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CARNIVORES

Partiellement convaincant

Mona rêve depuis toujours d’être comédienne. Au sortir du Conservatoire, elle est promise à un avenir brillant mais c’est Sam, sa sœur cadette, qui se fait repérer et devient rapidement une actrice de renom. À l’aube de la trentaine, à court de ressources, Mona est contrainte d’emménager chez sa sœur qui, fragilisée par un tournage éprouvant, lui propose de devenir son assistante.

Soeurs de sang.

Yannick et Jérémie Renier, demi-frères et tous deux comédiens, passent pour la première fois derrière la caméra pour raconter ensemble la confrontation entre deux sœurs actrices, l’une reconnue et l’autre qui peine à trouver des rôles. Il y a forcément une part autobiographique dans ce récit, quant on sait que Jérémie a une notoriété plus grande que Yannick, mais Carnivores s’apparente plus à un fantasme qu’on pourrait projeter sur leur relation, et que les deux frères ont choisi de pousser à un paroxysme cauchemardesque, plutôt que de s’en moquer en l’envisageant sous l’angle d’une comédie comme ils en avaient au départ eu l’idée.

Et sur la forme, les frangins ne se débrouillent pas mal. Ils ont su adopter les codes du thriller, conférant à leur mise en scène une structure tout en contrastes : le blanc s’oppose à l’obscurité, et lorsque les couleurs éclatent c’est uniquement pour que le bleu réponde au rouge. La superbe photographie de Georges Lechaptois possède donc la même binarité que les caractères des deux sœurs : l’une appliquée sortant du Conservatoire mais n’arrivant pas à percer, l’autre impétueuse et qui s’est fait un nom sur un coup de chance. Et pour emprisonner un peu plus ces personnages dans une convention qui semble immuable, les réalisateurs les enferment dans des cadres savamment travaillés. La tension, plutôt bien gérée, monte ainsi, aidée par quelques séquences qui frôlent avec le fantastique, avant d’éclater mais de manière sourde quand ces deux entités opposées en viennent à se confronter et à se confondre. D’un coup, la pleine lumière écrase les contrastes mais résonne comme le calme avant la tempête, qui prendra alors la forme d’une séquence nocturne ancrée dans la plus pure tradition du thriller.

La mise en scène, donc, fonctionne plutôt bien et sauve ainsi un film qui, sur le fond, peine à renouveler le genre de la dualité et de la jalousie fraternelle. Le scénario use et abuse de ficelles déjà vues, et dès qu’il pourrait s’en détacher fait marche arrière pour reprendre sa route toute tracée. Malgré des prestations incarnées de Leïla Bekhti et Zita Hanrot, loin de leurs zones de confort, les personnages de ces deux sœurs manquent de relief. Les frères Renier explorent de manière plus intéressante le métier de comédienne, de la façon d’appréhender un rôle aux rapports avec certains metteurs en scène qui usent de perversité pour pousser leurs actrices dans leurs retranchements. S’ajoute alors une nouvelle dualité, interne cette fois, quand le rôle peut prendre le dessus sur l’actrice. Des questions qui sont malheureusement un peu trop vite avortées au profit d’un récit à la tension efficace mais qui manque de surprise.

Ce premier essai derrière la caméra n’est donc qu’à moitié convaincant, mais suffisamment cependant pour surveiller une éventuelle deuxième réalisation, qui on l’espère aura plus de mordant.

La fiche

CARNIVORES 
Réalisé par Jérémie Renier et Yannick Renier
Avec Leïla Bekhti, Zita Hanrot, Johan Heldenbergh…
France, Belgique – Thriller

Sortie : 28 mars 2018
Durée : 86 min




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