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Cannes 2018 | Palmarès : l’heure de la consécration pour Kore-Eda

Dès le monologue introductif d’Édouard Baer, la nostalgie s’était déjà emparée de nous. Chaque année, les couloirs vides du Palais des Festivals et la désertion progressive des lieux nous donnent le même vague à l’âme, la même mélancolie face aux souvenirs de ces douze journées passées à ne vivre qu’à travers le cinéma. Le comédien l’a bien compris et mise sur cette carte émouvante pour démarrer une cérémonie de clôture rythmée ayant égrené des prix parfois attendus, souvent porteurs d’un fort message politique.

Depuis la tempête Weinstein, rien n’est plus vraiment pareil et le jury de Cate Blanchett ne peut l’ignorer. Indéniablement marqué par les lourdes préoccupations sociétales actuelles, le palmarès de cette 71ème édition a enchaîné les choix significatifs en se faisant le miroir d’un monde en pleine mutation. Comme en témoigne le Grand Prix attribué à Spike Lee pour BlackKklansman, le cinéma réussit mieux que personne à capter les vicissitudes de notre époque et à les remettre en question. On peut cependant regretter que cet aspect, inévitable, ait, tout de même, pris le pas – du moins, pour ce prix – sur les qualités cinématographiques propres du film.

L’année historique où une femme allait enfin rejoindre Jane Campion dans le clan des palmé(e)s n’est toutefois pas arrivée. Alors que tout le monde imaginait la Palme d’or pour Nadine Labaki et son Capharnaüm, la réalisatrice libanaise a dû se contenter d’un « petit » prix du jury mais s’est, néanmoins, fendue d’un discours impeccable. Alice Rohrwacher, pour sa part, n’a pas réitéré le miracle des Merveilles (Grand Prix il y a quatre ans à la surprise générale) mais est parvenue à amener son Heureux comme Lazzaro jusqu’au prix du scénario. Une récompense qu’elle a dû partager avec Trois Visages de Jafar Panahi, toujours assigné à résidence dans son pays.

Du côté des sacres prévus de longue date, les prix d’interprétation masculine et féminine sont revenus, sans surprise, à deux prestations unanimement saluées, celles de Marcello Fonte (Dogman) et Samal Yeslyamova (Ayka). L’esthétisme de Cold War a également obtenu les faveurs du jury qui a choisi de récompenser Pawel Pawlikowski au sein d’une année particulièrement relevée à ce niveau. Plus inattendue, la « Palme d’or spéciale » remise à Jean-Luc Godard a fait grincer quelques dents avant que Cate Blanchett ne puisse s’en expliquer en conférence de presse. Pour le jury, il était absolument « impossible » de comparer un film comme Le Livre d’Image avec ses vingt concurrents et il leur fallait donc saluer autrement le travail d’un « artiste qui fait avancer le cinéma ».

Enfin, la domination asiatique en compétition s’est soldée par la consécration d’un de ses plus grands réalisateurs contemporains. Tandis que Burning (injustement snobé) faisait figure de favori, c’est finalement Hirokazu Kore-Eda qui a décroché la Palme d’Or avec Une Affaire de famille, l’une de ses plus belles réussites depuis longtemps. Le jury n’a d’ailleurs pas manqué d’éloges à son sujet après la cérémonie en évoquant un « coup de cœur », Denis Villeneuve parlant même d’un « film qui nous a tous rejoints, [avec] grâce, élégance et profondeur dans la mise en scène ». Cinq ans après Tel père, tel fils, la nouvelle chronique familiale du cinéaste japonais lui a donc ouvert les portes de la récompense suprême et devrait, pour une fois, réconcilier, avec subtilité et émotion, la profession et le grand public en salle.


À noter également : Girl de Lukas Dhont a reçu la Caméra d’Or, le prix d’interprétation à Un certain regard, la Queer Palm et le prix du jury Fipresci. Assurément, le film qui a failli faire partie de la compétition aurait pu truster une petite place dans ce palmarès.



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