featured_Jessica-Chastain-Joaquin-Phoenix

CANNES 2017 | Palmarès | The Square, une Palme d’or clivante

Voilà bien longtemps que l’on n’avait pas vu les festivaliers trépigner avec une pareille impatience avant de découvrir le palmarès d’une 70ème édition en-dessous des attentes. Face aux dix-neuf films inégaux et souvent décevants présentés en compétition, beaucoup étaient restés interdits, incapables de savoir qui allait être primé par Pedro Almodovar et son jury. Vers 19 heures, le suspense a pris fin lors d’une soirée de clôture sobre, habilement menée par une Monica Bellucci très à l’aise dans son rôle de maîtresse de cérémonie.

Tandis que les rumeurs les plus folles s’étaient répandues durant l’après-midi (on parlait notamment de Rodin en Palme d’or alors qu’il ne figure même pas au palmarès !), bon nombre de pronostics se sont réalisés en ne laissant que peu de place à d’éventuelles surprises. Préféré à Robert Pattinson, un Joaquin Phoenix particulièrement troublé est ainsi venu récupérer son prix d’interprétation masculine parallèlement à son homologue féminine, Diane Kruger, distinguée pour son intense prestation dans In The Fade. La preuve ultime que l’on peut tout à fait sauver une belle performance d’acteur dans un mauvais film.

Deux fois cité, You Were Never Really Here de Lynne Ramsay a suivi l’exemple du long-métrage d’Asghar Farhadi, Le Client, l’année passée en effectuant un doublé : prix d’interprétation masculine et prix du scénario. Un choix sans doute dû à une obscure règle du festival où seule une association prix d’interprétation et prix du scénario/prix du jury est possible. Reposant entièrement sur sa mise en scène, You Were Never Really Here se retrouve donc récompensé par un prix ubuesque alors que son intrigue tient sur un ticket de métro. Premier couac.

Ex-aequo avec Lynne Ramsay, Yorgos Lanthimos vient ajouter un prix du scénario (qu’il méritait déjà pour The Lobster, prix du jury en 2015) à sa collection en seulement deux sélections cannoises. Nul doute qu’il ne devrait pas en rester là au cours des prochaines années. Andreï Zviaguintsev a, pour sa part, dû se contenter d’un « petit » prix du jury pour Loveless après avoir glané ceux d’interprétation et du scénario lors de ses précédentes participations. Quatre films projetés sur la Croisette pour quatre prix, le réalisateur russe fait, en tout cas, un sans-faute dans son parcours cannois.

Comme à l’écran, les réalisatrices ont largement pris le pouvoir durant cette cérémonie. La première surprise du palmarès est arrivée avec un prix de la mise en scène difficilement imaginable pour Sofia Coppola, seconde cinéaste à le décrocher après Ioulia Solntseva en 1961 (!). Alors que l’on attendait un prix du 70ème anniversaire pour David Lynch, c’est finalement Nicole Kidman, admirable dans tous les films présentés cette année, qui a reçu cette récompense convoitée. Du côté des jeunes pousses, Leonor Serraille a remporté la Caméra d’or pour l’émouvant et drôle Jeune Femme, sélectionné à Un Certain Regard, succédant ainsi à une autre réalisatrice, Houda Benyamina.

Jusqu’ici, les spectateurs semblaient majoritairement en accord avec le jury de cette 70ème édition – malgré les oublis de Good Time et de Wonderstruck, espérés en prix de la mise en scène – et commençaient à se féliciter d’un palmarès recentré sur l’essentiel. Mais les choses se sont gâtées avec un scénario proche d’un film à twist où The Square a finalement devancé l’acclamé 120 battements par minute. D’ores et déjà annoncée comme l’une des Palmes d’or les plus clivantes depuis The Tree of Life, The Square était certes pressenti pour un prix mais personne ne le voyait remporter la récompense suprême. Autant dire que les réactions en salle ne se sont pas faites attendre après ce choix contesté (et contestable) face à un long-métrage adoré par une grande partie des festivaliers.

En conférence de presse, Pedro Almodovar s’est expliqué sur cette décision, peu après avoir fondu en larmes en évoquant le film de Robin Campillo, 120 battements par minute. Président d’un jury « démocratique », il n’a visiblement pas souhaité imposer son coup de cœur et a dû se résoudre à voir la Palme échapper à son favori. Agnès Jaoui a, de son côté, vivement défendu le film « intelligent et drôle » de Ruben Östlund, palmé dès sa première sélection en compétition. Il faudra toutefois patienter pour le découvrir en salles puisqu’aucune date de sortie n’est, pour le moment, prévue. Le festival s’est peut-être achevé mais les débats, eux, sont loin d’être terminés.

 


LE PALMARÈS COMPLET DE CANNES 2017

Palme d’or. The Square, de Ruben Östlund (Suède-Danemark).

Prix spécial. Nicole Kidman, présente en sélection officielle pour Les proies de Sofia Coppola et Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos.

Grand prix. 120 battements par minute, de Robin Campillo (France).

Prix d’interprétation féminine. Diane Kruger, pour In the fade, de Fatih Akin (Allemagne-Turquie).

Prix d’interprétation masculine. Joaquin Phoenix pour You were never really here, Lynne Ramsay (Grande-Bretagne).

Prix de la mise en scène. Les proies de Sofia Coppola (Etats-Unis).

Prix du jury. Faute d’amour / Loveless d’Andreï Zviaguitsev (Russie).

Prix du scénario. Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos (Grèce) et You were never really here de Lynne Ramsay (Grande-Bretagne).


Palme d’or du court-métrage. «Xiao Cheng Er Yue» (Une nuit douce), de Qui Yang (Chine).

Caméra d’or (meilleur premier film toutes sections confondues). Jeune femme, de Léonor Serraille (France).




Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de