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CANNES 2016 | Un palmarès contesté

Cannes 2016, c’est fini… Après onze journées de compétition, George Miller et son jury ont rendu leur verdict au terme d’un dimanche de pronostics acharnés. Annoncés très tôt dans l’après-midi, les noms des réalisateurs « rappelés » pour la cérémonie de clôture se sont répandus sur la toile comme une traînée de poudre, suscitant très rapidement un concours de sueurs froides chez les festivaliers.

Qui aurait, en effet, cru que Personal Shopper, Juste la fin du monde et American Honey seraient plébiscités par un jury n’ayant visiblement cure des avis extérieurs ? Alors que tout le monde attendait le sacre de Toni Erdmann, troisième film de Maren Ade encensé par la critique ou d’Elle, tonitruant retour aux affaires de Paul Verhoeven, le palmarès final a dérouté le plus grand nombre. Lors de la conférence de presse donnée juste après la remise de prix, les journalistes n’ont, d’ailleurs, pas hésité à exprimer leur déception en sifflant les membres du jury avant de questionner un George Miller embarrassé sur une sélection jugée douteuse.

À la surprise quasi-générale, Ken Loach s’est, ainsi, vu remettre une seconde (que d’aucune jugeront généreuse) Palme d’or pour I, Daniel Blake, dix ans après Le Vent se lève, choix qui est apparu pour beaucoup comme éminemment politique, symbole d’un consensus mou, malgré l’évidente sincérité d’un réalisateur habitué à des cris du cœur imposants et rageurs.

Dans le reste du palmarès, George Miller et son jury se sont employés à rassembler maladroitement un cinéma d’auteur « classique » à une radicalité timidement mise en valeur. Le prix de la mise en scène – remis ex-aequo à Cristian Mungiu et Olivier Assayas – en est la preuve flagrante avec l’association du formalisme (l’austère Baccalauréat) et de la singularité (un Personal Shopper imparfait mais galvanisant).

Déjouant tous les pronostics des bookmakers, le jury a souhaité privilégier des acteurs moins exposés dans une compétition aux prix d’interprétation très disputée. Jaclyn Rose, actrice principale de Ma’Rosa, a, dès lors, étrangement arraché cette distinction à de brillantes concurrentes. Face à elle, des comédiennes comme Sonia Braga (Aquarius), Sandra Hüller (Toni Erdmann), Isabelle Huppert (Elle), Kristen Stewart (Personal Shopper) ou Ruth Negga (Loving) ont été injustement boudées au profit d’une prestation discutable. Mieux apprécié, le choix de Shahab Hosseini, impeccable dans Le Client (également récipiendaire du Prix du Scénario), comme interprète masculin, aura, quant à lui, été accueilli avec plus de bienveillance.

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Après le Prix du Jury en 2014, Xavier Dolan a reçu le Grand Prix pour Juste la fin du monde.

Tous deux éreintés par la critique, Xavier Dolan et Andrea Arnold se sont également invités au palmarès pour deux films puissants, heureusement récompensés à leur juste valeur. Si l’on regrette que la réalisatrice anglaise doive, pour la troisième fois, se contenter d’un prix du jury, on n’attendait, en revanche, pas le jeune prodige québécois, lauréat du Grand Prix, aussi haut. Bouleversé par cette marque de reconnaissance, Xavier Dolan a finalement ému aux larmes l’auditoire avec un magnifique discours, élégamment conclu en citant une phrase d’Anatole France parfaitement choisie pour l’occasion : « Je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence ».

 

Palmarès final

Palme d’or : I, Daniel Blake de Ken Loach

Grand Prix : Juste la fin du monde, de Xavier Dolan

Interprétation masculine : Shahab Hosseini dans Le Client d’Asghar Farhadi

Interprétation féminine : Jaclyn Jose dans Ma’Rosa de Brillante Mendoza

Prix de la mise en scèneBaccalauréat, de Cristian Mungiu et Personal Shopper d’Olivier Assayas

Prix du scénario : Le Client d’Asghar Farhadi

Prix du jury : American Honey, d’Andrea Arnold




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