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CLAUDE BARRAS et CÉLINE SCIAMMA | Entretien

À l’occasion de la sortie de Ma vie de Courgette, petit phénomène de la Quinzaine des Réalisateurs et coup de coeur de la rédaction, nous avons rencontré Claude Barras et Céline Sciamma – le réalisateur et la co-scénariste du long-métrage. Rencontre avec ces deux auteurs. 

Avez-vous porté longuement le voeu d’adapter le livre de Gilles Paris, Autobiographie d’une courgette

Claude Barras : J’avais déjà fait un court-métrage, qui s’appelait Banquise, autour d’une histoire d’enfants avec Cédric Louis. Ce dernier m’a fait découvrir le livre de Gilles Paris et nous avons commencé à travailler ensemble sur les personnages du point de vue graphique et sur l’adaptation. Cela fait dix ans. 

Qu’est-ce qui vous a particulièrement plu et touché dans cette histoire ?

C. B. : La voix de cet enfant, son regard sur le monde et les difficultés qu’il croise. Dans nos histoires, nous avions beaucoup d’histoires qui commençaient bien et finissaient mal. Pour un long-métrage, je trouvais intéressant d’inverser le principe. 

Justement, vous présentez la cruauté de la vie de ce garçon avec une certaine froideur. Vous étiez vous fixer certaines limites pour ne pas dérouter ou choquer les plus jeunes spectateurs ?  

C. S. : La question s’est forcément posée, pas tant dans une question de limites à se poser mais de comment aborder ces sujets-là. Comment résoudre l’équation qui permet de tout évoquer, ne rien escamoter tout en s’adressant à un jeune public ? Comment en parler ? Le film est sur un fil. Nous ne passons pas par un contraste de scènes joyeuses et de scènes tristes. Il fallait trouver cet équilibre et une fois que ce fut le cas, nous pouvions tout aborder.  

Céline, vous avez rejoint Claude Barras en cours de processus… Dans ce but là ?

C. S. : Je suis arrivée sur le projet en 2012, Claude était déjà dessus depuis six ans…

C. B. : Oui, je travaillais dessus avec des amis. Nous avions fait quelques versions de scénario, dont une avec Cédric (Louis) et des copains dessinateurs de BD. Morgan Navarro, notamment, a apporté quelques dialogues. Mais nous butions sur le côté épisodique du livre. C’est là que la production m’a mis en relation avec Céline… 

Vous n’aviez donc pas forcément peur d’aller dans le vif du sujet, comme peuvent le faire certains Pixar ou même Mary & Max ? Un film d’animation pour tous les publics… 

C. B. : Oui, ouvrir le film aux enfants sans le fermer aux adultes qui avaient peut-être déjà lu le livre.

Céline, il s’agit de votre premier scénario de film d’animation… Qu’est-ce qui vous a séduite dans cet exercice ? Écrit-on différemment pour de l’animation ? 

C. S. : C’était un film d’animation, un film qui s’adresse directement aux enfants, une adaptation. C’était plusieurs premières fois pour moi. Mais c’était un projet déjà bien nourri. Y compris dans la mise en scène. Il y avait une certaine matière littéraire, avec des notions de rythme et d’incarnation. Il y avait quelque chose d’extrêmement séduisant. Comme tout scénariste, je choisis avant tout mes projets pour le metteur en scène et pas pour une opportunité de genre. 

Je n’aurais pas prévu d’écrire pour de l’anticipation. C’est un genre qui me passionne mais que je ne pratiquais pas. D’un point de vue scénaristique particulièrement. Pour prendre un exemple, Vice Versa ne me fascine pas pour son univers visuel. Mais il y a derrière une grosse machine de scénario, d’une grande intelligence. C’est ce qui m’intéressait. 

Je crois en ce que disait Hergé : plus un personnage est simple, plus on se projette directement sans chercher autre chose dans un personnage.

Votre film fait confiance à l’intelligence et à la sensibilité des enfants. Il n’y a pas de condescendance… 

C. S. : C’était l’idée. Il nous fallait leur faire confiance et respecter leur intégrité de spectateur. Le but était de rentrer dans leur logique. Je ne suis pas capable de singer la langue des enfants, plutôt neutre et directe. L’objectif était alors de reproduire leur logique de pensée. 

Vos choix musicaux sont très intéressants.  

C. B. : J’ai été aidé par le monteur du film, qui m’a donné quelques pistes. Lorsque je mets en scène, j’entends les bruitages, j’entends les rythmes, les dialogues. Mais je n’entends jamais de musique. On m’a demandé de travailler en amont, de choisir des musiques que j’aimais, de jouer avec et de voir si cela modifiait les scènes… 

Pour la scène de la boum, nous avons choisi Eisbaer. J’aime beaucoup ce choix. J’étais très content lorsque le producteur a validé ce morceau, car il traduisait aussi mes origines suisses. Puis, je lui ai demandé de conserver également Les Béru’ car j’aime beaucoup. Enfin, la reprise de Noir Désir par Sophie Hunger marchait tellement bien… Qu’on l’a contactée et elle a adoré le projet. C’est ainsi que l’on s’est retrouvés à collaborer. Au final, ces conseils de producteurs, plutôt stratégiques pour porter le financement – comme pour la collaboration avec Céline -, se sont avérés très enrichissants pour le film et ce furent de très belles rencontres.

Pour travailler avec Sophie Hunger, je lui ai parlé de Max et les Maximonstres car je souhaitais quelque chose dans le même esprit. Je ne souhaitais pas que la musique viennent pas surligner l’émotion, que cela reste assez fragile. 

Quelles étaient vos envies au niveau du style visuel ?

C. B. : Etant illustrateur à la base, je faisais déjà les dessins en partant de bases très simples. Je crois en ce que disait Hergé, plus un personnage est simple, plus on se projette directement sans chercher autre chose dans un personnage. L’histoire est réaliste et je souhaitais passer par l’émotion. Le réalisme passait davantage par les voix. Garder des choses simples servait les émotions et nous permettait d’animer rapidement les personnages – puisque nous étions limités sur le budget.

Pour le reste, ce fut un énorme travail d’équipe. Avec le chef-opérateur, notamment. Mais aussi le chef décorateur. Il y a eu une belle énergie croisée et de la confiance. 

Claude, ce film a accompagné dix ans de votre vie… Quels sont vos projets pour l’après-Courgette ? 

C. B. : Les projets sont longs. Cela doit partir d’envies profondes. Quand j’étais enfant, j’étais très ouvert à la nature et l’écologie. J’étais même abonné à la revue WWF. Je me souviens d’histoires de singes, de gorilles et d’orang-outans qui étaient menacés. Et d’un autre côté, j’ai des grands-parents agriculteurs et la disparition des cultures derrière la modernité est un sujet qui m’intéresse également. Du coup, je vais essayer de parler d’un peuple de la forêt qui disparaît, et d’un personne de bébé orang-outan lié à cette histoire… 

Et vous Céline ?  

C. S. : Actuellement, je continue à écrire pour les autres. Je planche sur trois scénarios en même temps. Deux premiers films et un autre d’un réalisateur dont je ne peux pas encore parler. En parallèle, je pose les bases de mon prochain film en tant que réalisatrice. Si tout va bien, ce serait pour commencer à tourner l’année prochaine. Mais écrire pour les autres, cela prend beaucoup plus de temps. Les trois films sont à des niveaux d’avancement différents. Certains sont presque terminés, d’autres pas. 

 > > > À lire aussi : Le Questionnaire de Proust cinématographique de Céline Sciamma 
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Entretien réalisé à Paris, le 28 Septembre 2016 à Paris – Remerciements : Claude Barras, Céline Sciamma, Monica Donati




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