featured_billy-lynn-critique

BILLY LYNN

Gâchis

Billy Lynn, survivant d’un affrontement aussi bref qu’intense en Irak, retourne aux États-Unis en compagnie de sept autres des membres de son unité. Considérés comme des héros, le gouvernement leur demande de promouvoir la guerre au cours d’un Victory Tour.

Du front à la lumière.

Quatre ans après L’odyssée de Pi, le cinéaste adapte un roman américain consacré à la guerre en Irak en adoptant la technologie 4K-3D associée à des prises de vue à 120 images par seconde. Un pari technique audacieux que nous n’aurons malheureusement pas l’occasion d’apprécier dans l’hexagone puisque le distributeur – conscient que peu de salles chez nous (et dans le monde) étaient capables de le projeter dans ce format originel – a opté pour une exploitation en 2D. Le spectateur français sera donc privé (sans le savoir) d’un élément important pour une production pourtant pensée pour ce dispositif.

Que retenir de ce portrait d’un héros moderne momentanément parachuté sous les projecteurs après avoir (brièvement) affronté l’horreur de la guerre ? Un argument théorique – puisque l’atout technologique ne pourra être avancé – : comment l’armée américaine utilise l’acte de bravoure du jeune homme pour en faire un instrument de communication, savamment  et amèrement orchestré. Une scène clé, remarquable, illustre parfaitement ce propos, alors que les jeunes militaires sont associés à un show grandiloquent à la mi-temps d’une rencontre sportive médiatisée. Le décalage est éloquent et Billy Lynn, notre jeune protagoniste paumé dans toute cette agitation, a beaucoup de mal à se situer émotionnellement dans cette exploitation absurde de son geste d’altruisme. Instrumentalisé, avec ses compagnons d’arme, il devient le pantin de l’institution et d’un riche propriétaire cherchant à capitaliser autour de ces figures américaines. Car Billy est employé à restaurer l’image des soldats, quelque peu écornée par la guerre au Vietnam.

Ang Lee, lui, raconte cette jeunesse sans repères envoyée sur le front d’un conflit dont elle ne saisit pas les enjeux. Avec bienveillance, il expose les amitiés, les blessures, leur machisme, aussi, leurs valeurs et leurs faiblesses, enfin. Il se montre plus incisif quant il s’agit de comparer l’Amérique à une « nation d’enfants ». Son illustration des distorsions de la réalité de la guerre laisse un goût amer, alors que les engins pyrotechniques font exploser les festivités, que nombre de spectateurs américains n’aura pas forcément reçu favorablement. 

Réussite artistique, flop commercial

Ang Lee, touche à tout international capable de passer du film de kung-fu taïwanais au mélo hollywoodien sur les hauteurs du Wyoming, après une incursion dans l’univers Marvel, dérouterait-il les spectateurs ? L’échec commercial de son film outre-atlantique questionne, et déçoit, mais trouve peut-être son explication dans son sujet peu attractif pour un territoire pas forcément enclin à l’auto-critique et à son casting peu « bankable » – avec un comédien principal quasi-novice, en la personne Joe Alwyn. Si Kristen Stewart et Vin Diesel sont toutefois présents dans la distribution, leur temps à l’écran demeure peau de chagrin avec deux personnages secondaires essentiels mais très en retrait. Insuffisant pour faire déplacer les foules.

À l’heure où les campagnes marketing s’orchestrent souvent autour d’un lâcher de noms et de quotes dithyrambiques, le Billy Lynn de Ang Lee était trop peu commercial pour remplir ses salles avec son rythme (trop) lent. Et il est fort probable que la France ne lui réserve un accueil similaire avec ses 15 pauvres copies nationales lui conférant presque un statut de sortie technique. Gâchis.  

La fiche

thb_un-jour-dans-la-vie-de-billy-lynn-affiche

(UN JOUR DANS LA VIE DE) BILLY LYNN
Réalisé par Ang Lee
Avec Joe Alwyn, Kristen Stewart, Garrett Hedlund, Vin Diesel…
Etats-Unis – Drame

Sortie en salle : 1er février 2017
Durée : 113 min  
 

 




Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de