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LA COLLINE A DES YEUX

Pour fêter leur anniversaire de mariage, Big Bob Carter, un ancien policier de Cleveland, et sa femme Ethel ont demandé à leur famille de partir avec eux en Californie. Big Bob est sûr que faire la route tous ensemble les aidera à resserrer des liens familiaux un peu distendus. Même si tout le monde vient, personne n’est vraiment ravi d’être là. Lynn, la fille aînée, s’inquiète du confort de son bébé. Son mari, Doug, redoute de passer trop de temps près de son beau-père. La jeune Brenda regrette de ne pas être allée faire la fête à Cancun avec ses amis. Et Bobby ne s’intéresse qu’aux deux chiens de la famille. Une route désertique va conduire les Carter vers le pire des cauchemars…

Wrong trip.

Alors que Massacre à la Tronçonneuse version Marcus Nispel en 2003 est tout juste parvenu à rendre hommage à son illustre original culte de 1974 (dont notre invitée parlait avant-hier dans sa Carte blanche), le réalisateur français Alexandra Aja débarque trois ans plus tard avec une relecture ultra ambitieuse du classique de Wes Craven, La Colline a des Yeux. À chaque nouvelle adaptation, certains gardiens du temple crient au blasphème, mais reconnaissons le savoir-faire lorsqu’il vous saute au visage ! Et surtout, rendons lui hommage lorsqu’elle parvient à surclasser l’original.

La Colline a des Yeux fait partie de cette race de remake qui a su s’approprier l’essence même de l’œuvre initiale pour mieux la transcender. Tout droit sorti du succès critique de Haute Tension, Alexandra Aja se retrouve donc aux commandes de sa première réalisation américaine à seulement 28 ans, avec papy Craven qui veille à la production – comme il le fera pour un autre remake chaperonné, celui de La dernière maison sur la gauche. Et à ce stade de maturité côté mise en scène, le statut de prodige est loin d’être usurpé. Biberonné au cinéma d’horreur depuis son plus jeune âge et accompagné du fidèle Grégory Levasseur au scénario, ils dépoussièrent (et revisitent) un film qui en avait bien besoin.

La grande force du film réside dans une première partie volontairement longue qui prend le temps d’installer tous les personnages et d’égratigner la jolie photo de famille. Le road-trip qui se met en place révèle le caractère et les différences de chacun, parfois de manière caricaturale, mais difficile de ne pas faire le parallèle avec son propre vécu. On s’attache forcément à cette tribu avant un virage brutal qui surprend par sa radicalité. Dans cette fournaise du Nouveau-Mexique, au milieu de paysages désertiques, la violence peut débarquer de n’importe où et les survivants vont en faire les frais. Le drame familial se mue alors en survival d’horreur qui redistribue les cartes.

Le sous-texte politique oppose deux Amérique(s) : des mutants victimes d’essais nucléaires qui s’en prennent à la gentille famille américaine de base, poussant dans ses retranchements les plus primaires le fervent démocrate Doug, donnant lieu à un second chapitre particulièrement jouissif. Aja distille habilement le suspens au milieu du gore et du malsain, sans se cacher derrière l’écueil de pauvres jump-scares. Sa mise en scène poisseuse, aidée par un tournage en décors naturels, traduit la désolation de l’environnement.

On pense parfois au plaisir coupable Détour Mortel, avec qui il partage quelques points communs, mais La Colline a des Yeux parvient à faire côtoyer drame et horreur pure avec une pointe de second degré. C’est sur ce point central qu’Aja se démarque du tout venant de la catégorie en livrant cette relecture jusqu’au boutiste qu’il est bon de (re)découvrir.




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