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COMMENT JE SUIS DEVENU SUPER-HEROS

Paris 2020. Dans une société où les surhommes sont banalisés et parfaitement intégrés, une mystérieuse substance procurant des super-pouvoirs à ceux qui n’en ont pas se répand. Face aux incidents qui se multiplient, les lieutenants Moreau et Schaltzmann sont chargés de l’enquête. Avec l’aide de Monté Carlo et Callista, deux anciens justiciers, ils feront tout pour démanteler le trafic. Mais le passé de Moreau ressurgit, et l’enquête se complique…

CRITIQUE DU FILM

Peut-on sans cesse tout relativiser ? Doit-on être juste heureux de voir apparaître un sacro-saint « film de genre français » ? Il faut dire que ces interrogations sont fréquentes à chaque apparition d’un film qui semble dénoter du reste du circuit cinématographique hexagonal. Dernier exemple en date : Comment je suis devenu super-héros, film écrit et réalisé par Douglas Attal, avec un casting formidable sur le papier et une ambition louable qu’on ne peut que saluer.

En effet, le vrai point fort du film est qu’il propose un concept que l’on n’a probablement jamais vu dans la production francophone. Se servir du mythe du super-héros dans son essence même et dans l’imagerie visuelle est une vraie idée narrative et visuelle non complaisante et pleinement intégrée dans le récit du film. Il faut dire que Douglas Attal est très bien documenté : le film renvoie à toute une panoplie conceptuelle du genre et exploite sans opportunisme son rapport à la dimension fantastique. L’imaginaire existe dans l’image et le texte : il est vibrant, organique, et s’il reste systématique, il offre par moments de belles séquences poétiques.

KRYPTONITE

Malgré tout, le concept du film et son exploitation de l’imaginaire ne sont hélas pas les seules variables qui permettent de savoir si le film est pleinement réussi. Et plus on s’enfonce dans le texte, plus il semble être superficiel sur tous les aspects qu’il tente d’explorer. Premièrement : le long-métrage tente de traiter l’inclusion du gène super-héroïque dans une réalité strictement sociale. Une scène est d’ailleurs de cet acabit : on voit un dealer d’une drogue donnant des super-pouvoirs à des jeunes de banlieue qui se mettent à brûler des planches en bois en bas de leur cité.

En soi, l’idée est formidable, puisqu’à l’instar d’autres passages du film, elle renvoie à l’actualité brûlante (sans jeu de mots aucun) du pays. Cette séquence de deal, que l’on comprendra gratuit par ailleurs, donne à voir une mécanique de spectacularisation d’un mouvement qui va au-delà de la caution morale des super-héros. La transmission de l’imaginaire aux jeunes présente également une déviance que Comment je suis devenu super-héros présente énormément en amont… sans jamais la traiter. 

Un problème de taille : comment élaborer une critique sociale sans s’évertuer à complexifier l’affaire, présenter en détail la mécanique de ce don ? Comment apparaît-il, qu’elle est non pas la finalité mais l’origine de cette transaction ? Certains exemples à valeur traumatiques parcourent le film (un ado veut se venger d’un membre de sa classe) mais tout est superficiel et ne parvient pas à relier l’intégration d’une dynamique sociale et morale à l’imaginaire tiré des comics.

De nombreux segments paraissent alors ambigus par manque de traitement, le regard porté sur ses jeunes n’ayant jamais aucune sensibilité ni réflexion venant de classes, genres, ethnies ou générations ; seulement de banales histoires de vengeances se retrouvent au cœur du récit pour des raisons là encore peu exploitées. C’est donc délicat de voir toutes ces idées balayées au profit de la seule narration et pas d’une plus grande consistance de ses problématiques très actuelles.

METRO-POLICE, BOULOT, DODO

Deuxièmement : du côté de sa structure, le bât baisse encore. Si le genre super-héroïque est devenu de plus en plus hybride, Comment je suis devenu super-héros souffre de son schéma archétypal qu’il ne parvient jamais à transcender. La première raison est que le long-métrage tend fortement vers l’essence du genre néo-noir, sans jamais parvenir à s’en détacher pour explorer la contemporanéité de l’environnement. L’espace n’existe alors plus, ni dans l’imaginaire ni dans le réel ; il ne reste qu’un apparat cinématographique de polar usé jusqu’à la moelle et un peu désuet – au fond, qui s’intéresse à ces policiers qui parlent un peu salement et ne sont esquissés que par des conventions ?

L’autre problème inhérent à la structure est son contenu comique qui ne fonctionne jamais vraiment. Aucune blague ne fait son effet, l’ensemble humoristique est téléphoné et ne soutire même pas un petit sourire. Une grande tristesse, quand un casting comporte entre autres Pio Marmaï et Benoît Poelvoorde… Enfin, la musique du film, si elle parvient dans quelques séquences à fournir une emphase intéressante et plutôt rare en France, perd en intensité du fait de son omniprésence assez agaçante. 

De plus, si Vimala Pons et Leïla Bekhti s’en sortent, le reste du casting est plombé par une sur-écriture catastrophique des dialogues, dénaturant tout le réel et surlignant chacun des enjeux sans réussir à les représenter uniquement par l’image. La palme revenant au pauvre Swann Arlaud qui, malgré une caractérisation au demeurant passionnante, ne réussit jamais à vaincre la caricature grossière qu’il est censé revêtir. Son aspect méchant ne se retrouve que dans son sourcil constamment levé, le rendant un peu plus ridicule au fil des minutes.

Le constat final est au final bien pénible : effectivement, Comment je suis devenu super-héros est une proposition novatrice dans son hybridation intrigante et sa forme carrée. Malheureusement, cette même hybridation ne prend pas et deux objets bâtards se tirent la bourre sans jamais parvenir à trouver un terrain d’entente. L’ensemble est encourageant mais clairement pas à la hauteur de son ambition.

Bande-Annonce

16 décembre 2020 (reporté en 2021) – De Douglas Attal, avec Pio Marmaï, Vimala Pons


Film de clôture au festival de Deauville 2020