babysitting

BABYSITTING

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Ridicule

Faute de baby-sitter pour le week-end, Marc Schaudel confie son fils Remy à Franck, son employé, « un type sérieux » selon lui. Sauf que Franck a 30 ans ce soir et que Rémy est un sale gosse capricieux. Au petit matin, Marc et sa femme Claire sont réveillés par un appel de la police. Rémy et Franck ont disparu ! Au milieu de leur maison saccagée, la police a retrouvé une caméra. Marc et Claire découvrent hallucinés les images tournées pendant la soirée.

Comment devenir riche quand tu n’as aucun talent…

Médiocre animateur depuis des lustres – c’était le seul job bien payé auquel tu pouvais prétendre vu que tu n’as ni diplôme ni don footballistique – tu as envie de suivre l’exemple de tes « illustres » mentors en garnissant ton compte en banque sans trop te fouler. Tu en as marre de pondre des sketchs à trois balles pour une flopée de pré-pubères se masturbant devant leur poster de Kim Kardashian. Ta carrière ne décolle pas. Pourtant, tu veux toi aussi ton succès grand public et le Revenu Brut Global à six chiffres qui va avec. Une solution 2-en-1 s’offre à toi : le film de potes en mode found-footage. 

Le found-footage, c’est la solution miracle pour toi qui ne sais pas écrire et qui as peur de ne trouver aucun généreux mécène  pour produire ta bouse. Hyper-cheap, le found-footage te dispense également de trouver un réalisateur digne de ce nom pour mettre en images ton scénario torché un énième soir de beuverie avec tes potos trentenaires et célibataires. Tu peux filmer toi-même ton Very Bad Trip sponsorisé par Skyrock en recyclant ton fidèle Canon 5D que tu n’utilisais jusqu’alors que pour les sextapes tournées en scred avec ta cousine enrobée mais peu farouche. 

Pour les acteurs, le même mot d’ordre : réduction des coûts. Tu te gardes bien sûr le premier rôle (ça doublera ton salaire en cas de succès commercial) et tu refiles les autres rôles à ces mêmes amis qui ont gracieusement apporté leur pierre à l’ambitieux édifice de la scé-na-ri-sa-tion de ta croûte. Pas besoin de les briefer, ils connaissent l’arnaque. Ils formeront le casting principal que tu complèteras avec un acteur has-been qui cachetonne sans vergogne depuis Les choristes, une future ex-princesse à la filmographie encore plus insignifiante qu’une tâche de graisse sur un tablier, la jolie meuf de Bref que tu as croisée dans les couloirs de Canal et un comique raté cherchant encore à surfer sur sa notoriété datant de l’époque Morning Live.  

Tout est calé. Rentrons dans le vif du « sujet ». Pour te mettre cagoles et boloss in the pocket, balance quelques anglicismes ringards et trois répliques en verlan – le but étant de dissimuler le fait que tu as effectivement 34 piges et non pas 19 comme tes auditeurs le croient. Après un petit sketch de réceptionniste bien vulgaire, ne perds pas de temps avec la mise en place, expose rapidement tous tes futurs gags avec un inventaire à l’arrache des conneries à faire dans la grande baraque des bourgeois : l’aquarium avec des poissons exotiques, l’assiette en porcelaine héritée de papa, le perroquet d’espèce rarissime, la ventoline pour le mioche asthmatique et 4×4 hors de prix… Non, tu es n’es pas obvious, ça passe nickel : le consommateur ne vient pas pour réfléchir mais pour engloutir bruyamment son pop-corn industriel.

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Comme réutiliser l’idée de l’enterrement de vie de garçon qui tourne mal aurait été trop flagrant, tu as pensé à une histoire de babysitting… qui tourne mal. Le lendemain, les parents reviennent en urgence dans leur grande villa qu’ils retrouvent sens dessus-dessous. Même si leur fils unique a disparu, papa et maman se calent confortablement dans leur canapé en vachette pour mater intégralement la vidéo-souvenir laissée par le pote relou (celui qui n’a pas voulu lâcher sa caméra de la soirée). C’est parti pour la fiesta ! Au diable la crédibilité, il faut donner l’impression que c’est une soirée de malade mental avec une renversante débauche de figurants, d’invités (la prostituée qui utilise son fessier comme une arme, le livreur de pizzas égaré, le tatoueur sorti de nulle part, la prostituée transsexuelle…) et de délires improbables qu’il faudra mettre sur le compte de la consommation non-modérée de Champomy et de mentos tutti-frutti. Ajoute quelques séquences de poursuite avec les flics, une scène où tu chantes à tue-tête avec la bonnasse et une référence à Mario Kart pour faire « zizir » aux quelques geeks ayant troqué leur écran d’ordi pour celui du multiplex. Bon, Rémi Gaillard l’a déjà fait (et en mieux) mais ce n’est pas un petit plagiat qui va t’arrêter au point où tu en es ?

Attention, il faut que ta daube demeure gentiment trashouillarde sinon ça ne passera pas : veille à ce que ton personnage reste un bon garçon consciencieux (pour que maman cautionne) et propose une petite love-story (pour que la girlfriend du boloss ne fasse pas sa relou). Ah j’oubliais : pendant le visionnage des faits par les parents sur leur écran plasma intact, cale une petite séquence émotion face-caméra du rejeton délaissé par son papa fortuné. 

Tu peux maintenant arriver au dénouement prévisible que tu avais en tête depuis le début : il n’est finalement rien arrivé au gamin. En bon mec, ton personnage l’a accompagné à son tournoi de foot. Le père vous retrouve, il est un peu fâché mais en tire les leçons nécessaires, ton personnage galoche son « avion de chasse » sur de la musique pop mais finit au poste (pour maintenir un semblant de morale). Quelques mois plus tard, ce n’est qu’un mauvais souvenir : tu n’es plus réceptionniste et tu commercialises par l’intermédiaire de ton ex/nouveau patron une bande-dessinée racontant cette nuit de folie… The End.

Une dernière chose : pour que les spectateurs restent « dans le délire », ponds-leur un petit générique clin d’oeil durant lequel tu pourras même les inciter à partager leur réaction grâce au hashtag #TitreDeTonFilmEnAnglais sur les réseaux sociaux. Avec un peu de chance, ça te fera un buzz gratis supplémentaire pour renforcer la tournée promo faite sur ces plateaux TV que tu fréquentais jadis en temps qu’employé. Succès garanti. Tu peux être fier de toi, ta virée nocturne follement originale sera diffusée sur D17 dans un an.

La fiche
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BABYSITTING
Torché par Philippe Lacheau et Nicolas Benamou
Avec Philippe Lacheau, Alice David, Vincent Desagnat
France – Très mauvais trip
16 avril 2014
Durée : 85 min




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[…] forcés et un scénario cousu de fil blanc. Quand on ne sombre pas dans le plagiat ou le recyclage (Babysitting), on est consterné par une mise en scène téléfilmesque (Situation amoureuse) ou un humour au […]
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[…] Babysitting – Philippe Lacheau […]
Tim
Invité
Tim

Merci pour cette critique très constructive et appuyée. Je ne savais pas que pour se revendiquer « cinéphile analyste de films » il était nécessaire d’insulter un réalisateur et cracher sur les moindres éléments de son projet. Je ne perçois dans votre article ni objectivité, ni argument solide ni même un soupçon de finesse. Je ne vois là qu’un ‘torchon’ en forme de lettre d’insultes émanant d’un homme frustré. Frustré par un cinéma français qu’il ne trouve jamais bon, ou par la vie je ne sais pas. C’est dommage. Avec un peu de second degré, d’imagination et moins de haine peut-être auriez-vous… Lire la suite »