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5EME SET

À presque 38 ans, Thomas est un tennisman qui n’a jamais brillé́. Pourtant, il y a 17 ans, il était l’un des plus grands espoirs du tennis. Mais une défaite en demi-finale l’a traumatisé et depuis, il est resté dans les profondeurs du classement. Aujourd’hui, il se prépare à ce qui devrait être son dernier tournoi. Mais il refuse d’abdiquer. Subitement enivré par un désir de sauver son honneur, il se lance dans un combat homérique improbable au résultat incertain…

Critique du film

Peu nombreux sont les films français à parler de sport, et quand ils le font c’est souvent par alibi pour pencher du coté de la comédie romantique voire même de la farce la plus grasse. Au delà du football, sport roi en Europe, le constat est encore plus lourd, c’est presque le néant absolu. 5ème set de Quentin Reynaud fait donc vraiment figure d’exception dans ce contexte, presque une folie pour ce réalisateur de 28 ans pour lequel c’est le premier film seul aux commandes après une co-réalisation, Paris-Willouby, en 2016, aux cotés d’Arthur Delaire. S’il est donc bien question de tennis dans ce film, il faut d’emblée préciser que toute la dramaturgie, et presque chaque plan, repose sur les épaules d’Alex Lutz, acteur aux multiples talents, exerçant aussi bien dans le spectacle vivant qu’au cinéma. C’est tout son talent et sa capacité à faire oublier les défauts d’un scénario sans doute trop convenu qui permet à 5ème set d’exister l’espace de quelques scènes.

Alex Lutz offre littéralement son corps au spectateur : ses souffrances, ses blessures, chaque centimètre d’un homme meurtrit par des sacrifices physiques qui ont émaillé toute sa vie de sportif, c’est cela le véritable enjeu du film. Si le réalisateur reproduit certains des lieux communs du film sportif, la mère propriétaire d’un club de tennis qui a trop mis de pression à son fils pour qu’il devienne un champion, l’aspect envahissant de ce type de carrière pour la vie privée, on en revient toujours à la corporalité et au charisme de Lutz. Cela se traduit à chaque fois par l’instauration d’un silence pesant, où on cesse d’essayer d’en rajouter à grand renfort de détails par trop évident, et où on se met à observer. Une cicatrice, un regard lourd, un détail de tout ce que cela a bien pu coûter à chaque étape de la vie de tout donner pour un seul et unique objectif. Une vie de sportif est courte, moins de vingt ans au plus haut niveau, sur lesquelles il faut capitaliser suffisamment pour le reste de sa vie d’adulte. Chez le personnage joué par Alex Lutz on ressent bien à quel point il n’a jamais envisagé cet après carrière.

Au moment de la reconversion, passage obligé et pourtant au combien difficile, il se retrouve face à l’impossibilité de considérer faire autre chose, quand bien même cela n’est plus possible. A ce moment précis on touche à l’ironie de la situation : en quelques matchs tout se rappelle à la mémoire de l’ex jeune prodige. Les fournitures sportives gratuites, les sponsors qui arrivent appâtés par la possibilité d’une exposition médiatique et d’un gain rapide. C’est aussi le respect et la considération perdue avec l’absence pour cause de blessure. Les profondeurs des classements professionnels sont comme un déclassement social, le retour en grâce rappelle que l’instant précédent il fallait rentrer par ses propres moyens après un match, dans l’anonymat retrouvé.

Tout ce système décrit est celui du sport professionnel, de ce commerce du jeu, dévoyé de son berceau originel, de sa pureté qui fait jouer dans les cours de récréation. Gladiateurs du monde moderne qui meurt dans l’arène pour un spot télévisuel et un bon mot dans un talk-show sportif ou fait et brise des carrières et ou on appelle les joueurs par leurs prénoms comme s’ils étaient des proches.

5ème set
5ème set est donc un film imparfait et qui regorge de scènes beaucoup moins intéressantes que tout ce qui est décrit précédemment. La plupart des personnages secondaires, celui de la mère interprété par Kristin Scott Thomas au premier lieu, sont à peine esquissés, tout juste existants. De même on peine à ressentir de l’empathie pour Ana Girardot qui a délaissé sa possible carrière de sportive pour élever l’enfant du couple qu’elle forme avec Lutz. Elle demeure trop en retrait et trop peu caractérisée pour qu’on s’intéresse véritablement à son destin et son devenir. Il y avait pourtant une belle piste à mener du coté de ces femmes de sportifs qu’on ne valorise que comme des trophées, des objets utile à montrer le temps d’un plan pendant un match un peu serré, révélant une émotion absente du front de leurs si talentueux époux. Décidément tout repose bien sur le corps meurtri et fatigué d’un Alex Lutz qui semble tout aussi habité par ce dernier tour de piste de tennisman qu’il l’avait été dans Guy où il campait un ersatz de Claude François, chanteur vieillissant au soir de sa vie refusant de quitter la scène.

On reconnaît enfin un véritable amour de ce sport si particulier, où chacun est si seul, livré à un système anthropophage qui ne tolère que les meilleurs. On pense à cette fameuse génération des « mousquetaires » emmenée par Richard Gasquet, Gaël Monfils ou Jo-Wilfried Tsonga, à qui l’on promettait de tout gagner, et qui tout juste sortis de l’adolescence on a brûlé sous les flashs et très vite jugés déchus, alors qu’ils avaient cohabité avec trois des plus grands joueurs de l’histoire de ce sport (Federer, Nadal et Djokovic). On ressent très fortement cette injustice, ce traitement trop dur qu’ils ont vécu, eux aussi en fin de carrière, au sacrifice de leur santé et de leurs jeunes années déjà envolées.

S’il n’est pas un grand film, et si on est en droit d’attendre enfin un grand film de sport français, il faut reconnaître à 5ème set d’avoir capter l’essence du problème qui entoure le sport professionnel et notamment celui des sports individuels où l’on a même pas le luxe de pouvoir s’appuyer sur ses co-équipiers. C’est enfin la confirmation d’un authentique talent d’acteur, celui d’Alex Lutz, qui seul, lui aussi, réussi à rayonner, envers et contre tous, dans l’adversité et l’indifférence presque totale. Que se passe-t-il pour ses hommes et ces femmes le jour où la retraite sonne ? Quel est le devenir de leur vie entièrement dévolue au sport une fois qu’il leur tourne le dos pour de bon ? La réponse semble ne devoir être que cruelle et amère

Bande-annonce

2021 – De Quentin Reynaud, avec Alex Lutz, Ana Girardot et Kristin Scott Thomas.


Bientôt au cinéma