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FALLING

John vit en Californie avec son compagnon Eric et leur fille adoptive Mónica, loin de la vie rurale conservatrice qu’il a quittée voilà des années. Son père, Willis, un homme obstiné issu d’une époque révolue, vit désormais seul dans la ferme isolée où a grandi John. L’esprit de Willis déclinant, John l’emmène avec lui dans l’Ouest, dans l’espoir que sa soeur Sarah et lui pourront trouver au vieil homme un foyer plus proche de chez eux. Mais leurs bonnes intentions se heurtent au refus absolu de Willis, qui ne veut rien changer à son mode de vie…

Critique du film

On ne fait pas les mêmes premiers films à 30 ans qu’à 60 ans. Ainsi pour ses débuts derrière la caméra, Viggo Mortensen s’empare des thèmes de la vieillesse et de la démence, et de leurs répercussions familiales. Un sujet qui nécessite forcément une certaine maturité, et qui est venu à l’esprit du cinéaste au décès de sa mère, alors que son père commençait à voir ses capacités diminuer. Falling suit ainsi John qui va chercher son père, isolé dans sa campagne et qui commence à souffrir de démence, pour le rapprocher de lui et de sa sœur. Mais entre le fils vivant en Californie avec son compagnon et leur fille adoptive, et le père conservateur qui ne veut pas changer de vie, les relations sont tendues et révèlent un conflit qui dure depuis toujours.

Ce qui frappe d’emblée dans Falling, c’est l’humanité qui se dégage du film. Willis, le père (incarné admirablement par Lance Henriksen), a tout sur le papier du personnage antipathique : forgé sur le modèle patriarcal, refusant toute évolution sociétale, ne se remettant jamais en question, au caractère imbuvable et ayant toujours un mot pour blesser son interlocuteur. Pourtant, impossible de détester ce personnage, Viggo Mortensen ponctuant le récit de parenthèses subjectives, où l’on bascule par de multiples madeleines de Proust dans l’esprit et les souvenirs du vieillard. Des instants d’abandon qui cassent d’emblée la carapace du personnage pour nous montrer ses fêlures, ses émotions et ses sentiments contenus. A ces parenthèses répondent des flashbacks permettant de comprendre les rivalités entre le père et le fils, révélant des blessures du passé dont les plaies ne sont toujours pas refermées. Dès lors, Falling s’impose comme une œuvre sur la voie de la guérison, où l’amour, jamais exprimé, la compréhension et l’acceptation de l’autre vont réparer les erreurs passées.

Au-delà du cadre familial, Falling pose aussi un regard sur l’Amérique d’aujourd’hui et les divisions de sa société. L’allusion à l’élection de Barack Obama, le gouffre qui sépare les modes de vie et les idées du père et du fils, ne sont pas anodins. Ce qui intéresse Viggo Mortensen n’est pas ici de défendre une position progressiste face au conservatisme mais plutôt de s’interroger sur la rupture entre les deux. Ainsi celle-ci vient se superposer à celle du père et du fils. Le premier est né d’une tradition patriarcale, qu’il n’a jamais pu remettre en question, et s’est retrouvé mis sur le banc de touche quand il a vu le modèle sur lequel il s’est forgé s’effondrer. Le second a grandi à une époque de changement et a tout fait pour s’émanciper d’un système dans lequel il n’avait pas sa place. Falling se pose ainsi en témoin d’une Amérique gangrénée par des divisions qui semblent sans issue.

Fort de ses talents d’artiste multiple (acteur, poète, photographe, peintre et musicien), Viggo Mortensen fait un premier passage derrière la caméra remarquable, usant admirablement de son regard subtil de cinéaste pour livrer une œuvre pleine d’humanité, aussi personnelle qu’universelle, et où l’émotion a autant d’importance que le message véhiculé.

Bande-annonce

4 novembre 2020 – De Viggo Mortensen, avec Lance HenriksenViggo Mortensen