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GHOST IN THE SHELL

Vain

En l’an 2049, dans une atmosphère cyber-punk, une humaine est placée dans un corps entièrement robotique après un accident mortel. Son but : pourchasser les terroristes et hors-la-loi, guidée par la « Section 9 », une division anti-criminelle d’un genre nouveau. Au cours d’une enquête pas comme les autres, elle découvre peu à peu que son histoire n’est pas exactement celle qu’on lui a racontée.

Coquille vide.

Ghost In The Shell est, par définition, un projet casse-gueule. Adapté d’un manga de la fin des années 80 / début des années 90 et entré dans la culture occidentale par le biais de deux animes en long-métrages, difficile de séduire les fans initiaux avec l’occidentalisation d’une très grande majorité du casting. Scarlett Johansson reprend le rôle de Major, la cyber-flic au passé ténébreux, base de l’action mais également des réflexions sur l’identité, l’instrumentalisation et reflet du propos d’anticipation de la société. À côté d’elle, un sidekick brute-mais-grande-âme-quand-même, Batou, interprété par le Danois Pilou Asbæk, une médecin corporate-mais-grande-âme-quand-même (Juliette Binoche), et un méchant (mais-grande-âme…) campé par Michael Pitt. Pour terminer le tour du casting, que dire de la prestation de Takeshi Kitano en chef de division policière, un sceau d’approbation culturel factice. Comme un symbole de beaucoup de choses dans Ghost In The Shell : beaucoup de forme, peu de fond.

> > > Lire aussi : La critique du Ghost in the shell de 1995 de Mamoru Oshii.

Coup de grisaille

Dès les premières minutes, le spectateur comprend rapidement qu’il va falloir laisser les considérations fictionnelles au placard au profit des scènes d’actions. On prend le pari avec une certaine acceptation en début de film, tant la découverte de l’univers est plutôt réussie. Explosions de couleurs, explosions d’effets, explosions tout court. Ghost In The Shell ne se la joue pas finaud pour un sou, reprenant avec application les contours de l’anime de 1995, comme un enfant qui colorie son pochoir de Lucky Luke avec la ferme intention de respecter sa parole d’honneur face à l’adulte qui lui a intimé de ne pas dépasser. Rupert Sanders, qui s’était embourbé dans une relecture dispensable de Blanche Neige, a l’air de s’éclater dans un univers bien plus contemporain. Du coup, le long-métrage s’ouvre, à défaut de malice ou d’audace, par une bonhomie bienvenue – surtout lorsqu’elle se couple à quelques tatanes bien senties.

Sauf que même avec toute la béatitude du monde pour son sujet, on ne peut berner le spectateur deux heures durant. On se lasse bien vite des facéties de corps de Ghost In The Shell, en partie parce que les capacités de Major sont rapidement énumérées sur des scènes d’action initiales compactes. Incapable de prendre son temps et de retranscrire les grands dialogues de réflexion du matériau original, Sanders applique avec froideur (et un peu de panique) les recettes ineptes des productions hollywoodiennes. Comme terrorisé par l’idée de présenter des idées, et rien d’autre, le film tombe dans tous les travers possibles et imaginables de l’adaptation tiédasse. Un à un, les personnages deviennent prisonniers de leur symbolique, leurs actions commanditées par une trame scénaristique qui préfère ériger revanche et liberté en préceptes suprêmes plutôt que d’interroger les cœurs de sa problématique. Transhumanisme, technologie, surveillance généralisée ou réflexion de la place de l’esprit face au corps : du balai.

Sans ses questions en toile de fond, les combats deviennent de vains efforts. Des enchaînements d’idées « cool sur le papier » sans substance. Ghost In The Shell subit visuellement sa vacuité, passant de l’explosion de couleurs initiale au sempiternel et young adult tandem orange/bleu, pour finir sur une grisaille généralisée digne des pires adaptations de DC. On se prend même à scruter avec plus d’attention les affreux fonds verts et les incrustations approximatives. Alors qu’il se contentait jusque là d’une déception polie, Ghost In The Shell plonge dans le vulgaire en devenant, l’affaire de quelques plans finaux, un ersatz d’Assassin’s Creed. Si on n’était pas franchement surpris de la conclusion de l’adaptation du jeu d’Ubisoft, celle-ci reste en travers de la gorge. Une déception de plus à ranger dans la grande armoire des blockbusters.

La fiche

GHOST IN THE SHELL
Réalisé par Rupert Sanders
Avec Scarlett Johansson, Pilou Asbæk, Michael Pitt…
Etats-Unis – Anticipation, Blockbuster
Sortie : 29 mars 2017
Durée : 120 min




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