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12 JOURS

Salutaire

Avant 12 jours, les personnes hospitalisées en psychiatrie sans leur consentement sont présentées en audience, d’un côté un juge, de l’autre un patient, entre eux naît un dialogue sur le sens du mot liberté et de la vie.

Cage mentale.

« Et qu’est-ce qu’un aliéné authentique ? C’est un homme qui a préféré devenir fou, dans le sens où socialement on l’entend, que de forfaire à une certaine idée supérieure de l’honneur humain ». (Van Gogh le suicidé de la société, Antonin Artaud).

12 jours, c’est la période nécessaire, depuis 2013, en France, pour qu’un individu interné sans son consentement passe devant un juge, à l’hôpital, avant que ne soit jugée la régularité ou l’irrégularité de la procédure qui a conduit à son enfermement. Ce sont ces scènes, répétitives, qui font l’objet du documentaire de Raymond Depardon, entrecoupées d’images glaçantes filmant les couloirs sinistres des lieux hygiénistes où presque personne ne met les pieds, hormis les professionnels de la santé et les malades déclarés.  À l’image de cet homme, simple, qui pendant sa promenade déambule le long d’un rectangle imaginaire, bien tracé dans son esprit, le quotidien de ces malheureux semble se délier sous leurs pieds, en dehors de tout cadre social communément vécu. Cet enfermement pose question, moralement, philosophiquement, sur les conditions qui visent à couper quelqu’un du reste du monde, contre son gré, et interroge surtout l’histoire de chacun : comment devient-on fou ? Qu’est-ce que la folie, au juste ? Comment peut-il se trouver, chez des personnes enfermées de force, à la fois un meurtrier, et une femme qui a professionnellement craqué ?

Rien ne saurait mieux démontrer le désarroi face à la folie que l’exercice du droit. Curieusement, Raymond Depardon a fait le choix de ne montrer que des cas où le (ou la) juge valide après 12 jours la conformité de l’enfermement décidé par le corps médical. Or, il semblerait que dans dix pour cent des cas, la décision soit contestée, permettant le retour à une vie normale (le peut-on réellement ?) pour la personne auparavant internée. Il est difficile pour des spectateurs non juristes de saisir l’action de la Justice, par rapport à l’aliénation attestée. Les scènes se répètent et se ressemblent, entre des déséquilibrés qui comme n’importe quel être humain acceptent mal leur internement et des juges qui peinent à faire comprendre le sens de leur intervention, qui n’a pas pour but de remettre en cause la validité d’un avis médical. Le champ lexical de la loi apparaît comme le marqueur du gouffre entre la norme et la démence au point où, désemparés, les représentants de la justice construisent un mur entre eux et le malade, en se rattachant à leur vocabulaire, sans concéder un effort d’intelligibilité pour rendre la situation moins pénible.

Malgré cette routine clinique et imparfaite, qui mélange santé et habitués des palais de justice, il faudrait reconnaître que la loi tend à améliorer les choses. Avant 2011, le contrôle de l’hospitalisation sans consentement n’était pas systématiquement soumis au contrôle d’un ou d’une juge. En d’autres termes, un patient isolé, méconnaissant quels étaient ses droits n’avait pas forcément conscience des recours dont il pouvait disposer.

En somme, l’apport essentiel de 12 jours se situe à la racine même du documentaire. Raymond Depardon braque sa caméra sur les failles d’une société que, la plupart du temps, nous refusons de voir frontalement, en donnant la parole aux plus fragiles. L’initiative est salutaire, tant le sujet demeure tabou, alors que  l’augmentation du nombre d’individus internés sans leur consentement est constante : entre 2012 et 2015, il a connu une hausse de 15%.

La fiche

12 JOURS
Réalisé par Raymond Depardon
France – Documentaire
Sortie : 29 novembre 2017
Durée : 
97 min




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