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EXTREMELY WICKED, SHOCKINGLY EVIL AND VILE

La fiche

Réalisé par Joe Berlinger  – Avec  Zac Efron, Lily Collins, Kaya Scodelario…
Etats-Unis Drame, thriller – Sortie (Netflix) : 3 mai 2019 – Durée : 110 mn

Synopsis : Liz, une mère célibataire tombée amoureuse de Ted Bundy, refuse de croire à ses crimes pendant des années.

La critique du film

Zac Efron, dans la peau d’un tueur en série, laissait présager un rôle destiné à écorner la carrière d’un acteur jugé en apparence trop lisse, tout en posant la question de la représentation du meurtre à l’écran : peut-on montrer le mal sous des traits avenants ? Loin de l’enjolivement craint à juste titre, Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile démontre la capacité de Joe Berlinger à revenir à son sujet intelligemment, après la série-documentaire Ted Bundy : Autoportrait d’un tueur qu’il a également réalisé pour Netflix sur le même serial killer.

Ted Bundy a longtemps interrogé les spécialistes en criminologie, psychiatrie et toute personne confrontée de près ou de loin à son personnage par ses particularités manifestes qui semblent le distinguer des autres hommes afférents à la catégorie des meurtriers en masse : engageant, extraverti, beau parleur, l’homme ne possède pas le profil attendu chez un accusé de cette sorte. Et pourtant, il s’agit indéniablement d’un tordu de la pire espèce, tant dans le détail de ses actes que dans son opiniâtreté à nier ses crimes, presque jusqu’à la chaise électrique. C’est à ce titre que Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile se révèle être un film assez intelligent. 

Un titre trompeur

Long, tapageur, le titre Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile est la plus mauvaise idée du film éponymeOutre la paresse qu’il suscite à sa seule lecture, il laisse supposer un film qui réitère les codes du genre, avec tueries à la chaîne, décharges infernales d’hémoglobine, psychologisation à outrance du meurtrier en question, en tournant et retournant ses actes dans tous les sens pour faire semblant d’apporter des réponses à l’absurdité la plus totale.

Au bout d’une heure de visionnage, on est légitimement surpris : pourquoi ne voit-on aucun meurtre ? Pourquoi se concentre-t-on sur l’innocence que cet homme, de toute évidence coupable, ne cesse de marteler ? Qu’est-ce que vient faire une histoire d’amour là-dedans ? Déroutant, Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile peut légitimement décevoir quiconque s’attendrait au petit frisson procuré par le diable en personne, en train de découper des têtes à la scie, en souriant d’un air angélique. Parler du mal sans le montrer, c’est frustrant. Mais c’est aussi une idée intéressante. 

Double point de vue

Dans un exercice d’équilibriste assez ardu, Joe Berlinger se focalise sur un point de vue interne double, celui de Ted Bundy, et celui de sa petite amie, Elizabeth Kloepfer. Deux manières de ressentir la culpabilité qui sont radicalement opposées : d’un côté, un homme qui a commis les pires atrocités et qui refuse que la société décide de son enfermement pour ce motif. Il tentera jusqu’au bout d’échapper à ses condamnations successives, en essayant de faire remettre en cause la responsabilité de ses actes par un collège d’experts.

Extremely wicked, shockingly evil and vile

D’un autre, une femme dont l’ambivalence se révèle progressivement, qui prend sur elle le poids des actes de son concubin, presque comme si elle en était l’auteure. Ainsi, Joe Berlinger traite à travers une histoire sordide des liens au sein d’un couple. Sa démarche se prolonge dans l’insertion d’archives (authentiques ?) liées au parcours de Ted Bundy, dans lesquelles on aperçoit des jeunes femmes extrêmement sensibles au charme du meurtrier, qui, sans lui trouver de circonstances atténuantes, affirment sans équivoque être charmées. Là, à nouveau, les rapports humains émergent, implacables dans leur nudité édifiante : un tueur beau est pour beaucoup avant tout un homme beau, avant d’être un tueur. 

Décentrer l’action

Zac Efron réussit dans la peau de Ted Bundy à composer l’image d’un homme ambigu sans le glorifier ; le mystère lié au mobile de cet homme reste intact et conserve sa fascination morbide. Loin du romantisme décrié ici et là, Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile utilise le couple composé par Ted Bundy et Elizabeth Kloepfer pour opérer un recul à la fois original et censé : un film dont le sujet principal est un tueur en série peut et doit passer par le point de vue des autres, de son entourage, de celles qui, aux motivations toutes différentes ont décidé de défendre ou d’incriminer Ted Bundy. Ce n’est pas que le film parle des liens passionnels entre Bundy et Kloepfer, qui se refroidissent par ailleurs très vite, c’est qu’il permet, par le vecteur de cette trame narrative, d’offrir à une femme l’occasion de s’exprimer, au moins autant que le serial killer qu’elle a fréquenté assidûment.

De la même manière, ne pas montrer les tortures subies par les femmes massacrées par Ted Bundy, c’est aussi respecter ses victimes, dont certaines sont à l’heure actuelle toujours vivantes. Si Extremely Wicked, Shockingly Evil and Vile souffre un peu d’une photographie et d’un rythme atones, il n’en demeure pas moins plein de bonnes idées. 



La bande-annonce

Sur Netflix le 3 mai