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LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES

La Méditerranée, l’été : une mer d’azur, un soleil de plomb… et 250 kilos d’or volés par Rhino et sa bande! Ils ont trouvé la planque idéale : un village abandonné, coupé de tout, investi par une artiste en manque d’inspiration. Hélas, quelques invités surprises et deux flics vont contrecarrer leur plan : ce lieu paradisiaque, autrefois théâtre d’orgies et de happenings sauvages, va se transformer en un véritable champ de bataille… impitoyable et hallucinatoire !

Fétiche.

Peu d’oeuvres visuelles auront eu cette année ce degré de radicalité, de transgression et d’exigence vis-à-vis de l’objet filmique. Seul David Lynch et son somptueux Twin Peaks : The Return pourrait être élevé au même rang que le film d’Hélène Cattet et de Bruno Forzani, en ce sens que les deux oeuvres en question se projètent radicalement à l’encontre des conventions en tenant un discours filmique à la fois déstabilisant et jouissif.

Cette jouissance, c’est celle de voir notre oeil rincé de l’ordinaire. Là où le cinéma mainstream cache le cadavre, Cattet et Forzani montrent son crâne en gros plan, cramé par le soleil brûlant d’une Corse aux allures de Far West. Laissez Bronzer les cadavres ose tout, en même temps qu’il sublime tout. À l’image des grandes oeuvres surréalistes, le film entremêle le trivial et l’onirisme, la violence et l’abstraction, la souffrance physique au plaisir corporel.

Ce film est le fruit d’un profond amour du cinéma, dans son acceptation la plus maniériste, en tant qu’il reste avant tout un médium visuel qui vise à produire un discours par les images. Peu de réalisateurs prennent cette définition au pied de la lettre, laissant la plupart du temps le discours oral compenser la pauvreté de leur discours visuel. Le  cinéma d’exploitation des années 70 et 80 (américain comme européen) s’est fondé sur cette confiance en l’image, envers et contre tout. Sergio Leone, qui constitue sans doute LA référence du film, ne s’embêtait pas à dépenser de l’argent pour la prise de son de ses westerns spaghetti. Non, ce qui comptait, c’est l’image, encore et toujours. Une obsession, une fascination, un fétichisme, tantôt sexuel, tantôt morbide.

Car ce qui meut fondamentalement Laissez Bronzer les cadavres, c’est le fétiche, unissant les corps et les objets dans un érotisme morbide qui ne fera que peu de survivants. Laissez Bronzer les cadavres est une synecdoque de la jouissance et de la mort, élevant le détail au rang de constellation de significations. Le fétiche transcende le sensible pour atteindre la grâce : tout d’un coup, le feu d’une cigarette éclaire un visage comme une toile peinte ; tout d’un coup, la pisse devient de l’or. Et que c’est beau.

Chaque plan respire l’inventivité et la cinéphilie. Encore une fois, l’amour de la culture underground transparait dans le film avec une passion à la fois tendre et totalement punk, du crâne chauve de l’excellent Bernie Bonvoisin au costume de cuir de la blonde « platine » Marilyn Jess, ancienne star du cinéma X français des années 70 et 80. A noter également les prestations hautes en couleurs de l’ensemble du casting du film, au service de l’image et de l’onirisme.

Laissez Bronzer les cadavres incarne la réussite d’un cinéma français d’exploitation exigeant, audacieux, profondément irrévérencieux et totalement jouissif. Une virtuosité cinéphilique. L’un des coups de génie de l’année.

La fiche

LAISSEZ BRONZER LES CADAVRES
Réalisé par Hélène Cattet, Bruno Forzani
Avec Elina Löwensohn, Stéphane Ferrara, Bernie Bonvoisin …
France – Thriller
Sortie : 18 octobre 2017
Durée : 
90 min




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