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A GOOD MAN

Aude et Benjamin s’aiment et vivent ensemble depuis 6 ans. Aude souffre de ne pas pouvoir avoir d’enfant alors Benjamin décide que c’est lui qui le portera.

Critique du film

Marie-Castille Mention-Schaar est une personnalité omni-présente dans le milieu cinématographique depuis le début des années 2000. Après avoir fondé sa société de production, Vendredi film, elle enchaine les projets les uns après les autres. Après avoir produit Antoine de Caunes (Monsieur N, Désaccord parfait) ou encore Philippe Harel (Tu vas rire mais je te quitte), elle devient scénariste avec le film populaire La première étoile de Lucien Jean-Baptiste qui trouve le succès dans les salles obscures. Le passage à la mise en scène semble dès lors une évidence, et intervient avec Ma première fois, sujet personnel centré sur une première vraie histoire d’amour entre deux jeunes personnes sortant à peine de l’adolescence. Elle se caractérise par la variété des thèmes traités, chaque projet étant radicalement différent du précédent, changeant de registre suivant le projet abordé. Ceci peut être une force, preuve d’un talent qui désire s’abreuver à bien des sources, mais cela peut également être une preuve de dispersion peu convaincante.

a good man
A good man est son nouveau long-métrage et il s’inscrit tout d’abord dans cette donnée : après la radicalisation extrémiste traitée dans Le ciel attendra (2016), Marie-Castille Mention-Schaar a souhaité parler du désir d’enfants dans un couple atypique composé d’un homme trans et d’une femme cisgenre. Ce qui nous amène à la deuxième information importante pour cerner le contexte du film : sa relation privilégiée avec l’actrice Noémie Merlant. Toutes les deux collaborent depuis Les Héritiers (2014) et décrivent une relation de travail étroite et pleine de symbiose. C’est la raison invoquée pour expliquer le choix de Merlant pour jouer le rôle de Benjamin, personnage au combien complexe mais aussi problématique. En effet, l’histoire ne fait pas mystère de l’identité de genre du jeune homme, il est transgenre, a décidé avec sa compagne Aude de quitter sa région provençale pour démarrer une nouvelle vie, loin des quolibets et de la relation toxique maternelle.

Justifier le choix de Noémie Merlant par la difficulté de trouver des acteurs trans hommes et par leur relation de travail s’avère d’emblée être plus que compliqué à avaler, ce pour plusieurs raisons. La première est bien sûr qu’on ne peut traiter la question de la transidentité comme d’un sujet comme un autre. Dès lors on se demande d’où parle l’autrice, et à qui elle s’adresse. En effet, on aura vite fait de voir venir les commentaires sur la nécessité de représenter une personne transgenre et que cela suffit déjà amplement. Jouer avec un sujet aussi sensible est non seulement dangereux, mais il perpétue l’état de fait qu’un ou une actrice cisgenre peut tout jouer, au non de l’art, et que les bonnes intentions sont suffisantes. Or, de toute évidence au vu du film, nous en sommes bien loin. Noémie Merlant est désormais un visage et un talent reconnu, éclatant dans Le portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma. Le fait de la choisir, de la faire jouer avec une identité qui n’est pas la sienne sur des prétextes inaudibles ne fonctionnent pas ni moralement ni artistiquement.

Chaque dialogue, aussi bien écrit soient-ils, comme cette scène avec Vincent Dedienne où Benjamin réclame les mêmes droits que lui, sonne faux. Là encore, ils sont remplis de l’hypocrisie de choisir une actrice cisgenre pour déclamer ce qui ne peut alors qu’être de la bonne conscience à destination du grand public, sans avoir jamais compris le vice initial de ce projet qui banalise l’importance d’un des combats les plus importants du milieu LGBTQ+. Mais le diable est décidément dans les détails. Jamais le film ne combat les stéréotypes de genre, la binarité de genre est constamment sur la table comme un socle indépassable. Il n’est question que d’une norme, chape de plomb érigée tel un monolithe, que Benjamin veut rejoindre. Il est homme donc il porte un blouson de cuir viril, il fait désormais du bricolage, il est le pourvoyeur du couple, jouant aux jeux vidéos de combat avec son copain de travail comme un bonhomme. Ces clichés insupportables émaillent le film qui en devient lourd, éludant presque totalement ce qui pourtant était sensé en être l’un des thèmes majeurs : la maternité d’une personne transgenre.

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Si un personnage, presque une figuration tellement il est peu à l’écran, est joué par un homme trans, l’autrice persiste à penser que la représentation de cette communauté passe par une actrice cisgenre. Ce mal originel n’est jamais dépassé dans le film, dont rien de bon ni d’intéressant ne vient dépasser la ligne de flottaison. On repense alors aux mots de Leyna Bloom, sublime actrice du film de Danielle Lessovitz Port Authority, qui rappelait la précarité des acteurs et actrice trans, elle qui rêve de jouer une James Bond girl, tout en avouant qu’elle doute que cela puisse arriver un jour. On ne se lasse pas de rappeler dès lors la phrase la plus importante qui jamais ne quitte les esprits après avoir vu A good man, il faut laisser les concernés s’exprimer sur ces sujets et arrêter de vouloir parler à leur place, surtout dans des œuvres de fiction qui ratent tout ce qu’elles tentent.

3 mars 2021 – De Marie-Castille Mention-Schaar, avec Noémie Merlant, Soko et Vincent Dedienne.