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CARTE BLANCHE | La horde sauvage

Carte blanche est notre rendez-vous bi-mensuel pour tous les cinéphiles du web. Deux fois par mois, Le Bleu du Miroir accueille un invité qui se penche sur un grand classique du cinéma, reconnu ou méconnu. Pour cette douzième occurence, nous avons choisi de tendre la plume à Hugo Saadi, auteur régulier sur Toute la culture, occasionnel chez Telerama Sortir et actuel de Neon-Mag. Un homme aux multiples talents qui choisit de revenir sur le grand classique de Sam Peckinpah, La horde sauvage (The Wild Bunch).   

Carte blanche à… Hugo S.

Faire ses premiers pas dans le cinéma de Sam Peckinpah avec La Horde Sauvage laisse de lourdes séquelles. N’ayant pas eu la chance de voir sur grand écran les grands western qui ont marqué l’histoire du cinéma, la reprise au cinéma de La Horde Sauvage lors d’une séance spéciale a rapidement chassé ce chagrin, découvrant au passage toute la folie d’un réalisateur aux frasques plus nombreuses que les autres et à la filmographie en dents de scie.

Plus de 30 ans après sa mort, le réalisateur Sam Peckinpah laisse dans son sillon des films à l’aura mystique et légendaire. Que ce soit avec Les Chiens de Paille et un Dustin Hoffman transformé, Le Guet-apens où le duo fracassant Steeve McQueen / Ali MacGraw en met plein la vue, ou encore Pat Garret & Billy The Kid avec les talentueux James Coburn et Kris Kristofferson en leader, Peckinpah a toujours réussi à alterner les genres et s’entourer d’acteurs d’une renommée internationale. Souvent décrié pour ses méthodes de tournage, ses coups de gueule, sa violence et son alcoolisme prononcé, cette touche de folie marque chaque pellicule qu’il tourne. Et c’est dans La Horde Sauvage, son quatrième film que l’on retrouve toute l’essence même du cinéma de Peckinpah.

No mercy.

« Au sud du Texas, Pike Bishop et ses hommes s’apprêtent à attaquer les bureaux de la compagnie de chemin de fer. Mais Duke Thornton et ses chasseurs de primes les attendent au tournant. Un bain de sang se prépare. ». Le synopsis avertit le spectateur d’un bain de sang, mais il est loin de s’imaginer avoir affaire à une telle force et maîtrise dès la scène d’introduction. La tension monte crescendo. Les habitants de cette petite ville vaquent à leurs occupations, tandis qu’un braquage est en train d’être commis. Un groupe de mercenaires a dans le viseur les bandits, prêts à lancer l’offensive pour ramasser le pactole. Peckinpah capte avec des plans serrés sur les visages toute la tension de cette scène et s’amuse en multipliant les angles de prises de vues : jeunes enfants en train de jouer de façon cruelle (un combat entre fourmis rouges et scorpion), discours de moralistes chrétiens contre l’alcool, etc. Le spectateur est scotché dès le premier coup de feu. Les balles fusent et le bain de sang annoncé débute. Les enfants, les femmes, les balles ne font aucune distinction. La cruauté est d’emblée présente et le restera jusqu’au final du film, un véritable carnage d’une violence sans nom (90 000 cartouches à blanc utilisées, 12 jours de tournage sur les 81).

Spectacle mortuaire.

Proposant un western qui s’oppose au western spaghetti, le réalisateur américain étale sur près de 2h25 tout son talent en terme de mise en scène : ralenti, zoom et dézoom, montage très cut, Sam Peckinpah s’autorise toutes les techniques pour densifier des scènes déjà explosives. Il filme les règlements de comptes et les assauts à la perfection et avec une grande maîtrise, délivrant un vrai spectacle de la mort et de la violence qui n’épargne personne. Sorti en 1969, en pleine guerre du Vietnam, La Horde Sauvage dénonce la barbarie des hommes et cherche à témoigner de la cruauté et de l’inhumanité. Bien entendu, le film n’est pas que ça. Il prend son temps et les fusillades sont entrecoupées du quotidien de cette bande sauvage, désormais alliée avec un général mexicain pour se refaire de leur coup raté, avec la bande de mercenaires à leur trousse. L’amitié est au cœur du film, la joie de vivre, la mélancolie du passé et la rédemption aussi. Toutes ces thématiques sont travaillées avec soin par l’américain qui présente un film jamais manichéen.

Les brutes et les truands

Dans La Horde Sauvage, le héros est démystifié, les gentils au service de la justice sont en réalité une bande de vautours à la recherche de l’or et d’une liberté que seule cette argent pourra leur offrir – à l’instar des bandits, personnages principaux du film. Cette brochette de grandes gueules, pourrie jusqu’à la moelle, est prête à en découdre et à y laisser sa peau pour dégainer le plus de fois possible et cartonner ses adversaires. Ils mordent la poussière et le spectateur en est le premier témoin. Cette proximité est obtenue via un casting qui se transcende grâce au génie de Peckinpah. Les acteurs, dont William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan ou Edmond O’Brien sont hantés par leurs personnages. Un réalisateur à leur image.

L’oncle Sam

Quarante ans après sa sortie, ce western crépusculaire n’a toujours pas pris une ride et demeure un pur chef d’œuvre. La Horde Sauvage s’ouvre et se ferme sur deux scènes d’une intensité folle qui font du long-métrage une œuvre à part entière. Ce traitement sans concession de la société marque les esprits dès sa sortie à l’aube des années 70 et vaudra de nombreuses critiques à Peckinpah. L’homme a marqué l’histoire du cinéma et endossera l’image de grand réalisateur qu’il mérite une fois décédé en 1984. (Re)découvrir l’ensemble de sa filmographie est donc lui faire honneur, lui qui déclara : « Ma vie n’est que cette courte période du temps qui a lieu entre les mots ‘action’ et ‘cut’ ».

Hugo S. 

La fiche

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LA HORDE SAUVAGE
Réalisé par Sam Peckinpah
Avec William Holden, Ernest Borgnine, Robert Ryan…
Etats-Unis – Western, Action, Drame
Sortie en salle : 1969
Durée : 119 min




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