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CINQUANTE NUANCES PLUS SOMBRES | De Grey ou de force.

Bêtise.

Le film débute et dès les premières secondes, un frisson me parcourt. Ce sera difficile de tenir. Première séquence : un flashback d’une laideur innommable nous montre le jeune Grey se réfugier sous un meuble. La maltraitance dont il a fait l’objet dans son « enfance difficile » justifie son attitude de sombre connard. Niveau psychologie, t’es rapidement fixé. Ça ne volera pas haut. Et comment en attendre davantage quand tu sais que la dondon responsable des bouquins écrivait des fan-fictions sur internet avant de se faire éditer ? Après tout, Cinquante Nuances n’est que la version cochonne de Twilight.

Une fois le « mobile SM » exposée sur fond de musique sirupeuse, on retrouve notre jeune Ana-Hannah-Anastacia (bref, la bécasse du film) en pleine phase post-rupture.  Et pour que la personne qui suit le film comprenne bien l’état de déprime de la personne à l’écran, la prod’ te balance une reprise cheesy d’un des morceaux de Coldplay les plus… cheesy. Nobody says it was eaaaasy geint la chanteuse de radio-crochet.  Tu la sens ta compassion pour la greluche qui se mord la lèvre ? Une rupture, c’est dur. Tel pourrait être le slogan de l’introduction de Cinquantes nuances plus sombres.

Dix minutes.

Dix minutes, c’est le temps qu’il faut à Cricri d’amour pour reconquérir sa niaise. Au début, elle lui en veut. Du coup, il achète toute une série de portraits de la belle lors d’un vernissage. Trop besoin de la posséder. Et comme ça ne suffit pas à la faire retomber dans tes bras, il fait le mec meurtri qui l’invite au restau « en tout bien, tout honneur ». Petite confession et la belle commence déjà à vaciller. Du coup, il lui offre la panoplie Apple – placement publicitaire oblige – pour qu’elle puisse communiquer avec lui. Et pour qu’il puisse à nouveau diriger insidieusement sa vie. L’argent comme ultime recours pour imposer sa toute puissance masculine ?

Ana-banana n’est pas difficile à convaincre. Bientôt « sombre c*nnard et pauvre idiote » vont faire les courses – comme tout couple normal, tu vois – et achètent de la glace Ben & Jerry (deuxième placement pub et, au cas où tu n’aies pas bien vu la marque, on te la montre plusieurs fois avec gros plan et tout) à la vanille. Un choix cohérent pour ce téléfilm érotique à la vanille. Très vite, la « pauvre idiote » repasse à la casserole et c’est alors que débute le florilège de dialogues enchanteurs et de petites fessées effarouchées : « Je te veux toi, tout entier », « Je suis trop vêtue », « J’ai envie que tu me fesses », « Ne dépasse pas les limites »… Un florilège vous dis-je.

Bref, tu vois le tableau. Comme pour le précédent volet, Cinquantes nuances n’a de sombre que sa profonde bêtise. Cinématographiquement immonde, avec son esthétisme publicitaire, le précédent chapitre avait au moins le mérite de faire rire malgré lui. Celui-ci n’étant qu’une suite artificielle encore plus vide que le précédent, l’ennui pointe le bout de son nez assez vite et laisse place à l’agacement.

Fifty Shades Darker

Stanley Kubrick risque de se retourner dans sa tombe…

Contre son Grey.

L’ennui, on a l’habitude. La colère, en revanche, c’est plus rare. J’étais pourtant prêt. J’avais lu le premier livre – pour juger sur papier – et le constat était déjà amer. Comment peut-on cautionner un tel personnage ? D’autres ont bien mieux exprimé que moi à quel point Grey était indéfendable dans sa version imprimée. À l’écran, c’est encore pire. L’érotisation et la glorification de la violence (morale et physique) envers la femme y est plus sinistre. L’Anastasia de l’écran paraît encore plus sotte, encore plus naïve. Et le(s) film(s) décri(ven)t formidablement comment un prédateur sexuel peut attirer dans ses filets une jeune femme maladroite et inconsciente, connaissant aussi mal son corps que sa sexualité, en étalant de façon indécente sa fortune sans limites.

À l’écran, Ana-machin se comporte comme une enfant qui hurle de façon pathologique son besoin d’attention. Et Grey d’en profiter pour se comporter en pervers manipulateur abusant de sa bêtise.  Ici, la jeune femme peine à faire croire en son âge et se comporte telle une adolescente de quatorze ans toute chamboulée qu’un homme plus mature et plus expérimenté qu’elle ne daigne lui prêter attention.

Pire, si l’on débarrasse Grey de ses possessions matérielles indécentes (luxueux appartements et véhicules, chatoyantes garde-robes…), il ne reste qu’un prédateur ordinaire sachant très bien comment atteindre son but en ayant trouvé sa parfaite victime : seule, inexpérimentée et vulnérable. Aucune confidente ne vient d’ailleurs proposer un quelconque avis extérieur dans la première heure ce second volet.

Il va même jusqu’à révéler qu’il l’a faite suivre (comme toutes ses précédentes victimes) en montant un dossier bien complet sur elle. Au lieu de signaler le garçon aux autorités, celle-ci se contente de faire la moue et de feint la rancoeur en jetant le dossier sur le table après une petite punchline. Dossier classé sans suite.

Enfin, en faisant apparaître ses « blessures » de jeunesse, il amadoue la jeune femme et lui donne l’impression qu’elle peut le sauver, lui faisant croire qu’elle a le contrôle émotionnel de la relation. Elle (re)devient pourtant très vite sa « possession » dont il disposera comme bon lui chante, la manipulant et marquant son territoire comme un chien pisserait sur un muret. On se demande presque si le garçon ne va pas finir par « l’attraper par la ch*tte » comme ce bon vieux Donald…

Toxicité.

Le spectacle est terrifiant. Les nombreuses jeunes femmes et adolescentes s’empiffrant de pop-corn autour de moi n’arrange rien. Voir sur grand écran un prédateur s’amusant de sa proie immature, cela a de quoi vous laisser un sacré noeud à la gorge (ou à l’estomac, comme vous préferez). Cinquante nuances n’est pas l’histoire d’une romance intégrant le fantasme de la domination mais bien un déroulé sordide du stratagème parfait aux violences conjugales, d’ordre physique et moral.

Le plus révoltant autour de cet objet « culturel » est que certains y voient une libération de la femme, assumant ses désirs de domination sexuelle. Là est bien le problème, Cinquante nuances ne défend absolument pas cette cause. La saga justifie la maltraitance, tente vainement de faire croire que sa protagoniste féminine est libre de ses choix, alors même que Grey la manipule continuellement. Les défenseurs avançant qu’elle s’en va lorsque cela devient intolérable auront-ils un argument alors que la jeune femme revient vers son amant quelques jours plus tard ?

De Grey ou de force.

Le film, comme le livre, est d’autant plus crétin et indéfendable à tous les niveaux (intellectuels comme artistiques) que les personnages semblent ne rien avoir appris de leur précédente (més)aventure et débitent à foison les dialogues vides et imbéciles qu’aucun scénariste digne de ce nom aurait pu écrire. Lorsqu’Ana remet le couvert avec Christian, qui veut l’attacher et redéfinir les termes de leur contrat, elle lui sort :

La dernière fois, c’était différent.” À quel point était-ce différent ? Absolument rien n’a changé entre la fin du 1er volet et ce début (poussif) de 2e volet. Pourquoi se sentirait-elle soudainement plus à l’aise avec ce qu’elle considérait alors comme très inconfortable et inacceptable ? Aucune volonté de rédemption de la part de Christian qui continuera à se montrer possessif et à dicter la conduite que sa compagne doit avoir dans sa vie privée (et professionnelle !), alimentant même de gré ou de force son compte bancaire ou se faisant passer pour son noble chevalier venant à sa rescousse lorsque son boss la harcèle ou lorsqu’une ex-soumise vient s’immiscer entre eux.

Avec une dose gargantuesque de second degré (et peut-être quelques gouttes d’alcool), le premier épisode m’avait semblé presque drôle (involontairement ?). Ici, il n’y a plus de second degré de lecture. Derrière une intrigue prétexte et encore plus superficielle qu’un soap taillé pour le format 25 minutes, Cinquante nuances plus sombres s’affiche fièrement en ode nauséabonde à la maltraitance déguisée derrière un masque glamour. Le vendre comme une sortie « amoureuse » pour la Saint-Valentin est l’ultime doigt d’honneur de la société de consommation à toutes les femmes de ce monde.




Il y a 3 commentaires

Ajoutez le vôtre
  1. Ahn
    Eh bien ! ça ne fait pas rêver. Déjà que le 1er m’avait bien fait peur, le 2nd a l’air encore pire. Superbe description des mécanismes de manipulation, cela dit.
  2. sophcaro
    Je n’ai pas vu le film (et ne compte pas le voir) mais je tenais juste à réagir sur la partie « Et comment en attendre davantage quand tu sais que la dondon responsable des bouquins écrivait des fan-fictions sur internet avant de se faire éditer ? »

    C’est un peu réducteur, non ?

    Beaucoup d’écrivains talentueux ont commencé en écrivant des fanfics.
    Beaucoup de fanfics sont d’excellente qualité, voire bien meilleures que de nombreux romans publiés.
    J’imagine bien vu votre discours que n’avez sans doute jamais lu de fanfics de votre vie, mais je vous suggère de vous informer un peu plus sur le sujet (voire d’en lire !). La critique est trop facile à mon goût et il n’est jamais très intelligent de mettre tout le monde dans le même sac.

    Bien cordialement !

    • тном ряи
      Détrompez-vous, j’en ai lu et très souvent elles sont médiocres. Il ne faut pas généraliser, je vous l’accorde mais la majorité le sont et le bouquin (le premier, que j’ai lu) est atrocement mal écrit. J’assume et je ne pense pas que mon avis soit subversif sur le sujet.

      Cordialement,
      TP


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