Critique les mauvaises herbes

LES MAUVAISES HERBES

D'une profondeur insoupçonnée

Jacques Sauveageau, acteur de théâtre, s’enfuit précipitamment de Montréal. Pourchassé par une sacrée dette de jeu mais surtout par un prêteur sur gage impitoyable, il finit par débarquer chez Simon, soixantenaire misanthrope, dans un coin reculé du Canada.

Very good trip.

En ce mois d’avril maussade où les blockbusters, les franchises et les suites se côtoient aux reboots, quand ils n’appartiennent pas tout simplement à la même grande famille, et aux comédies françaises désastreuses, la perspective de retourner tâter du flocon, du vent froid et des gelures n’apparaît pas forcément comme évidente en soi. Les Mauvaises Herbes, c’est se replonger en doudoune, parka et moonboots dans un film qui nous fait rapidement oublier le soleil et la douceur renaissante du printemps. Outre la dichotomie saisonnière, superficielle et surtout rhétorique, le film de Louis Bélanger utilise des thèmes à grosses ficelles (marijuana, gangsters) comme vecteurs de douceur et de profondeur insoupçonnées. La preuve par mille que, sur des bases quasiment identiques, c’est bien le talent et l’application qui font une bonne comédie. N’est-ce pas Alain Attal.

Loin de commencer directement par de la vanne ou par une caractérisation bidon de personnage, Les Mauvaises Herbes prend un malin plaisir à présenter à ses spectateurs une foule de portes ouvertes. Dès l’ouverture, de l’action, où Jacques (Alexis Martin), acteur déprimé, se fait courser par des gangsters arme au poing, et nous voilà face à un polar. Il se désamorce bien vite, et prend des allures de road-movie en fuite sur les routes perdues des provinces canadiennes. Sauf que voilà notre Jacques bien peu débrouillard, grande gueule mais loser, se crashant dans la première maison venue perdue entre les bois. Dans cette maison, un misanthrope bourru un peu plouc, Simon (Gilles Renaud). Rapidement, le rapport dominant/dominé s’inverse à mesure que Simon se fait de plus en plus féroce. On s’imagine le pire, d’une séquestration à la Misery à un thriller noir, avec cadavres et perversion à la clef. Il n’en est rien. Le deal est simple : Simon garde Jacques captif, dissimulant sa présence au prêteur sur gage qui le poursuit, tant qu’il l’aide à faire pousser et récolter sa plantation de marijuana.

Silence, ça pousse

Louis Bélanger possède entre ses mains de si grosses ficelles de genres qu’il pourrait se contenter de lâcher les chiens et de laisser filer son film comme un traîneau en pleine toundra. De se reposer sur ses lauriers, ou en l’occurrence sur sa ganja. Il n’en est rien, et c’est bien là le mérite premier de ces Mauvaises Herbes. Plutôt que de s’enfermer dans des carcans de style, le réalisateur, qui co-signe le scénario avec son acteur principal Alexis Martin, préfère dévoiler lentement les causes de la déliquescence de ses personnages plutôt que d’en explorer des conséquences abracadabrantesques. Et ça marche. Les incompréhensions, les doutes, et l’effeuillage en règle de la morale et des motivations de Jacques comme de Simon passent d’abord par l’humour. Avec tout le recul du monde, et pardon pour la pauvreté de l’argument, mais le vocabulaire, l’accent et les tournures de phrase québécoises font leur petit effet indéniable dans les rires de la salle. Outre les particularités de langage et l’appréciation culturelle, les dialogues ne servent jamais pas qu’à amorcer une situation ou entériner un gag, mais construisent lentement, patiemment, avec une empathie rare et précieuse, les liens entre les personnages.

Une fois l’appréhension passée, la tendresse se construit comme dans un conte où un ours et un écureuil forment un tandem improbable, pavée toutefois de doutes et piquée par un prisme complexe d’émotions. L’écriture porte le film bien plus que sa réalisation, mais qui s’en offusquerait : des personnages simples, dans un lieu simple et quasi-unique, n’ont pas besoin d’une grande virtuosité de mise en scène. Bélanger se contente de s’appliquer, de cadrer et mettre en lumière ses protagonistes avec le même affect grandissant qui se tisse entre eux. Au fil du temps et des événements, une poignée de nouveaux personnages viennent se greffer au duo. C’est là le seul défaut véritablement imputable au film : quelques secondaires, moins travaillés que les principaux, alourdissent l’intrigue et cassent un brin le rythme par des répétitions évitables. De même, alors qu’il jouait admirablement sur le film et les ellipses, Les Mauvaises Herbes se cherche sur sa fin, peine à équilibrer un fond à l’aspect dramatique plus que justifié avec une forme longuette. Il n’empêche : par le profond tour de force d’écriture de sa première partie, par sa bonhomie et son honnêteté immédiates, Les Mauvaises Herbes n’a pas traversé l’Atlantique pour rien et reste hautement recommandable parmi les sorties ciné du mois.

La fiche

Affiche les mauvaises herbes

LES MAUVAISES HERBES
Réalisé par Louis Bélanger
Avec Alexis Martin, Gilles Renaud, Emmanuelle Lussier-Martinez…
Canada – Comédie dramatique
Sortie : 05 avril 2017
Durée : 108 min




Il est 1 commentaire

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  1. Bruno31100
    je n’ai pas cesser de me marrer, et n’ai pas eu besoin de regarder sans cesse les sous titrages, car l’accent québécois enchantait mes oreilles

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