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ENTRE LES VAGUES

Rêver, foncer, tomber, repartir, rêver encore, et recommencer. Elles ont l’énergie de leur jeunesse, sa joie, son audace, son insouciance. Deux meilleures amies, l’envie de découvrir le monde. Margot et Alma sont inarrêtables, inséparables.

Critique du film

Comment se faire remarquer quand la concurrence est rude dans un milieu professionnel sans pitié ? Cette question imprime les premiers instants d’Entre les vagues, deuxième long-métrage d’Anaïs Volpé après Heis (Chroniques). Son premier film, elle l’avait réalisé seule, y tenait le premier rôle, l’avait produit et monté, présente à chaque instant dans une énergie qu’elle transmet à ses projets. Alma et Margot sont fusionnelles, fortes de cette entraide qui permet de survivre face aux vents contraires. A 27 ans, elles recherchent ce premier rôle, celui qui leur permettrait d’exister enfin dans un métier qui ne choisit que si peu d’entre elles pour briller un bref instant. Le professionnel et le personnel se confondent vite autour de leur belle relation d’amitié.

Si la furie des premiers instants, célébrant la victoire et l’insouciance, se dissipe assez vite, c’est pour laisser place à de nouveaux enjeux liés à la maladie d’Alma, dissimulée, mais qui finit par envahir le plan. Il ne lui est plus possible de continuer à faire semblant et à tout assumer, forte et droite. Dès lors, un chassé-croisé entre théâtre, jeu, mise en scène et scènes d’hôpital s’installent, avec plus ou moins de réussite. Les moments les plus convaincants sont ceux où les actrices, magnifiques Déborah Lukumuena (Divines) et Souheila Yacoub (De bas étage), jouent face à face, comme aimantées l’une par l’autre. D’un bout à l’autre, il règne une intensité dans le jeu et dans le rythme du film qui ne se relâche presque jamais, chargeant émotionnellement le film, parfois même jusqu’à l’excès.

La forme est également très importante dans Entre les vagues, avec une attention toute particulière donnée à l’image. Il y a quelque chose de très brut dès la première scène, la caméra suivant une bagarre sur scène, déstabilisant tout de suite le spectateur, donnant le ton de tout ce qui va suivre. Anaïs Volpé choisit d’entrecouper son histoire d’images de New-York, dans une volonté d’associer le travail des personnages, leur vie d’actrices, à leur vie réelle. À la vue de ses images de la ville on pense fortement au documentaire de Chantal Akerman, News from home, où elle lisait en voix off des lettres de sa mère. La superposition de ces thématiques est assez ambitieuse et peut parfois apporter un peu de confusion, mais dans l’ensemble tout reste assez équilibré dans le projet du film, entre un désir d’art sans bornes et le deuil qui s’annonce et subtilise toute vie de l’équation.

Entre les vagues

C’est grâce à une certaine effervescence, ni cliché ni gratuite, que la réalisatrice arrive à échapper à une lourdeur de son propos qui pourtant semblait poindre en bout de film. Il n’est pas question de plaindre Alma ou de surcharger l’histoire d’une peine qui annihilerait tout autre perspective. Entre les vagues n’oublie jamais de parler de cette jeunesse qui saisit chaque instant pour s’autoriser à rêver plus grand. Si la maladie vient parasiter le devenir de ces jeunes femmes, il n’est pas question d’oublier les moments de joie et de bonheur, ce qui est inscrit dans les dialogues du film. Comme le rappelle le personnage de Margot, il est important de se rendre compte de la difficulté et de la rareté d’une vraie rencontre. En cela, le film d’Anais Volpé confirme son projet d’être focalisé sur l’éphémère, sur ce qu’il y a de précieux à brûler, intensément, dans ce que cela peut avoir de cruel mais aussi de sublime, comme une bougie sur un gâteau de supermarché.

Si Entre les vagues est le premier film réellement produit d’Anaïs Volpé, elle garde son aspect artisanal, avec un petit budget et beaucoup de cœur pour un récit bouleversant qui résonne beaucoup une fois terminé. Elle nous confirme que nous manquons de temps, et qu’il faut dès lors contenir et encapsuler chaque moment. C’est aussi une belle déclaration d’amour à l’art, au théâtre, au jeu d’une manière générale. Si cela a une dimension autobiographique – quelque part l’autrice est le personnage de Margot -, il y a quelque chose d’universel dans cette idée de croire que tout est réalisable, contre toute fatalité beaucoup trop rationnelle et négative. En cela, Entre les vagues n’est pas un film fondamentalement triste ou tragique, c’est avant tout une ode à l’amitié, à l’amour et à la création.


Quinzaine des Réalisateurs // Cannes 2021