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À PERDRE LA RAISON

 

JOACHIM LAFOSSE | FRANCE | 111 MIN | 22 AOÛT 2012 | EMILIE DEQUENNE, NIELS ARELSTRUP, TAHAR RAHIM

Murielle et Mounir s’aiment passionnément. Depuis son enfance, le jeune homme vit chez le Docteur Pinget, qui lui assure une vie matérielle aisée. Quand Mounir et Murielle décident de se marier et d’avoir des enfants, la dépendance du couple envers le médecin devient excessive. Murielle se retrouve alors enfermée dans un climat affectif irrespirable, ce qui mène insidieusement la famille vers une issue tragique

Librement inspiré d’un fait divers survenu en Belgique en Février 2007, À perdre la raison est la froide et douce descente aux enfers d’une épouse qui sentira l’étau de la vie se refermer autour d’elle. Joachim Lafosse n’a pas souhaité en faire une reconstitution minutieuse, ni prendre parti. Il voyait ce drame comme une tragédie antique et la possibilité d’approfondir ce qu’il avait déjà abordé dans ses précédents métrages : « le trop-plein d’amour, ses conséquences, la dette, le lien pervers, les dysfonctionnements familiaux, la question des limites ». Pour lui, ce drame décrit comme « monstrueux » ne pouvait être le fruit du hasard et il a cherché à questionner le spectateur et poser un certain regard (sélection dans laquelle le film a d’ailleurs été sélectionné à Cannes) sur les circonstances qui ont conduit à celui-ci. On peut, après visionnage du film, dire que l’objectif est atteint. Grâce à une mise en scène sobre et poignante, à des comédiens remarquables – Niels Arelstrup et son incroyable présence à l’écran, Emilie Dequenne remarquable et légitimement récompensée du prix d’interprétation – et à un scénario intelligemment construit, on suit le destin de cette famille recomposée et la lente agonie de cette mère cloisonnée dans le confort de cette vie sans possibilité d’émancipation. Le réalisateur se défend et ne cherche en aucun cas la déresponsabilisation. Il souhaite simplement (s’)interroger sur les raisons qui ont pu pousser cette femme à commettre un tel acte, si ce n’est le fait qu’elle ait progressivement perdu la raison. On regrettera toutefois une lenteur du récit parfois un peu lassante mais le traitement et la construction habiles permettent d’en ressortir avec une impression de réussite à l’image de cette conclusion glaçante évitant tout sensationnalisme. 

 À PERDRE LA RAISON ●●



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ffred
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Tout à fait d’accord. Une vraie tragédie grecque faite avec sobriété, presque discrète…Émilie Dequenne est formidable.
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