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COLETTE

La fiche

Réalisé par Wash Westmoreland – Avec Keira Knightley, Dominic West
Etats-Unis – Drame, biopic – Sortie : 16 janvier 2019 – Durée : 112 min

Synopsis : 1893. Malgré leurs quatorze ans d’écart, Gabrielle Sidonie Colette, jeune fille à l’esprit rebelle, épouse Willy, écrivain aussi égocentrique que séducteur. Grâce à ses relations, elle découvre le milieu artistique parisien qui stimule sa propre créativité. Sachant repérer les talents mieux que quiconque, Willy autorise Colette à écrire – à condition qu’il signe ses romans à sa place. Suite au triomphe de la série des Claudine, il ne tarde d’ailleurs pas à devenir célèbre. Pourtant, tandis que les infidélités de Willy pèsent sur le couple, Colette souffre de plus en plus de ne pas être reconnue pour son œuvre…

Quatorze ans auraient été nécessaires pour venir à bout du script de ce Colette. L’enjeu était de taille, car cette femme, l’une des premières à avoir réussi à s’émanciper par les arts, dans sa vie, tout en s’affranchissant de l’homme qu’elle avait épousé méritait bien un biopic. Le genre, on le sait, est pétri d’écueils ; l’académisme, telle une ombre au plafond, n’est jamais bien loin, les costumes peuvent vite sentir la naphtaline, et le film se retrouver rangé dans la catégorie des bonnes et vaines intentions.

Il s’agit au moins du troisième film consacré exclusivement à Colette, dont le parcours fait écho, encore un siècle après son apogée, aux aspirations de beaucoup de femmes. Colette reste encore une auteure profondément actuelle (et après tout, peut-être est-ce la marque de son intemporalité ?), quand la transposition de sa vie à l’écran, nécessaire en théorie, porte la marque d’un certain opportunisme, dont on voit d’ici les textes critiques écrits a posteriori, avides d’un vocable « à l’ère de #MeToo » pour inciter les spectatrices à se rendre en salle.

Le problème majeur de ce Colette vient avant tout de ses choix scénaristiques. Cette femme a été auteure. Danseuse. Journaliste. Actrice. Mime. Première et unique présidente de l’académie Goncourt de toute son existence. Mais le réalisateur Wash Westmoreland a choisi de concentrer les deux heures de son film autour de la relation entre Colette et son premier mari, dit Willy, dans un ensemble qui manque autant d’ampleur que d’enjeu. Hormis Missy, les personnages secondaires sont aussi inexistants que inintéressants. La structure du scénario offre peu d’engouement à cause de ses répétitions incessantes : Willy offre un instant de joie à Colette, Willy trahit Colette, Willy tente de s’excuser auprès de Colette, le tout dans une photographie au choix esthétique curieux, qui donne à Paris un air plus sombre que jamais.

Se sauver de Willy

Ce Colette manque étrangement de lumière à tous les étages, en laissant à disposition une tension bien mince : tout le film repose sur, non pas un dilemme, mais la question de savoir si oui ou non Colette osera une bonne fois pour toutes de quitter Willy, infidèle, joueur, et qui l’utilise de surcroît comme écrivain fantôme. On a rarement vu un mari aussi abusif. La réponse est si évidente qu’elle laisse évidemment peu de place au doute, confirmant au passage la platitude incroyable des deux heures qui se sont écoulées.

Car s’il s’était agit d’un film un peu plus spirituel qu’il ne l’est, quitte à concevoir un film sur l’émancipation d’une femme, la partie consacrée à cette relation inégale avec un autre n’aurait pas constitué son unique histoire. On aurait montré Colette et ses multiples facettes, son incandescence, sa vie de femme, jeune, mais vieille aussi, quitte à tailler dans le lard en prenant les morceaux les plus marquants, pour reléguer aux oubliettes ceux qui ne nécessitaient pas plus.

C’est probablement là où Colette se termine que le film aurait dû prendre son envol. En se concentrant sur cette relation mort née, faite des mots d’esprit et de la tolérance de Colette, tout disparaît aux alentours. Les intérieurs bourgeois sont à peine esquissés, les soirées mondaines ne se distinguent à aucun moment les unes des autres. Rarement Paris aura semblé aussi peu bouillonnant, paradoxe intriguant, quand on entend Willy clamer au début du film aux parents de Colette que la capitale est en effervescence, remplie d’écrivains et de poètes. Où sont-ils ? Nulle part. C’est un univers étrange, qui paraît ouvert sur le début du vingtième siècle, sur la France, mais qui est filmé en vase clos, dans une mise en scène dont on ne peut décemment croire qu’elle ait été employée pour susciter un pareil effet.

Étranglée en franglais

Aucune guerre, aucun conflit ne subsiste hormis les problèmes de couple, malgré l’endettement perpétuel d’un Willy aux poches trouées. Keira Knightley, ne réussit pas à sauver ce naufrage de l’ennui, ni le film de sa fâcheuse manie à rester coincé entre deux langues : elle parle en anglais, écrit en français dans ses carnets, appelle son chien d’un nom franglais, donnant au tout une allure de fantasme raté sur la belle époque. Quant à Sido, la mère de Colette, qui fut si importante pour elle, bien plus que ne l’a été Willy, elle est engoncée dans la figuration.

Il paraissait difficile de rater un film sur la vie de Colette, tant il y avait matière à faire et à puiser. Preuve s’il en est qu’une excellente histoire réelle ne fait pas forcément une bonne adaptation. Il n’empêche qu’un tel résultat donne lieu à des sentiments qui vont au-delà de la déception.



La bande-annonce