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BUÑUEL APRÈS L’ÂGE D’OR

La fiche

Réalisé par Salvador Simo – Avec Jorge Usón, Fernando Ramos, Luis Enrique de Tomás – Animation – Espagne – 19 juin 2019 – 1h20

Suite au scandale de la projection de L’ÂGE D’OR à Paris en 1930, Luis Buñuel se retrouve totalement déprimé et désargenté. Un ticket gagnant de loterie, acheté par son ami le sculpteur Ramon Acin, va changer le cours des choses et permettre à Buñuel de réaliser le film TERRE SANS PAIN et de retrouver foi en son incroyable talent.


Avant-propos

Le public connaît bien plus le travail de Luis Buñuel à la fin de sa longue carrière de réalisateur, clôturée avec Cet obscur objet du désir, que dans la traversée du désert qui a suivi la réalisation puis la diffusion en salles de L’âge d’or, film qui a fait un tel scandale lors de sa projection que le Studio 28 à Montmartre, a été saccagé et saisi par le préfet Chiappe. Qu’a fait Buñuel, pendant vingt ans, jusqu’à son retour sur le devant de la scène en Europe avec Viridiana (palme d’or au festival de Cannes en 1961) qui, à son tour, a également ébranlé les autorités, en montrant une version de la Cène où les mendiants remplaçaient les apôtres ?

Sans couvrir toute cette période, c’est ce dont parle Salvador Simó en adaptant le roman graphique de Fermin Solis, Buñuel en el laberinto de las tortugas, dont le titre français, plus explicite, qui joue sur un double sens édifiant, est Buñuel après l’âge d’or. Buñuel, devant qui toutes les portes se sont fermées après L’âge d’or, a bénéficié pour le financement de son nouveau projet du soutien de son ami fidèle Ramón Acín, heureux gagnant à la loterie. Les voilà partis dans la région pauvre et aride des Hurdes avec le caméraman de L’âge d’or et l’initiateur du projet qui mènera Buñuel à la conception d’un moyen-métrage plus social, Terre sans pain, qui ne délaisse pas pour autant le surréalisme.

Critique du film

Buñuel après l’âge d’or est un film de confrontations, entre Buñuel, ses idées, souvent fantasques, et son ami transformé en producteur, entre l’équipe dont il fait partie et une région perdue de l’Espagne dont les habitants ont plus à voir avec le Moyen-Âge que le vingtième siècle, mais aussi entre Buñuel et ses démons, la figure dominante de son père, sa peur terrorisante des poules, qui peuplent son subconscient au point de coloniser ses rêves.

Salvador Simó ne fait aucune concession sur la personnalité de son personnage principal : loin de tout propos hagiographique, Buñuel après l’âge d’or montre un réalisateur volontaire, désireux de toucher du doigt une certaine authenticité chez ses compatriotes, après ses envolées surréalistes concrétisées dans un cadre plus cosmopolite, qui n’hésite pas cependant à torturer des animaux pour parvenir aux images souhaitées sur la pellicule, dans un simulacre difficilement soutenable, censé rendre compte du « réel ». Le rapport à l’animal étant autre aujourd’hui, cette cruauté à des fins purement esthétiques choque d’autant plus le spectateur que rares sont les films qui la montrent aussi crûment à l’écran.

Intelligent, mais peu diplomatique, ce Buñuel fait autant preuve de commisération envers les êtres humains qui l’entourent dans cette région des Hurdes qu’il les provoque inutilement, pour le jeu, en se moquant naïvement de leurs traditions. La concrétisation de Terre et pain montre à la fois un réalisateur qui évite de justesse de sombrer dans la caricature de l’artiste à la Dali, dont il supporte peu le rappel de son existence, qu’un homme encore jeune et vigoureux, que la rencontre avec ces inconnus d’un autre temps fait grandir en le rendant plus humble. Il suffit de se renseigner sur son parcours pour comprendre que son pragmatisme croissait avec le temps, puisqu’il fut réputé par la suite pour faire partie des cinéastes qui savaient tenir un budget sur la réalisation d’un film.

Juste avant le début de la guerre civile espagnole, Buñuel après l’âge d’or parle du crépuscule d’une Espagne qui, malgré ses populations pauvres et isolées, n’avait pas encore sombré dans le chaos le plus total. La musique originale du film, remarquable, accompagne superbement les images où se mêlent le quotidien et les représentations oniriques les plus extravagantes. On ne peut que souhaiter à ce film de trouver son public en salle, lors de sa sortie en France le 19 juin.



Bande-annonce du film

Festival d’Annecy 2019 // En salle le 19 juin