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AUSTRALIA

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Fresque inégale

Fin des années 30. Lady Sarah Ashley, une aristocrate anglaise hautaine et renfermée, arrive au coeur des paysages sauvages du Nord de l’Australie pour y rejoindre son mari qu’elle soupçonne d’adultère, et qui tente – sans succès – de vendre l’immense domaine qu’ils possèdent sur place : Faraway Downs. Elle ne tarde pas à découvrir que l’exploitation est au bord de la ruine et menacée par son propre contremaître, Neil Fletcher, un homme sans scrupules de mèche avec un puissant éleveur, prêt à tout pour précipiter la chute du domaine et s’en emparer.

Sept ans après l’extraordinaire Moulin Rouge, Baz Luhrmann sort Australia, un film hommage à son pays et aux films épiques d’antan. Si l’on pouvait s’attendre à un peu plus de folie de la part d’un réalisateur toujours inventif, culotté et ambitieux, on est toutefois transporté par ce film qui n’a rien à envier aux classiques auxquels le cinéaste fait référence dans ses interviews. Il débute par une grosse claque visuelle – envoûtante, poétique puis brutale – lors des premières minutes qui ne peut inspirer que respect et admiration.

La première partie du film opte pour un côté décalé et plutôt léger malgré le contexte, avec une Nicole Kidman plutôt drôle, véritable ovni en ces lieux. On apprécie. Puis, elle laisse tomber robes bourgeoises et bonnes manières pour se retrousser les manches et se lancer à l’aventure afin de reprendre le flambeau de son mari. Celle-ci prend part au convoi de bétail dirigé par Drover – interprété par un Hugh Jackman plein de dérision. Cette partie du film offre plusieurs scènes époustouflantes et spectaculaires. On sent que Monsieur Luhrmann est un metteur en scène de talent qui ne laisse rien au hasard. Mais aux deux tiers du film, on regrette que l’histoire ne s’arrête pas là… Le film rebondit avec une succession d’évènements liés aux bombardements lors de la seconde guerre mondiale. Cette partie-là est tellement différente des deux premiers tiers qu’on a presque l’immersion d’assister à un autre film – on pense à Pearl Harbor, en mieux.

Baz Luhrmann mélange à nouveau les genres avec réussite et nous offre un « grand film » de 2h40 qui a demandé énormément d’investissement personnel de toute l’équipe. Toutefois, on ne retrouve pas autant ce génie mis à l’oeuvre dans Moulin Rouge. En effet, on a l’impression que devant un projet aussi titanesque, l’artiste australien s’est parfois un peu perdu, comme s’il avait dû faire quelque chose de plus sage, de plus posé, pour arriver à boucler un tournage plus que rude et exigeant. On pourra aussi regretter quelques détails, notamment ce happy-end qui sent à plein nez l’intervention des producteurs venus contrecarrer les tendances tragico-romantiques du réalisateur.

Un film assez classique finalement, mais qui comporte de gros points forts (mise en scène, travail sur l’image, casting avec mention spéciale au tout jeune Brandon Walters, pour ne citer qu’eux) et quelques séquences sublimes qui, rien que pour cela, valent le détour et élèvent Australia au dessus de la moyenne. Un divertissement cinématographique de très bonne facture, qui tombe parfaitement en cette période de Noël, même s’il risque de partager les uns et les autres, selon si l’on se laisse embarqué par cette histoire en trois temps visuellement époustouflante ou si l’on reste insensible à la démesure d’un metteur en scène touche à tout et incomparable.

BAZ LUHRMANN | DRAME, ROMANCE | USA/AUS | 142 MIN | 24 DEC 2008 | NICOLE KIDMAN, HUGH JACKMAN




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ChonchonWilyrahDjedjeShin(critique) GATSBY « LE BLEU DU MIROIR | DE FILMS EN AIGUILLES : CRITIQUES CINEMA Auteurs de commentaires récents
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[…] si celui-ci avait pris des gants pour satisfaire tout le monde comme il l’avait fait avec Australia, que l’on peut considérer dans la même lignée. Au final, ce qui faisait la force de Moulin […]
Shin
Invité
Bonjour,

J’ai lu beaucoup de mauvaises choses pour ce film que j’ai finalement beaucoup aimé (jusqu’à la scène du bal surtout). C’est charmant comme tout et très beau. Et après avoir subit « The Spirit » la veille, c’est exactement ce qu’il me fallait !

Amicalement,

Shin.

Djedje
Invité
Djedje

Je serais plus nuancé que toi sur Australia. Je lui donnerai le défaut d’avoir voulu faire trop de choses en 2h40 : on ne sait finalement pas grand chose des personnages, qui ne sont pas tant travaillé que ca. Mais la plus grosse critique de ce film, c’est ce coté gnan gnan insupportable (et c’est moi qui dit ca !!!). Certaines phrases font qu’on a envie de dire « stop, arrête le massacre » et si on ajoute à ca le happy-end avec 2 « péripéties » dans le film, on retrouve comme dirait ma chère et tendre un bon téléfilm à 2 épisodes… Lire la suite »

Djedje
Invité
Djedje

Tu sais bien que j’ai vu Moulin Rouge, et j’ai également vu Roméo + Juliette. Autant le deuxieme ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, autant le 1er fait partie de mes films préférés. Alors, il y a le phénomène Ewan qui joue, mais c’est surtout qu’il y a plus de second degré et un coté humoristique, que j’avais particulièrement apprécié. A ca, on peut rajouter la muisque que j’adore (et pourtant, je n’aime pas les comédies musicales) Bref, une grande différence entre les 2 films. Et même si on pouvait s’attendre à un coté nunuche les « I will hear… Lire la suite »

Chonchon
Invité
Tu connais mon avis sur Australia, je ne partage pas ton avis, mais ton analyse est belle. Pour moi ce film est une vraie déception, gnangnan, avec des acteurs endormis (à part le petit garçon) et deux rebondissements à trois balles. Ouh que je suis méchante !
Mais si je te dis, dans le genre longue fresque tragico-romantique, Out of Africa… c’est tout de même autre chose, non ?