffisante et plutôt égalitaire à sa façon. Comme quoi.

Eric, zadiste de sa comédie

Plutôt que de subir les déterminisimes et les pré-supposés de la société et de les retranscrire avec toute la lourdeur et souvent, le contre sens du monde (coucou Gangsterdam, coucou À Bras Ouverts), Problemos se débarrasse du monde et des invectives sociales pour mieux les recréer, brique après brique, avec les vannes et le comique de situation comme ciment. Problemos évite le bad buzz idéologique de ses petits camarades en inventant sa propre mythologie, après avoir démontré empiriquement que chaque personnage s’enferme dans sa pré-conception et est toujours autant idiot que son voisin. L’urbain Victor ne sert pas de contrepoint de stigmatisation au groupe de zadiste : il n’en est qu’un élément pervers, intégré par défaut, un loup borgne et abruti dans la bergerie. Au pire, le spectateur ne trouve absolument pas le film drôle – c’est son droit le plus strict. Mais sortir de Problemos en pointant du doigt un quelconque traitement malsain ou un mauvais esprit est un contresens d’interprétation de la mise en scène. C’est aussi ça, faire de la comédie en 2017 : savoir mettre des gants sans se parer de moufles pour autant.

C’est aussi de ce point de départ qu’Éric Judor prend, mine de rien, un petit virage – pas à 180 degrés, n’abusons pas, ni même à 90. Disons, pour terminer la métaphore, qu’il donne un léger coup de volant, qu’il courbe une trajectoire qu’il a voulu rectiligne depuis ses débuts à la réalisation. Lui qui s’est toujours refusé à la satire sociale, lui qui s’est tant collé à ses personnages sans rien en attendre en retour, profite désormais des possibilités offertes par son duo de scénaristes pour explorer quelques sujets politiques, du jugement des pairs à la renaissance d’une représentativité aussi bancale que celle abolie. En plaçant son petit groupe comme nouveau noyau dur de l’humanité, Problemos possède un regard quasiment anthropologique et doux sur les contradictions de la nature humaine, entre deux vannes de jalousie morbide et un montage qui tombe toujours à point nommé.

Derrière chaque situation comique, Victor, Jean-Paul, Gaya, Maéva, Patrice et les autres construisent à la fois leur société autant qu’ils la mènent à sa perte. Judor filme avec application ce joyeux fracas de création et de destruction simultané, où le rire idiot croise la haine sourde sous des belles paroles et de violents murmures. Pour peu qu’on accepte de ne pas rire grassement à chaque situation, ou qu’on ne se ferme pas au propos derrière les one-man shows de chaque individualité, Problemos propose un postulat ferme : la plus grande violence de l’Homme ne réside ni dans la paix, ni dans la guerre, ni dans l’égalité, ni dans l’autorité, mais dans la somme des contradictions individuelles et collectives. Ou alors, rien de tout cela, si l’on considère que l’échantillon d’humanité présenté est trop abruti pour en tirer quelque conclusion probante. Quoiqu’il en soit, un projet à la fois et en solo, Eric Judor construit la ZAD de sa vision de la comédie. On est prêts à se doucher à l’eau froide tous les matins et à chanter des chansons de babos qui schlinguent à la gratte tous les soirs pour en faire partie.

La fiche

affiche film problemos

PROBLEMOS
Réalisé par Eric Judor
Avec Eric Judor, Blanche Gardin, Monsieur Fraise…
France – Comédie 
Sortie : 10 mai 2017
Durée : 85
 min




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