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CAPHARNAÜM

Décevant

À l’intérieur d’un tribunal, ZAIN, un garçon de 12 ans est présenté devant le JUGE.
LE JUGE : « Pourquoi attaquez-vous vos parents en justice ? »
ZAIN : « Pour m’avoir donné la vie. »

Le kid.

En quelques jours, la rumeur s’est répandue comme une traînée de poudre dans les couloirs du Palais des festivals : le troisième long-métrage de Nadine Labaki, Capharnaüm, serait une « Palme d’Or en puissance », un « coup de tonnerre terrassant ». Il aura fallu attendre le second jeudi de compétition (le jour fétiche des grandes découvertes, hasard ou non des calendriers, chaque année) pour confirmer ou infirmer ces échos de plus en plus insistants et assister à l’une des ovations les plus mémorables de cette 71ème édition. Devant une salle en larmes à l’issue de deux heures de projection, Capharnaüm s’est immédiatement imposé comme l’ultime favori dans la course à la Palme d’Or, l’unique prétendant capable de cocher toutes les cases du bingo 2018.

Le pitch était pourtant d’une simplicité déconcertante mais aussi d’une ampleur insoupçonnée. Un jeune garçon, Zain (Zain Al Raffeea, prodigieux), intente un procès à ses parents pour l’avoir mis au monde sans être aptes à lui apporter l’amour et les soins dont il avait besoin. En deux phrases, notre imagination s’emballe et laisse dérouler une future œuvre majeure sur la filiation, l’enfance abandonnée et les possibilités (ou non) offertes à la justice afin de régler des conflits familiaux de cette envergure. Tandis que les premières scènes s’engagent dans une voie glissante mais ô combien passionnante, Nadine Labaki fait, très vite, le choix de s’en détourner pour mieux revenir sur les origines et le parcours chaotique d’un enfant combattant pour sa survie dans les rues de Beyrouth.

Dès lors, Capharnaüm bifurque vers les rives mille fois traversées du mélodrame en alignant, les uns derrière les autres, toutes les thématiques-clés et les passages obligés du genre. Après deux films extrêmement subtils (Caramel et Et maintenant, on va où ?), la réalisatrice avance ici avec des semelles de plomb qui gâchent la sincérité de son entreprise et l’intensité d’un récit édifiant. Nadine Labaki veut tout traiter, tout dénoncer (la condition féminine, la maltraitance, le racisme, le quotidien des immigrés …) mais elle s’égare en multipliant des séquences tire-larmes où les violons s’embarquent en boucle dans une folle embardée. Lorsque l’on connaît sa capacité à émouvoir sans forcer la main au spectateur, on ne peut que regretter ce virage à 180 degrés qui confond élan du cœur et rouleau compresseur.

La fiche
Capharnaum affiche

CAPHARNAÜM
Réalisé par Nadine Labaki
Avec Zain Alrafeea, Nadine Labaki…
Liban, France – Drame

Sortie : 2018
Durée : 123 min




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