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CARTE BLANCHE | New York New York

Carte blanche est notre rendez-vous pour tous les cinéphiles du web. Régulièrement, Le Bleu du Miroir accueille un invité qui se penche sur un grand classique du cinéma, reconnu ou méconnu. Pour cette vingt-deuxième occurence, nous avons invité l’un des piliers du site Les fiches du CinémaFrançois Barge-Prieur. Plume en main, quelques jours avant le probable sacre de La La Land aux prochains Oscars, il remet à l’honneur ce qu’il considère comme un monument du film musical, New York, New York de Martin Scorsese.  

Carte blanche à… François B-P.

Il y a tout Scorsese dans New York, New York

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Il y a d’abord la musique jazz, omniprésente, indissociable des images, enlacée à elles comme un danseur à sa cavalière, tantôt suivant le rythme, tantôt l’imposant. Tour à tour ténue ligne d’accompagnement ou solo tonitruant prenant les rênes de la narration. Il me semble me souvenir que France Musique (ou était-ce Inter ?) avait diffusé la bande son de Casino en intégralité. On pourrait en faire de même pour ce film, ça serait une chouette idée : je parie qu’il n’y a pas plus d’une minute de silence en cumulé.

Il y a Bob de Niro dans le rôle de Jimmy. Bob à la démarche raide et au regard dur, à mi-chemin entre le gentil voyou de Mean Streets et le paranoïaque de Raging Bull. Bob qui n’avait pas encore sa palette de tics faciaux qui finiront par nous lasser de lui, bien des années plus tard. Un Bob sobre, sec et nerveux. Simple et inquiétant. Grandiose. Passant du militaire conquérant au chewing-gum et à la chemise hawaïenne (révélé par un panoramique vertical ascendant au début du film) au riche propriétaire d’un club de jazz, aux habits chics, mais au coeur blessé, que décrit, en miroir, le panoramique descendant de la fin. Monter, puis descendre, la trajectoire humaine au centre de la filmographie de Scorsese.

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Monter, descendre.

Il y a Liza Minelli, qui joue l’un des plus beaux personnages féminins au cinéma (Francine), ancêtre parmi tant d’autres des femmes qui ont marqué l’année de cinéma 2016, dans les magnifiques Aquarius, Elle, ou The Assassin, par exemple. Francine, que le spectateur prend du temps à connaître et à aimer, comme Jimmy dans le film. Une femme talentueuse et volontaire, que l’on croît à tort être fragile, avant de découvrir que c’est finalement elle qui, au jeu cruel du couple (cet étrange mélange d’amour et de compétition), finit par vaincre – mais sans triomphalisme aucun. D’ailleurs, nul besoin pour elle de formuler ce que répète Jimmy à longueur de temps : « la musique, c’est toute ma vie ». Car cette phrase est limpide et totalement vraie pour elle, au contraire de Jimmy, qui, moins talentueux, finira par préférer l’ambiance nocturne des clubs, et le statut de manager, à la musique en elle-même.

Il y a la finesse d’écriture de Mardik Martin, associée au montage virtuose de Tom Rolf (qui devait céder sa place, dès le film suivant, à la célèbre Thelma Shoonmaker). Le rythme du film, qui parvient à faire s’écouler le temps de façon à la fois rapide et fluide, doit beaucoup à l’alternance de scènes musicales et de scènes dialoguées. Ce conte universel parvient à mêler le plaisir divertissant venu d’un genre auquel le réalisateur rend hommage (la comédie musicale), à la cruauté des rapports humains. Ainsi, les histoires extra-conjugales de Jimmy sont-elles esquissées en un seul geste, de même que le remariage de Francine avec le pianiste de la bande est suggéré par une simple tentative de baiser avortée sur scène. Et il y a cette magnifique scène dans le bus de la tournée où le manager dit franchement à ce même pianiste qu’il est « bon, mais sans plus ». Tout le drame qui consiste, pour un être humain, à se rendre compte qu’il est commun, un parmi d’autres, est contenu dans ce court dialogue. La vérité nue des êtres est bien là, en filigrane, surgissant par petites touches sombre et inquiétantes. Avant qu’un grand éclat de saxophone ne relance la machine à rêve.

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Des tentatives formelles un peu vaines

Enfin, et ce dernier point induit forcément les précédents, il y a le plaisir de Scorsese à faire du cinéma. Et ce plaisir vient du fait évident que pour lui, le cinéma c’est la vie. A 35 ans, Scorsese parvient à aborder l’art cinématographique avec une rare décontraction, une foi totale dans ses effets, dépourvue de prétention et d’orgueil. Il faut également savoir qu’à cette époque, l’ami Marty prenait pas mal de drogues… Ce qui devait sans doute l’aider à livrer ce détonnant mélange de maturité et de fougue. Des tentatives formelles un peu vaines comme des séquences dialoguées intenses. Des plans cartoonesques comme de longues séquences minutieusement construites. Du rire et des larmes. De la musique et du drame. 

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(Note pour moi-même et pour plus tard : finalement, il ressemble pas mal à After Hours, ce film).

Bref, on trouve à peu près tout le cinéma dans New York, New York. Ou plutôt, on y trouve à peu près tout ce qui rend le cinéma indispensable à la vie. Car, c’est sûr, sans ce film, ma vie ne serait pas tout à fait la même. Et je n’aurais peut-être pas passé une partie de ma journée, laborieusement et de façon beaucoup plus « Jimmy » que « Francine », à écrire ce modeste texte que je soumets à votre bienveillance.

François B-P. 




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